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Erik Clavery – "J’y ai cru dans les 500 derniers mètres.."

Tout récent champion du monde de trail, le Breton Erik Clavery a prolongé son séjour dans les terres hostiles du Connemara, pour une semaine de vacances bien méritées. Le temps d’une pause sur la route, il nous a gentiment accordé un entretien, où il revient sur son exploit de samedi dernier.

Erik, pensais-tu être à pareille fête sur ce Championnat du monde ? Est-ce que tu avais eu des "signaux d’alerte" positifs avant la course ?

Disons que j’avais misé sur cet objectif, qui était la course prioritaire de ma saison 2011. Après, d’ici à ce que ça concrétise le jour J, il y a parfois une marge… On n’est jamais sûr de rien. Je savais que je pourrais certainement me rapprocher de la tête, que je pouvais aussi gagner, mais, après, il y a la loi du terrain…

As-tu appliqué durant la course une stratégie pré-établie, ou t’es tu adapté au scénario de course ?

J’ai surtout couru en fonction de moi-même, de mon potentiel, de mes sensations. C’est parti très vite au départ, avec un Canadien qui s’est échappé et a résisté très longtemps. Au 30e km, il avait 7 minutes sur Breuil, Bringer et moi. A ce moment-là, on était tous les trois derrière le premier, ça nous a bien boostés. Mais j’avais repéré le parcours, et je m’étais dit de temporiser jusqu’à la mi-course, et d’ensuite "appuyer" sur les 30 derniers kilomètres, avant la dernière difficulté. Or j’ai eu de très bonnes sensations, j’ai pu appliquer ce plan, et j’ai repris les 7 minutes du Canadien sur une portion de 8 kilomètres assez roulants. Je me sui retrouvé en tête au 48e kilomètre. C’était une autre course qui commençait pour moi…


Comment as-tu réagis quand tu t’es retrouvé seul devant ?

J’ai pris sur moi pour rester concentré sur mes sensations, sur ma course. C’était une situation nouvelle à gérer. Jusque-là, j’avais fait de nombreuses places d’honneur, mais jamais remporté de grosses victoires. J’ai temporisé dans les parties techniques où je risquais de me blesser, j’ai relancé sur le plat. Et "appuyé" jusqu’au bout. Ce n’est que dans les 500 derniers mètres que j’y ai vraiment cru, d’autant que le Canadien a fait une remontée phénoménale sur la fin de parcours… Et aujourd’hui, j’ai encore du mal à réaliser que j’ai gagné LA grande course….

Pensais-tu devoir faire face à un parcours aussi dur ?

Non, surtout qu’il y avait environ 1000m de dénivelé en plus que ce qui était annoncé (70km pour 2800M D+). Le sol était très humide, très mou, et très usant. Les bosses étaient très raides. Un type de parcours qu’on ne rencontre jamais en France. Dans les montées, il fallait carrément s’accrocher aux mottes de tourbe pour grimper. Et j’ai fait toutes les descentes sur les fesses. Il y avait des changements de rythme incessants. D’ailleurs, c’est la première fois qu’à mi-course, je dois faire face à des crampes, partout, dans tous les muscles.

Avec ce titre de champion du monde, tu vas désormais arriver avec une "pancarte dans le dos" partout où tu t’aligneras…

C’est sûr, mais je ne m’en fait pas une montagne… J’étais bien préparé pour cet objectif, je suis monté crescendo tout au long de la saison, j’ai su gérer la prépa pour arriver au summum je jour J, j’ai eu la chance de faire presque la course parfaite. Tant mieux pour moi. Mais cela ne se passe pas tout le temps comme ça. Il faut en être conscient. Je ne vais pas me monter la tête avec ça….

Recueilli par Luc Beurnaux