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Entretien – Christophe Assailly, l’indépendance avant tout…

Incontestablement, il faudra compter cette saison sur Christophe Assailly.
Samedi 31 mars 2012, ce solide gaillard d’1m79 pour 72kg aura fait tomber dans sa besace le Trail des Glaisins à Annecy-le-Vieux (28,9km pour 1523m de dénivelée), et ce à l’issue d’une mémorable joute avec son pote Pascal Giguet (Team Scott-Odlo-les Saisies). Cerise sur le gâteau, il abattait de plus de quatre minutes l’ancien record de l’épreuve, porté l’an passé par le jeune et talentueux Favergien Charles Dubouloz sur un tracé en tout point identique.
Cet ancien para, de souche rémoise, engrange ainsi sa seconde victoire depuis son installation l’été dernier en Haute-Savoie, plus précisément dans le village de Manigod, sous l’ombre tutélaire des mythiques sommets des Aravis que sont l’Etale et le Charvin.
A l’origine redoutable crossman, Christophe part à la découverte de la course nature à la fin 2008, décrochant la timbale sur le 25km du Trail d’Estavar (Pyrénées Orientales). C’est à la vitesse de la lumière qu’il ne cesse alors de gravir les échelons de sa nouvelle discipline en dépit de son inexpérience et de blessures à répétition.
Faisons maintenant plus ample connaissance avec cet homme de la plaine qui, farouchement indépendant, demeure étranger aux structures officielles du trail, ce qui n’est vraiment pas banal par les temps qui courent.

Alors Christophe, as-tu été surpris par ta prouesse aux Glaisins ?

Totalement ! Etant loin d’avoir atteint mon pic de forme (5ème sur le Trail Blanc de l’Aigle à Manigod trois semaines auparavant), j’avais longtemps hésité avant de m’inscrire à l’ultime moment. Aussi, j’ai vécu cette matinée comme une rude séance d’entraînement où il me fallait casser de la fibre, être continuellement dans le rouge, oui à bloc !


Raison pour laquelle la victoire fut longue à se dessiner, n’est-ce pas ?

Oh que oui, cette chevauchée fut loin en effet d’être une sinécure ! Un authentique mano à mano m’aura opposé à Pascal, le dominant sur les forts pourcentages ascensionnels avant qu’il ne resurgisse dans les descentes, une de ses cartes maîtresses. Ainsi, si j’ai pu porter l’estocade au 16ème km, soit à l’entame de la seconde grimpée dans le Veyrier, l’écart avec le leader du Team Scott-Odlo-les Saisies était réduit à une peau de chagrin, une quinzaine de secondes tout au plus, au terme de l’ultime dégringolade à 4km du but. Heureusement, mes qualités de crossman m’ont permis de relever la tête sur la portion roulante terminale, un tant soit peu vallonnée.


Peux-tu te présenter succinctement ?

Né le 21 juillet 1971 à Reims, je suis marié avec deux enfants. Après avoir été adjudant-chef dans une unité parachutiste à Perpignan, j’ai pris ma retraite l’été dernier où j’ai alors gagné la Haute-Savoie. Emportant mes pénates à Rumilly, je me suis finalement fixé à Manigod après y être tombé amoureux lors de ma victoire sur le 27km du Trail de l’Aigle…

Quel est ton passé sportif ?

Etrennant mes running comme minime 2ème année en 1986, j’ai été essentiellement  un crossman, endossant les couleurs de la prestigieuse Entente Family Stade de Reims Athlétisme (EFSRA) que fréquentent actuellement les renommés Laurence Klein et Romuald Depaepe. Mon plus beau fait d’armes intervient à l’occasion des Interrégionaux vétérans du 13 février 2011 à Ham (Somme) lorsque j’échoue en seconde position à neuf microscopiques secondes du lauréat Abdelghani Merbah. Un vainqueur qui sera champion de France quinze jours plus tard à Paray-le-Monial (idem en 2012 à la Roche-sur-Yon) où hélas une fracture de fatigue contractée à la sacro-iliaque m’interdira de défendre chèrement ma peau. Parallèlement, mes temps étalon sur route s’établissent à 1h07’ sur semi-marathon et sous les 31’30 au 10km.

Venons-en à ton palmarès en trail ?

Il est principalement réduit à la saison 2009 où j’ai pu me classer 3ème dans le classement final du Challenge National Salomon, après avoir touché le jackpot à Signes et au Marathon du Mont-Blanc en plus d’un 6ème rang au Canigou. Sinon, une pubalgie s’éternisant un an et demi a transformé mon épilogue 2009 puis mon année 2010 en chemin de croix malgré une victoire sur le 40km de la Romeufontaine et une 12ème position sur le Nivolet-Revard au plateau extrêmement relevé. Et 2011 a été à l’avenant, la fracture de fatigue prenant le relais, occasionnant des prestations moyennes à l’exemple du Bélier à la Clusaz où, 5ème, je descends de justesse sous le seuil des deux heures.

Pourquoi aujourd’hui te singularises-tu en étant dépourvu de team, de club et de coach ?

Pensionnaire du Team Tecnica en 2010-2011, je n’ai pas souhaité poursuivre l’aventure, pleinement conscient de mon inexpérience, de mes résultats en dents de scie, de mes limites psychologiques. Et puis un moment donné, il faut savoir se retirer au profit des jeunes !
Par ailleurs, tirant ma révérence en cross-country, je n’ai pas vu la nécessité de resigner dans une escouade FFA, à moins de disputer à terme le Trail Tour National (TTN).
Concernant l’entraîneur, si je n’en dispose pas et concocte donc moi-même mes plans, je n’en prends pas moins conseil sporadiquement auprès de Jean-Louis Bal qui a notamment sous sa coupe Céline Lafaye et Charles Dubouloz.
En réalité, cette situation est à l’image de mon tempérament à la fois autonome et émancipé, un peu casse-cou également, multipliant en effet les prises de risque à l’instar de mon ancien job !

Que t’apporte Jean-Louis Bal ?

Il m’influence énormément, partageant à 100% sa récente analyse de l’entraînement en course nature. Il fait partie de ceux qui auront révolutionné la préparation du trailer en mettant en exergue le travail d’endurance de force au dépens des sempiternelles séquences de VMA et de seuil sur piste, calquant en vérité sa prise en charge sur celle du skieur-alpiniste.                     
Désormais, délaissant le tartan que je foulais en revêtant la tunique de l’EFSRA sous la férule de Gilles Rocca, j’enchaîne montées et descentes à haute intensité au cœur de la montagne sauvage afin d’annihiler mes points perfectibles que sont la longueur et la résistance musculaire. Résistance qui m’avait tant manqué sur l’ultime millésime de la Grande Course des Templiers, me contraignant à jeter l’éponge au 50ème km alors que j’occupais le top dix.

Pour terminer, quelles sont les échéances majeures et ton état d’esprit pour 2012 ?

Dans l’ordre, le Nivolet-Revard (TTN long), le Marathon Race du Lac d’Annecy (championnat de France de skyrunning), le Marathon du Mont-Blanc où je suis invité dans le cadre du 10ème anniversaire, enfin Sierre-Zinal (Valais) qui sera ma première course de montagne. Après, peut-être les Templiers mais c’est encore bien loin à l’heure actuelle. Avec à chaque fois, se faire plaisir avant de penser à la performance.


Recueilli par François Vanlaton – Photo Photogone
                       

 

       

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