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Fabien Antolinos : « Maintenant, les Templiers »

Joues creusées, veines apparentes courant le long des jambes, Fabien Antolinos porte les stigmates de l’effort du Trail Nivolet-Revard qu’il a remporté samedi dernier. Le coureur du Team Running Conseil (35 ans) installé à Jonage près de Lyon ne cache pas qu’il a dû « débrancher le cerveau » en fin de course pour aller cueillir le Japonais Sota Ogawa à un kilomètre de l’arrivée… Cela valait la peine : après sa troisième place à l’Eco trail de Paris, le voilà idéalement placé au classement provisoire du TTN long (2e), 754 points devant Emmanuel Gault (3e), seul Michel Laurent (1er) le devançant de 176 points mais avec une épreuve de plus de compteur (3). Le vice-champion de France 2011 peut donc se considérer comme le vrai leader provisoire du fil rouge de la saison qu’il entend mettre à profit pour décrocher sa sélection pour les Mondiaux 2013 d’Anglesey (Pays de Galles).

Après tes victoires à la SaintéLyon en 2008, à l’Eco Trail de Paris 2011 puis à la 6000D également l’année dernière, tu viens de remporter le Trail Nivolet-Revard. Est-ce important pour toi de te forger un beau palmarès ?
Ce qui est important, c’est de gagner des courses qui me font envie. La SaintéLyon, pour nous ici à Lyon, c’est une religion ! La 6000D également, depuis que j’ai commencé le trail en 2008, cette course me faisait envie car c’est la course de montagne par excellence. Le Nivolet-Revard, c’est pareil. J’avais à cœur d’y réussir. En 2009 (7e), c’est là-bas que mes ennuis avaient débuté avec une bursite qui m’avait éloigné six mois. Et en 2010, pour ma reprise, j’avais fait un bon début de course avant d’exploser (6e). Cette année, je voulais bien gérer et gagner.

Quelles courses de ton Panthéon personnel te manquent encore ?

?Il reste les « Templiers » (4e en 2011), qui est un peu la « Mecque », et où j’aimerais faire quelque chose même si je sais que désormais, c’est très difficile. Au moins un podium, ce serait génial. Et on verra ensuite vers quoi je m’orienterai quand j’aurai terminé le TTN et que je passerai sur des courses un peu plus longues. L’UTMB me fait envie aussi. Mais tant que je suis encore en forme (sic), l’objectif c’est les « Templiers ».

Samedi, tu déclarais qu’à choisir, tu préférais gagner au Nivolet-Revard que de conserver ton titre de l’Eco trail (3e en 2012)…?
Quand tu as gagné une fois, ce n’est plus pareil. Tu reviens en étant motivé, bien-sûr, mais tu n’as pas la même hargne. Cette année, j’aurais aimé faire mieux à Paris (3e), mais cela ne m’a pas chagriné. En revanche, le Nivolet-Revard faisait partie des courses que je voulais absolument gagner.


Est-ce pour raison que tu as modifié ta préparation ??
L’an dernier, quand j’ai remporté l’Eco trail, j’avais réalisé une préparation entièrement axée sur ce format de course longue et roulante. Cette année, je savais qu’il fallait enchaîner avec le Nivolet-Revard. Il fallait donc une préparation mixte avec pas mal de sorties en côte. Après l’Eco trail, j’ai juste récupéré et bricolé un peu. Du coup, je suis parti samedi sans référence. Mais j’ai vite été rassuré.

Comme tu en as l’habitude, tu as reconnu le parcours du Nivolet-Revard…?

Oui, deux fois en trois semaines : une première fois pour repérer la montée, une seconde pour la dernière partie. Je ne suis pas au-dessus du lot : les différences se font sur des détails, cela aide à prévoir. Je savais parfaitement comment gérer mon effort.

