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ITW Antoine Guillon : "K. Jornet atomise tout sur son passage"

Rencontre avec Antoine Guillon (Team Lafuma), qui fait partie de ces coureurs discrets, humbles et accessibles. Toujours souriant et abordable, il n’en demeure pas moins un compétiteur redoutable, perfectionniste et minutieux dans sa préparation et dans son hygiène de vie ; sans oublier qu’il a endossé depuis 3 ans la casquette d’organisateur.
Son palmarès en dit long aussi, avec notamment 3 victoires en 2011 (Aravis Trail, Romeufontaine et Transmartinique), mais il s’est surtout fait un nom sur les Ultras, de par sa régularité en course et sa longévité avec entre autres des places d’honneur à l’UTMB® (8èmeen 2011, 5ème en 2010, 16ème en 2009, 6ème en 2008, 11ème en 2007 et 4ème en 2005) et à La Réunion (4èmeen 2011, 2ème en 2010, 3ème en 2009, 4ème en 2008 et 2ème en 2007)….. il lui manque la GRANDE victoire.
Il attaquera sa saison dimanche matin au Trail du Vulcain dont il sera l’un des favoris.
Tu as arrêté ton activité d’agent immobilier et pris des fonctions chez Lafuma, peux-tu nous expliquer tout ça ?
Je me suis lancé dans deux activités en 2002, une professionnelle en tant qu’indépendant, l’immobilier, et une passion, le trail. J’ai davantage progressé dans le trail que dans mon travail, et y ai rencontré des personnes plus proches de mes tempéraments et centres d’intérêt. En 2007, j’ai intégré le Team Lafuma, ce qui m’a permis de me trouver en présence d’une équipe professionnelle toute dédiée au trail, et à des trailers de renom. Dès cet instant, j’ai participé au développement du matériel, à des projets sportifs, découvrant de nouveaux horizons en partageant des valeurs en harmonie avec moi-même.
La crise immobilière rendant complètement improductive mon activité, j’ai été contraint d’arrêter en juillet 2011, tandis que depuis quelques années, le trail ne cessait de progresser, tant par le nombre de ses adeptes et de celui des épreuves, que par tout ce qui s’y rapporte, équipement, conseils alimentaires ou d’entraînement, règlementations, challenges, internationalisation.
Ayant déjà un pied chez Lafuma en tant que conseiller technique, j’ai proposé de m’impliquer davantage en y mettant le deuxième ; c’est plus pratique et efficace pour me déplacer, et surtout pour faire le lien entre le terrain et la société, pour gagner en réactivité et innovations. Le trail étant en constante évolution, il est mieux d’être acteur de son développement que spectateur. Mon activité de conseiller technique est d’autant plus judicieuse.
J’ai également le rôle de coordinateur du Team, en soutien de Virginie Péchon, chargée de communication, pour l’organisation des regroupements et des évènements sportifs, et pour présenter toute l’actualité des coureurs Lafuma (qui regroupe 13 athlètes Team + 8 coureurs en contrats magasin). Un rôle qui me convient bien, prenant grand plaisir dans la planification, l’écriture et les démarches variées.
Cela m’amène à parler des ultras 6666 Occitane, Grand Raid Occitan et de la petite Roquebrune, qui sont des épreuves que j’organise dans l’Hérault, en partenariat avec Lafuma. Je dispose ainsi de davantage de temps pour m’y consacrer avec mon épouse, et ainsi j’espère être un bon fournisseur de bonheur pour trailers.

