Trails Endurance Mag
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Céline Lafaye, feu follet du trail

Chassez le naturel, il revient au galop ! Une maxime qui sied comme un gant à Céline Lafaye à propos du virage qu’elle donne à son parcours 2013. L’an dernier, la sociétaire de l’Espérance Favergienne et du Team Scott-Odlo-Les Saisies avait en effet quelque peu délaissé sa discipline de prédilection : le trail courte distance. Pour tenter l’expérience sur plus long (50km), ainsi que sur KM vertical. Avec le succès que l’on sait. Cette saison, Céline va revenir à ses premières amours, réinvestissant le trail court au dépens du long, et s’immiscer sur le circuit Sky Running. La nouvelle saison a d’ores et déjà démarré sur les chapeaux de roues. En un mois, elle a déjà ajouté deux lignes à sa copieuse carte de visite, témoignant, pour ceux qui en douteraient encore, qu’elle est bien, à 31 ans, la traileuse la plus performante à l’échelle hexagonale sur ce type de distance. Le 3 février à Montanay, en rive gauche rhodanienne de la Saône, elle remportait le 21km du Trail Givré qui frappait les trois coups du TTN court qu’elle compte bien de nouveau décrocher. Le 10 mars, à deux pas de Montanay mais sur l’autre bord de la Saône, elle récidivait sur le 25km des Cabornis, reléguant à 1’46 sa traditionnelle rivale, Stéphanie Duc, championne de France en titre de trail court.

Ayant négligé le petit format l’an dernier, étais-tu inquiète d’affronter sur les Cabornis Stéphanie Duc Christel Dewalle ??
Stéphanie et Christel sont des rivales de taille que je respecte beaucoup et qui auront poursuivi leur fulgurante ascension en 2012. En réalité, je pense que l’on a des niveaux similaires et la victoire se joue souvent à peu de choses. Et personne ne connaît vraiment son état de forme à l’heure de la reprise. Je ne vais pas dire que j’étais inquiète car ce n’est que du sport, et donc que le meilleur gagne, mais je ne pouvais certainement pas prétendre que j’allais triompher. Et cette règle est bien sûr valable pour chaque compétition. Mon but est plutôt d’avoir de bonnes sensations et le reste arrive tout seul.

Peux-tu nous décrire ta cavalcade aux Cabornis ?

Ma course s’est déroulée sans trop de problèmes, et je me suis vraiment fait plaisir. Je redoutais un petit peu la météo car les prévisions n’étaient pas très optimistes mais au final ce fut un temps idéal avec un soleil resplendissant. J’ai pu m’échauffer avec Christel et Stéphanie, et surtout papoter un petit peu. Les jambes allaient bien. Dès le départ, je me suis retrouvée en tête, à ma grande surprise car habituellement j’ai des entames un peu plus délicates. Les jambes répondaient bien dans les montées. Stéphanie n’étant cependant pas très loin, il fallait maintenir un excellent tempo. Dans les toutes premières descentes, j’ai eu quelques prémices de crampes qui, heureusement, se sont rapidement envolées. A part cela, je me sentais bien et je n’ai jamais eu besoin de me mettre réellement dans le rouge. Il fallait cependant rester vigilante et ne pas s’endormir sur un rythme trop lent. Dans ces cas là, je me cale avec les garçons qui sont autour de moi. Grâce à la diversité du parcours sur de très beaux petits chemins sillonnant pâturages et sous-bois, je n’ai pas vu le temps passer.

Es-tu comme un poisson dans l’eau au sein du Team Scott Odlo Les Saisies que tu as rallié à l’orée de 2012 en provenance du Team Asics ?

Oui, l’atmosphère est extra ! Tous, sans la moindre exception, on s’entend remarquablement avec notre manager, le Saint-Jorien Pascal Giguet, qui est toujours à nos petits soins, sans jamais nous mettre la pression sur d’éventuels objectifs, ne serait-ce d’un iota. Car il sait que cette pression peut devenir contre-productive. Alors, avec une telle complicité, avec une telle philosophie, on n’a qu’une envie : per-for-mer !
En outre, la nouvelle chaussure de trail « Kinabalu » me convient pleinement. J’ai enfin trouvé une chaussure de trail à ma convenance, ce qui n’était pas évident du tout pour moi !

