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Grimpée du Semnoz : Jaillardon par surprise, Duc sur un nuage

La 6e Grimpée du Semnoz, du nom de cette barbacane baujue surplombant le Lac d’Annecy, aura rencontré un vif succès populaire, 402 coureurs et 175 marcheurs s’étant inscrits contre respectivement 376 et 150 l’an passé. De quoi donner le sourire aux dirigeants de l’ASPTT de la préfecture haut-savoyarde et son premier de cordée, Dominique Vouliot, précurseurs de cette manifestation parfaitement huilée.
Seconde manche du Challenge National de course en montagne après l’Ascension du Col de Vence (Alpes-Martimes) le 1er mai, l’épreuve a réuni un superbe plateau où on reconnaissait quelques-uns des meilleurs skyrunners hexagonaux. Manquaient cependant à l’appel deux étoiles, pourtant foulant le jardin des Annéciens : d’une part, Julien Rancon (ACO Firminy et Team New Balance), venu simplement supporter son amie Iséroise Julia Combe ainsi que son escouade, préférant ménager son tendon d’Achille en souffrance. Et d’autre part, le Catalan espagnol Kilian Jornet Burgada (Team Salomon) qui comptait bien prendre le départ dans le village de Quintal avant de… se fourvoyer en voiture.
Prenant la direction des opérations au 4ekm, le surprenant Rhodanien Renaud Jaillardon (Athlétisme Calade Val-de-Saône-ACVS et Team Inov-8) imposait un rythme infernal que seul Emmanuel Meyssat (ACO Firminy et Team Asics) parvenait à calquer, non sans douleur toutefois. Ce qui ne surprenait pas les spectateurs de raids multisports, le Ligérien ayant conquis la seconde place sur la rampe conduisant à la mythique Tournette, et ce dans le cadre du Red Bull Eléments, disputé… la veille à Talloires, sur la rive est du Lac d’Annecy.
Meyssat mordant la poussière au 6ekm, Jaillardon, totalement dans sa bulle, poursuivait en solitaire sa chevauchée, creusant continuellement l’écart avec la meute de ses poursuivants, et ce quel que soit le profil, portion roulante ou raidard, d’un parcours long de 16,6km, accusant un différentiel de 1100m positif et 300m négatif à son épilogue.
A l’arrière, chacun essayait d’édulcorer quelque peu l’emprise caladoise, à l’image du valeureux Gilles Segris (SDA Ecole Aix-en-Othe et Team Hoka), unique 2e après avoir lâché Meyssat au 10ekm, à l’instar encore de Ludovic Pellé (ACO Firminy et Run Alp) rattrapant Segris au 11e, enfin Laurent Vicente (Montpellier Athlétisme), attendant son heure vingt secondes à rebours.
Pour Jaillardon, la victoire était définitivement consommée au passage du Crêt de Châtillon, toit du Semnoz à 1699m et prémices de la plongée sur la station. Avec 1’20’’ d’avance, il pouvait alors dévaler placidement, d’autant plus qu’il était victime d’un point de côté, sans parler d’une bursite au-dessus de la malléole gauche entravant sa dégringolade.
N’empêche, il voyait fondre sur lui le bolide Segris, 38 ans, déboulant de façon si phénoménale qu’il réduisait l’écart comme une peau de chagrin, à 28 secondes précisément. Quant à Pellé, il préservait sa 3e position, Meyssat chipant le pied du podium à Vicente, bien trop perfectible en descente.
Né le 25 janvier 1986 à Gleizé, à proximité de Villefranche-sur-Saône (Rhône), Renaud Jaillardon, 1m74 sous la toise et 57kg sur la bascule, touchait le jackpot pour la première fois de sa carrière, entamée il y a longtemps dans la catégorie benjamin. Après avoir été à la base crossman et pistard sur 3000 steeple (9’11’’ en 2008 comme record), ce coach athlé santé au sein de son club de l’ACVS s’est orienté en 2007 en course de montagne. Les résultats furent à la hauteur de ses espérances comme l’illustrent ses prestations aux championnats de France : 14e et 1er espoir en 2007, 15e et 1er espoir en 2008, 22e et 19e senior l’an passé (blessé au tendon d’Achille en 2009).
Cette saison, son objectif majeur sera le Challenge National de course en montagne qu’il compte bien décrocher, en particulier si Rancon et Meyssat, comme c’est probable, font l’impasse, focalisant leur attention sur le TTN, version longue pour le premier, courte pour le second. Indubitablement, son triomphe au Semnoz après son deuxième rang à Vence derrière Vicente font de lui l’un des principaux favoris, avec entre autres Segris, Pellé et Vicente. Autre échéance dans son viseur, les France le 7 août à Tardets (Pyrénées-Atlantiques), unique étape à bonus sur le Challenge National.
Quant à l’épopée féminine, elle aura été éclaboussée de tout son talent par Stéphanie Duc (VEO 2000 la Plagne), accomplissant sans doute, nonobstant les vicissitudes du parcours, le plus beau chrono des six millésimes. Cette ravissante Beaufortaine s’était déplacée essentiellement pour se préparer en vue de l’éprouvant mois de juin, marqué, outre par le Cross du Mont-Blanc, par deux et peut-être trois étapes du TTN court qu’elle étrennera. A 35 ans (elle est née le 5 novembre 1975), ce troisième succès 2011 après la Monte et Sue et le 34km de l’Ardéchois atteste qu’elle est bien aujourd’hui l’une des athlètes françaises les plus performantes tant en course de montagne que sur trail courte distance. En dépit de l’inexplicable oubli médiatique qui la frappe.
Sa dauphine, Florence Reignier (ASVEL Villeurbanne), 40 ans, ne lui concédait que deux minutes. Ses qualités de crosswoman (60e et 8e vétérane aux France 2011) et routière (37’23’’ sur 10km le 6 mars dernier) élucident pour partie sa superbe réalisation. Enfin, le combat pour l’ultime marche du podium aura été épique entre deux autre vétéranes, à savoir Djamila Bengueche (Athlé Saint-Julien 74) et Patricia Martigne (Coureurs du Monde en Isère Tullins), 5e à Vence. C’est la première, championne du monde de raquettes à neige le 14 février dernier au Japon, qui l’emportait sur le fil après un incessant jeu de yo-yo depuis le départ.  
François Vanlaton