Et tu l’as emporté sur le fil, avec quelques secondes d’avance sur le Japonais Ogawa, que tu as repris dans le dernier kilomètre. Etait-ce une stratégie délibérée ?
?Avec l’expérience, je sais que l’essentiel, c’est de faire sa course. J’aurais pu passer avec Nicolas Pianet et Christophe Assailly à la Croix du Nivolet. Mais dans quel état alors qu’on n’était pas à la mi-course ? La stratégie a été la bonne car en ayant des forces au bas de la descente, j’ai pu faire la différence à la fin sur des chemins qui étaient un peu techniques, puis roulants, même si j’ai dû débrancher le cerveau (sic). Mais je ne pensais pas revenir sur Ogowa. Tout le monde me disait qu’il était loin et qu’il semblait bien.

Pourquoi avoir tenu à réagir à un commentaire d’un internaute d’Endurance mag qui remettait en cause ton état d’esprit après avoir doublé ce dauphin dans le dernier kilomètre ??
On entend souvent qu’avant c’était mieux, que l’esprit de compétition gagne du terrain. Je dis juste qu’on part tous avec un dossard pour une compétition, chacun avec des ambitions différentes. Je respecte beaucoup le dernier qui est arrivé en 9h58. Effectivement, j’ai doublé un invité japonais à un kilomètre et j’étais très content de le faire. Je trouve que ce ne serait pas respectueux de l’attendre. Le respect, c’est de donner le maximum. Certaines arrivées main dans la main s’expliquent, je n’ai rien contre.

Quel est ton programme pour la suite du TTN ?

?Je n’avais prévu que quatre grandes courses (ndlr : Eco trail, Nivolet-Revard, 6000D et Templiers). Je ne suis pas à l’abri de passer à côté de l’une d’elles. J’hésite à participer aux « Gendarmes et les voleurs de temps » (27 mai) ou au « Golfe du Morbihan » (23 juin) en plus. Il faut que je discute avec mon kiné. Pour l’instant, l’option préférentielle reste le Limousin. C’est moins loin et le format de course me va mieux.

Deux victoires l’an passé. Déjà une cette année… Tu vas regretter le TTN, tout au moins son importance dans les modalités de sélection pour les Mondiaux ?
?C’est quand même un investissement lourd. C’est beaucoup de pression, de fatigue pour une sélection très hypothétique. Et puis, le but n’est pas de courir tous les ans les mêmes épreuves.

Pourquoi avoir annoncé ton ambition de décrocher ta sélection pour les Mondiaux ?
?Parce qu’on me pose la question ! De toute façon, tous ceux qui jouent le TTN à fond ont cette idée en tête. C’est un challenge pour progresser. Et porter le maillot de l’équipe de France, ça fait rêver. C’est une aventure que je n’ai jamais eu la chance de connaître. Partir avec une équipe de haut niveau sur un Mondial, je pense que c’est à vivre. Mais si je ne réussis pas, je ne vais pas en faire maladie.

Cela se matérialise-t-il par une augmentation conséquente de ton entraînement ?
?Depuis 2011, je suis arrivé à une certaine connaissance de l’entraînement qui me permet de plus m’entraîner et surtout de mieux m’entraîner. En volume, c’est six séances en période de récup’ et cela peut aller à onze en période de vacances scolaires. C’est un entraînement très varié. Mais c’est un investissement, avec en plus la famille, le travail (ndlr : il est prof d’EPS), les étirements, la musculation, les séances de kiné une fois tous les dix jours et les déplacements… On n’a rien sans rien.

Avec ta victoire au Nivolet-Revard, tu as gagné une invitation pour le Kanna Mountain run au Japon que les deux précédents vainqueurs, Français D’Haëne et Julien Rancon, ont remporté. Y seras-tu ??
Je suis ravi d’avoir gagné ce voyage mais je suis enseignant et c’est le 11 novembre après les vacances de la Toussaint. J’ai une petite famille. Cela me fait envie mais il faut que j’y réfléchisse. On va en discuter et prendre une décision rapidement.

Propos recueillis par Benjamin Steen