Es-tu parvenue à t’entraîner correctement cet hiver ?

L’enneigement a été conséquent, mais globalement ne m’a pas trop perturbée. L’hiver est l’occasion de varier un peu l’entraînement avec du ski de rando, des raquettes, de la course sur neige. Ce n’est pas la saison que je préfère car j’aime la chaleur mais je vis dans une si belle région que c’est largement supportable ! J’ai donc pu débuter le ski de rando en janvier et me faire un peu de dénivelé. C’est véritablement l’un des sports qui peut apporter un bonus en course nature. Il n’y a qu’à regarder le nombre de skieurs-alpinistes sur les podiums de trail, et surtout de km vertical. Je n’ai par contre pas pu travailler beaucoup les descentes et je l’ai ressenti un peu lors des Cabornis, mais l’année est longue et j’aurai bien le temps d’y penser avec l’irruption du printemps.

Quel bilan tires-tu de 2012 où tu es partie à la découverte du trail longue distance ?

Après mes deux titres de championne de France de trail court et ma fabuleuse année 2011, incontestablement la plus belle de ma carrière, j’avais envie de changer afin d’éviter toute routine, toute lassitude. Et puis, je souhaitais me tester sur d’autres types d’épreuves : TTN long, km vertical, skyrace. Néanmoins, mon programme a été perturbé dès mars par une chute aux Cabornis, qui m’a valu un éclat au niveau de la rotule. Cette douleur m’a poursuivie une bonne partie de la saison et revient encore de temps en temps. Ajouté à cela une chute à vélo et une côte cassée quatre jours avant le Marathon du Mont-Blanc ! Aussi, je justifierai essentiellement mon manque d’entrain par ces blessures qui, à force d’être récurrentes, deviennent démoralisantes et usantes. Mais je suis assez satisfaite car j’ai étrenné d’autres distances sur lesquelles j’ai pu performer : le TTN long mais pas au-delà de 5h30, du moins pour l’instant ; le km vertical surtout, avec celui de Fully qui m’a vraiment enchanté. Mais ce que je retiendrais par-dessus tout, c’est ma pérégrination au Japon, absolument extraordinaire, une expérience unique qui restera, quoi qu’il advienne, gravée dans ma mémoire.

Après un an d’absence, tu reviens sur la courte distance. Pourquoi ?

?Le trail court, d’une durée de 2 à 3h30, demeure le format que j’affectionne le plus, même si en France il n’est pas reconnu à sa juste valeur. En particulier par ceux qui pensent qu’en courant moins longtemps, le niveau de performance est forcément moindre ! Et puis sur ce type de parcours, les sensations de vitesse sont plus présentes et je pense que c’est tout de même là où j’excelle le plus… mais cela ne m’empêchera pas de faire également quelques distances plus longues car désormais, j’aime varier.

Quelles sont tes principales échéances ??

Un mot sur le TTN tout de même ! Après le Trail Givré, je vais donc m’aligner sur le Trail Drôme Lafuma, la Transjutrail, certainement la Via Romana, et bien entendu les Championnats de France à Gap sur un parcours qui ne m’est pas étranger et qui me va à ravir. Mais attention, ce programme peut encore bouger. Hormis le TTN court, je vais m’immiscer dans le circuit du Skyrunning pour me mesurer au gratin international : le Marathon Alpin Zegama-Aizkorri, le Marathon du Mont-Blanc, les Championnat d’Europe à Canazei dans les Dolomites et d’autres à définir selon la forme. La raison ? Courir au plus haut niveau qui permet de connaître réellement sa valeur. Sinon, je prendrai le départ de quelques km verticaux car je pense pouvoir progresser, surtout en apprenant à me servir des bâtons. Au menu, celui des Dolomites, dans le cadre des Championnat d’Europe le 20 juillet, soit la veille de la skyrace que j’arpenterai aussi. Autre km vertical programmé, Fully, bien évidemment, le must en la matière.? Par ailleurs, je serai présente dans une semaine sur le Trail du Ventoux, même si j’ignore encore la distance à parcourir. Si les conditions météo sont favorables, même si ce n’est pas certain du tout, il se peut que je bifurque sur le long, soit 46km. Car je connais déjà bien le petit format qui m’est revenu à deux reprises  et puis l’idée d’aller au sommet m’envoûte littéralement !
François Vanlaton