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Annapurna 100 : une "Népalaise" vraiment différente !

Le 1er janvier, quelques 200 coureurs venus de 20 pays ont pu vivre une expérience inédite sur le parcours de l’Annapurna 100, une course proposant des parcours de 50 à 100kms sur les sentiers des Annapurnas, organisée annuellement depuis 1995. Une course très exigeante physiquement mais qui démontre surtout la difficulté d’organiser un évènement d’un jour, et avec les seuls moyens locaux, au Népal.

Certes, le décor et le terrain – fait le plus souvent de ces chemins pavés de marches que l’on trouve si spécialement dans les Annapurnas – réservaient déjà des surprises aux occidentaux venus passer là un premier de l’an tout à fait inédit ; courir un ultra-trail de 100 km au Népal pour «fêter» la nouvelle année est en effet une démarche bien particulière.
Avec ses 5500 mètres de dénivelé, sa succession de montées et de descentes abruptes, et surtout ses panoramas impressionnants sur la chaîne des Annapurnas, la course a bien des arguments pour faire oublier le réveillon (vous avez bien lu, elle a lieu le 1er janvier!) aux ultras-trailers.

Mais au-delà d’une découverte «touristique» du parcours népalais, c’est véritablement à une plongée dans un autre monde, et dans une certaine réalité du pays que les coureurs ont été conviés ; pour la plupart sans l’imaginer avant.

En effet, c’est une aventure individuelle et inédite qu’ont vécue chacun des participants. Prenons l’exemple des six Français présents: si Christophe Le Saux restera le seul occidental à boucler les 100 km (à la 6e place, et sur 6 arrivants au final!) ce n’est pas faute de s’être perdu sur un parcours pas du tout évident à trouver, et pas du tout aussi bien balisé qu’annoncé. De pancartes d’indication, il n’y en avait finalement que très peu sur le parcours: «J’ai suivi les Népalais en tête de course jusqu’au 40e kilomètre. Puis à un moment, sur un croisement, l’un a pris à gauche, l’autre à droite… Lequel devais-je suivre? Je les ai ensuite perdu de vue et me suis égaré pas mal de fois. Je pense avoir bien fait 110km au final. Mais bon c’est une expérience intéressante même si l’organisation a encore un gros boulot pour proposer une course solide où les compétiteurs occidentaux se retrouveront ».

Il ne fallait donc pas venir pour la compétition: Fanny Nédélec, pourtant 1ere de l’épreuve au final, l’a vite compris: «Je me suis perdue après le 49e kilomètre. Nous étions deux, heureusement, et nous nous sommes relativement vite retrouvés sur le bon parcours. Mais dès lors nous savions que nous ne pourrions pas boucler l’épreuve dans son intégralité et avons pris la fin de notre course plus comme une bonne sortie. Lorsque nous sommes arrivés au ravitaillement du 64e km, dans le village de Tatopani, nous étions surpris de ne trouver personne. En fait, tous les Népalais qui tenaient le poste étaient partis depuis une heure, seul un coordinateur restait là, sans trop savoir quoi faire. Nous avons alors décidé de rentrer par le plus court chemin vers l’arrivée. Au final, nous avons dû effectuer 85 km…» déclare celle à qui revient cependant la 7e place de l’épreuve, tout compte fait…

Encore plus inédite fut l’aventure de Claudine Jaillet. La Jurassienne, habituée des courses par étapes à l’étranger, s’est également perdue sur la boucle des 100km. En compagnie de deux coureurs japonais, elle finira cependant par rejoindre le ravitaillement de Jinui, au 50e kilomètre, mais trop tard pour espérer finir dans la journée. Or au Népal, impossible de mobiliser des bénévoles sur le parcours à la nuit tombée. «On nous a alors dit de rester là pour la nuit. Au début, j’étais un peu déçue. Mais ensuite, après une douche chaude fournie par les sources chaudes du village, j’ai fait les momos (une spécialité tibétaine ressemblant à des raviolis vapeur) avec la maîtresse de maison et vécu vraiment une expérience enrichissante. Nous sommes repartis le lendemain…» raconte toute fraîche Claudine, vêtue d’un tee-shirt et d’un pantalon d’emprunt: « Les gens du lodge m’ont également gentiment prêté des vêtements car les miens étaient trempés. La météo n’était pas non plus avec nous…» poursuit-elle dans un joli sourire qui traduit bien sa façon de prendre les choses du bon côté.

Si Bertrand et Laurence, les autres «tricolores» présents avaient encore plus de raisons d’être déçus de leur aventure, qui a tourné à la mésaventure pour cause d’entorse dès le début de course pour Bertrand (Laurence l’accompagnant dans son arrêt forcé, c’est beau l’amour…), ils n’en restaient pas moins heureux de leur expérience népalaise. « Nous avons certes passé une journée dans le village d’arrivée pas très accueillant, sous la pluie et sans voir les montagnes, et couru seulement 4 kilomètres dans le noir, mais bon il faut prendre les choses avec philosophie. Nous avons vraiment pu constater combien il est difficile d’organiser ici, la réalité du pays. C’est enrichissant au final » déclare Bertrand, chef d’entreprise dans l’informatique, venu découvrir le Népal à l’occasion de cet Annapurna 100.

Entre « jardinage », expériences culinaires inédites et hébergement improvisé, cet Annapurna 100 aura plongé ses concurrents dans une logique autre, celle de la vraie difficulté d’organiser dans un pays qui ne l’est pas tout à fait vraiment, hors du cadre plus raisonnable du support d’agence de trek spécialisée, comme il est de rigueur dans les autres courses organisées ici. Roger Henke, le directeur de course, qui manage aussi l’hôtel Summit à Kathmandou, est bien conscient de cette réalité: « Nous avons encore un long chemin à faire pour rendre la course plus «sûre» d’un point de vue organisationnel et sportif, mais il y a déjà du travail d’effectué. L’important aussi pour nous est d’avoir récupéré tout le monde sain et sauf… Mais dans les Annapurnas, pas de soucis pour se faire héberger une nuit.».
Pour l’anecdote, c’est le népalais Aite Tamang, militaire, qui sort vainqueur de ce 100 km pas comme les autres, en 11h30.
Sylvain Bazin

Le site de la course: http://annapurna100.com/