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Grand Raid 2012 : quelques réactions (2/2)

Place ce mardi, au regard d’Emilie Lecomte, Antoine Guillon, Christophe Le Saux, Maud Combarieu, David Pasquio et 2 personnalités extérieures, Seb Talotti et Serge Jaulin, sur cette 20ème édition du Grand Raid de La Réunion.
N’hésitez pas à réagir en bas de cet article.


=> Emilie Lecomte (Quechua) / vainqueur en 33h03min
"Je suis tout d’abord profondément attristée par la terrible nouvelle de ce coureur Marseillais décédé la nuit dernière sur le parcours…Mes premières pensées ce matin vont naturellement à sa famille et à ses proches.
Difficile dans ce contexte d’exprimer des sentiments de joie pour cette victoire car ils paraissent dérisoire..
Un petit mot sur l’évènement toutefois pour vous confirmer que ce 20ème anniversaire est vraiment à la hauteur de ce que l’organisation a voulu nous offrir : Un parcours toujours aussi magnifique réunissant de nombreuses difficultés, une équipe de bénévoles vraiment géniale toujours aussi chaleureuse accueillante et dévouée, une ambiance festive si particulière et sans doute unique au Grand Raid…"


=> Maud Combarieu (Hoka – Raidlight) / Abandon à l’îlet des Salazes.
« Beaucoup d’émotion pour cette vingtième édition! Je savais que ça allait être dur, mais je ne pensais pas à ce point! J’APPRENDS sur mon corps et les sacrifices nécessaires à une telle épreuve!…  J’ai très bien récupéré de ma CCC fin aout, mais ces dernières semaines, entre le boulot et le stress, je n’ai pas pris le repos nécessaire. Les conditions du départ étaient, comment dire… humides!
Ensuite, les genoux ont commencé à être douloureux en descendant sur Cilaos (avant de rentrer dans Mafate, pk70) je ne savais pas encore si j’allais abandonner ou pas !
Mais de toutes façons, ce qui m’aurait été fatal si j’avais continué, c’est le manque de sommeil! Je trouve cela vraiment difficile de démarrer à 22h !
On ne se repose pas vraiment avant le départ, et on part pour 2 nuits blanches! Je suis allée jusqu’à l’îlet des Salazes, vers le col du Taïbit, j’ai fait une micro-sieste, la pluie battait de plus belle.
J’ai eu un moment de lucidité: je me suis dit: "arrête, tu vas te casser complètement!". Ce n’est que partie remise! J’ai la Réunion dans mon coeur; j’espère bien arriver à la Redoute la prochaine fois ! »


=> Antoine Guillon (Lafuma) / 2ème en 27h44min
« Ce 20ème Grand Raid m’a surpris !!!
Habituellement précis dans mes pronostics, je n’ai pu que constater mon retard au fil des km. Conditions glaciales et humides entre Mare à Boue et Caverne Dufour, chaleur accablante dans Mafate, et un parcours monstrueux, le cocktail était bon pour une course à rebondissements.
Prudent au départ avec mon ami Lionel Trivel, j’ai accéléré après Cilaos, très à l’écoute de mon corps pour doser l’effort et m’alimenter, passant de la 10ème à la 2ème place.
Une énorme satisfaction, compte tenu du plateau 2012, une ambiance extraordinaire, 27h45min d’effort, quelques parties longuettes dont je me serais bien passé au départ et vers Sans Souci, et j’espère à l’avenir une attention plus marquée pour le balisage ».


=> Christophe Le Saux (Hoka) / 5ème en 31h15min
« La veille du départ avec mon ami Arnaud Lejeune nous allons prendre notre dossard à la redoute.
De retour à notre voiture de location, surprise on s’est  fait volé tous nos affaires de sport.
La course commence pour nous afin de s’équiper un minimum…,ce que l’on arrivera à faire.
22H Cap Méchant, me voila au départ des 20 ans du grand raid de la Réunion, je suis cool, après l’enchaînement de la TDS et du Tor Des Géants je n’ai aucune pression, je décide d’aborder cette course comme un 300 km.

Après 7 km dans le peloton tête, je ne me sens plus à ma place ,je ralenti et prend mon rythme de croisière, je suis à la 20ème place .
La nuit n’a pas été facile, n’ayant aucun vêtement de rechange et personne pour m’assister j’ai eu très froid sur les sentiers qui ressemblaient à des minis torrents à cause des trombes d’eau.
Le jour levé, le soleil me réchauffe, et je remonte petit à petit les places, au km 120 je me sens encore super frais je décide d’accélérer ce qui me permettra de finir à la 5ème place dans un état de fraîcheur.