Quel regard portes-tu sur l’évolution du trail ?
Tout ce qui s’y rapporte augmente : les distances, le nombre d’épreuves, le niveau, les challenges, les enjeux, les teams. Ceci est un simple constat. Plus qu’une mode, je pense que le trail est un besoin. S’échapper dans la nature, sur un sentier, vers un sommet, respirer l’air que l’on a choisi de s’offrir, embrasser d’un regard ce que dame Nature nous offre, tout en crapahutant, c’est vivre, tout bonnement, et il n’est pas étonnant que cela fasse des adeptes. Quelques années en arrière, la question aurait pu être : quel regard portes-tu sur l’évolution de la randonnée ? Au lieu de marcher nous courons, de courir nous courons plus vite et plus longtemps. L’homme s’est pris au jeu de la compétition, les épreuves se multiplient et des athlètes sont nés qui bouleversent notre marche pépère. A l’image de Kilian Jornet, qui atomise tout sur son passage, titillant l’amour propre de l’élite du trail, qui en réaction se déchaîne à l’entraînement pour minimiser les dégâts. Moi-même j’y trouve une grande motivation pour rester dans les pas des premiers. Le trail offre une grande diversité d’évènements, qui permet à chacun de trouver son bonheur dans sa pratique, off, challenges, trails courts à extrêmement longs. Certains le prennent comme un petit bol d’oxygène, d’autres s’y consacrent à temps plein, et tous forment une grande famille du sport nature. A nous tous d’être vigilants pour ne pas déclencher les convoitises ou tomber dans des extrêmes qui nuiraient à la belle image que nous avons bâtie avec passion. L’avenir est devant nous, et quand on se retourne il est dans notre dos ; pour l’instant notre ancien avenir est pas mal !
Tu es aussi organisateur de la 6666 Occitane, quelle sont les nouveautés 2012 ?
Première nouveauté, le décalage de la date au 1er juin, qui permet de mieux se préparer, d’avoir des nuits plus courtes et qui laisse espérer une meilleure météo.
La deuxième, c’est le contournement de la Tourbière du plateau du Caroux, zone protégée, qui nous conduit au bord d’un ravin surprenant. Petite rallonge de 1.5km.
La grande nouveauté, c’est la création d’un Grand Raid, au parcours en ligne depuis les berges du lac du Salagou dans l’Hérault, jusqu’aux berges de l’Orb à Roquebrun. Un long tracé de 149 km et 7 777 m+ aux terrains très variés, qui passera entre autres dans un cirque dolomitique magnifique, ainsi que dans le massif du Caroux, redoutable petite montagne qui offre un concentré de terrain corse ou réunionnais. Ceux qui ne connaissent pas sont toujours éblouis. Je prépare toujours le GRR dans ce massif, où la densité de rochers dans les longues pentes abruptes n’a rien à envier à Mafate. Le Grand Raid Occitan, tout comme la 6666 Occitane (119 km et 6 666 m+), est un ultra comme j’aime en courir, pas trop long car toujours varié et beau, aux difficultés bien dosées pour que le mental et l’effort physique soient en harmonie tout le long du parcours. Je ne cherche pas la surenchère de kilomètres ni d’obstacles, mais à voir les trailers heureux d’être finishers, comme les 80  % de la 6666 Occitane 2011. Pour autant, ce n’est pas une promenade de santé, loin de là !
Un nouveau partenariat est mis en place, avec la Transmartinique, dont l’édition 2012 sera le 30 novembre. Nous accueillons le 1er et la 1ère Martiniquaise sur la 6666, et les vainqueurs homme et femme  de la 6666 iront en Martinique fin novembre, voyage inclus. De plus, un tirage au sort permettra d’offrir une place à la Transmartinique 2012 à un participant du Grand Raid ou de la 6666, billet d’avion inclus également. Je suis ravi d’avoir rencontré lors de ma participation 2011 une équipe organisatrice autant motivée et attentive aux trailers. Un enthousiasme communicatif et un attachement à des valeurs simples que je partage à 100%.
L’autre nouveauté est la Roquebrune, le 2 juin, trail découverte de 11,5 km avec 520m+ dans les reliefs de Roquebrun, sur le site d’arrivée des ultras. De quoi passer un bon moment de trail seul ou en famille, en attendant l’arrivée des ultra trailers.

Est-ce plus simple d’être agent immobilier ou organisateur ?
C’est une question de motivation pour l’un, et de passion pour l’autre ! Dans « immobilier », il y a « immobile », et j’aurais dû me douter que ce n’était pas mon truc !

Quel sera ton programme de course en 2012 ?
4 mars : Trail de Vulcain / 74 km
28 avril : Ultra Ardéchois / 98 km
9 juin :  Volcano Trail / 60 km
5 juillet : Andorra Ultra Trail / 112 km
30 août : TDS / 110 km
18 octobre : Grand Raid de La Réunion / 163 km
30 novembre : Transmartinique  /133 km
Photos : H. Giraud Sauveur & A. Guillon