Ce raid a été très dur pour tout le monde, par la technicité des sentiers, les conditions météo entre déluge de pluie et canicule dans Mafate et par sa distance.
Je suis super heureux de l’avoir terminé, c’était mon objectif, franchir cette ligne d’arrivée ».


=> David Pasquio / 7ème en 31h56min
"Jai fait une course prudente sans jamais prendre de risque, je suis remonté tranquillement à partir de Mafate et j’ai ramassé les coureurs partis trop vite et ceux qui abandonnaient…je suis ainsi rentré dans le top 10.
Ensuite à partir du Maïdo, j’ai rejoint 2 gars avec qui je suis resté pour ne pas courir seul la nuit, j’ai donc donné le tempo pendant environ 10h00 et nous avons terminé à 3.
Je suis content de moi puisque mon objectif était de terminer, mais avec des regrets puisqu’il y avait moyen d’aller chercher la 4ème place sans ma perte de temps sur Cilaos….mais bon vu d’ou je viens, je peux m’en contente
r".


=> Sébastien Talotti (Quechua) / forfait – observateur de la course sur le terrain.
« Heureux spectateur d’une épreuve unique au monde, magique, intense, envoutante, extrêmement difficile, d’une convivialité inégalée et semée de somptueux paysages à couper le souffle … ou les jambes !

La Diagonale des Fous porte bien son nom, une belle diagonale pour des fous passionnés d’efforts très long, très technique ou l’organisme est soumis à de grande amplitude de températures, la météo sur cette île reste et restera toujours aussi capricieuse !
L’engouement sur ce bout de terre est général, le G.R.R est l’épreuve reine de l’année suivie de près par la population et très médiatisée.
Pour prétendre franchir la ligne d’arrivée et être ainsi catalogué de «FOU», il faut opter pour une préparation physique minutieuse et pointilleuse, être dans un état de fraîcheur optimal et connaître dans le moindre détail les aspects techniques et logistiques du parcours.
J’ai rencontré de nombreux athlètes très marqués par cette vingtième édition, des heureux et des déçus, des personnes qui reviendront et d’autres qui ne reviendront pas car l’augmentation des kilomètres au fil des années rend cette magnifique épreuve de moins en moins accessible et réalisable ! Est-ce nécessaire de vouloir toujours en rajouter ???
Toutes mes pensées iront vers le «?traileur?» décédé lors de cette aventure, toutes mes condoléances à la famille … la vingtième édition restera marquée à jamais !!!


=> Serge Jaulin – organisateur Trail du Ventoux / réalisateur du film du GRR.
« Avec mon modeste regard d’organisateur de petit trail , je pense que le parcours de cette 20ème Diago était  vraiment trop difficile, dur pour dur, ce qui  à mon avis n’a aucun intérêt quel que soit le niveau des participants . Autant devant  pour  les vrais coureurs ,  très  bien préparés , que  pour  tous les autres qui ont subis  chacun à leur niveau  la course par élimination . La dérive de l’Ultra  à faire toujours plus dur est entrain de réduire cette activité  à de  la randonnée  de type " on achève bien les chevaux" .  Les plus beaux parcours de cette course mythique étaient ceux de 135 à 140 km ce qui était déjà ENORME.
Si  les organisateurs veulent  qu’elle reste  mythique  ils devraient revenir à de telles distances. Avec l’augmentation du niveau devant , cela rendrait à nouveau l’épreuve palpitante , alors qu’aujourd’hui les dés sont déjà jetés au volcan et permettrait à un plus grand nombre de finir.
Cette 20ème édition m’a permis de voir à nouveau  une autre réalité de l’ultra ,  trop peu de participants ont le niveau de s’aligner sur de telle épreuve, et quand la souffrance et la douleur des participants devient de plus en plus grande au fil des kilomètres, ils s’en prennent au monde entier et en particulier aux organisateurs, alors qu’ils sont les seuls responsables de leur inscription  pour souffrir sur 170 km.
Je pense que nous sommes à un tournant de cette activité , de tous côtés….soyons responsables.
En tant qu’organisateur, réfléchissons intelligemment à des parcours avec des difficultés raisonnables . En tant que pratiquants soyons humble et modeste, bien conscient  de notre propre niveau, personne ne nous oblige à nous inscrire ici où ailleurs, alors après, gérons jusqu’au bout .
Arriver au bout d’un ultra  complément « fracassé » et strappé de la cheville à la hanche à 3 km500 de moyenne, ce n’est pas être un héros, c’est simplement s’être trompé sur son niveau.
De part et d’autre arrêtons cette "course" au toujours plus dur , mettons tout en œuvre pour devenir (ou redevenir) de vrais coureurs .
Moins long, moins dur, mieux préparé, plus modeste
 ».
Humble regard d’un organisateur


Recueilli par Fred Bousseau – © photo