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ITW de Gil Besseyre : "moins de place pour le rêve"

Gil Besseyre, ancien cycliste reconverti dans le Trail au début des années 2000 a marqué de son empreinte le Trail en inscrivant son nom en 2001, 2002 & 2003 au palmarès de La Grande Course des Templiers.
Il avait également remporté de belles victoires à la Via Romana, au Trail Gravona ou encore au Vignemale alors qu’en cyclisme, il était aux portes des équipes professionnelles s’imposant chez les amateurs au Tour d’Auvergne, au Tour du Doubs et quelques autres succès devant certains champions cyclistes de cette génération.
Que deviens-tu aujourd’hui ?
Je suis, depuis 2008, employé dans une usine de métallurgie, VAREL EUROPE fabriquant d’outil de forage (trépans) pour l’industrie minière. Je travaille en poste à la production comme tourneur-fraiseur sur machines à commandes numériques.
Côté famille, marié à Sandrine depuis 2006, nous résidons à la campagne entre Tarbes et Pau et avons vu s’agrandir le clan en octobre 2008 avec la venue d’Estéban, juste à temps pour découvrir ses premiers Templiers…
Sandrine travaille pour un labo d’analyses médicales avec donc les contraintes inhérentes (gardes, dimanche…) nous sommes en horaire décalé afin de nous passer le témoin, en l’occurrence Estéban, particulièrement dynamique, qui plus est éloigné de la plus proche famille (Charentes, Auvergne) ; vous comprendrez aisément que cela représente déjà beaucoup de sport, n’est pas de tout repos et nous laisse bien moins le loisir de nous entraîner et parcourir les sommets du haut niveau.
Mais nous arpentons toujours  les montagnes pour le plaisir de nous ressourcer, de découvrir et partager…Il serait également dommage de ne pas profiter pleinement de voir grandir ce petit bout à cause d’une passion débordante …
Etant donné que nous ne sommes pas accro à la compétition et que nous avons aussi d’autres centres d’intérêts, voilà  pourquoi nous sommes absents « du milieu » et coupera court aux rumeurs qui m’ont été rapportées, colportées par ceux qui pensent (et ou espèrent) que j’ai été suspendu…
Tu as gagné 3 fois Les Templiers (Thomas Lorblanchet aussi), penses-tu que cette performance sera difficile à renouveler à l’avenir ?
D’un point de vue purement mathématique, je répondrais par l’affirmative, puisque les coureurs sont plus jeunes (j’avais 33 ans lors mes premiers Templiers) ce qui leur laisse une plus grande marge de manœuvre. Il y a aussi plus de recul sur l’entrainement, l’alimentation…  Mais il y a peut-être plus de prétendants, plus d’épreuves où s’éparpiller et s’user, plus de pression et moins d’expériences…et peut-être aussi davantage besoin de résultat et moins de place pour la spontanéité et le rêve…
Quel regard portes tu sur l’évolution du Trail ?
Je pense que l’évolution du trail a permis à chacun de trouver sa place et son bonheur, il y en a pour tous les goûts, différents concepts, formats, enjeux et plus de diversités, ce qui en soit n’est pas plus mal et évite de tomber dans la routine.
Après on y rencontre aussi certains aspects mercantiles ou le business surfe sur la vague, mais ça c’est propre à tout ce qui a le vent en poupe… J’ai parfois l’impression aussi d’être revenu dans un peloton cycliste ou certains, une minorité heureusement, se regardent un peu trop dans les vitrines parés de leurs habits de lumière. Et que dire aussi de certain pseudo coach, entraîneur, gourou, parlant au nom de leur jeune poulain ? A vouloir être trop sérieux, on en chasse le naturel…
Avec tes performances dans les années 2000, tu aurais pu faire partie de l’équipe de France de Trail, est-ce un rêve inachevé ?
Je ne me suis jamais posé cette question et ne vois pas les choses ainsi. Pour me suivre, resituons les choses dans le temps : en 2000 j’avais 33 ans, vous comprenez déjà…j’étais certes un tout jeune retraité du Club Med (95 à 98) et également du cyclisme sur route (86 à 94) où j’avais vécu et écrit déjà quelques lignes à mon parcours sportif et palmarès… L’an 2000 fut pour moi, donc, un retour au sport avec à la clé un autre challenge qui m’était offert, celui de porter, justement à nouveau, le maillot de l’équipe de France, après le Tour du Limousin cycliste en 1991. Ce qui fut le cas en 2001 où j’honorais 2 sélections, l’une pour les Championnats d’Europe de montagne en Slovénie (14eme) l’autre pour les mondiaux en Italie (9eme, Thierry Breuil 7eme) avec au bout deux médailles d’argent par équipe…et d’enchaîner sur trois couronnes aux Templiers ; je ne vais pas faire la fine bouche. Evidemment, si à l’époque une équipe de France de trail avait vu le jour, c’est sûr que cela m’aurai dit d’être de la partie…
En fait, de rêve inachevé, je me dis parfois que si j’avais 20 ans de moins et à l’heure du cyclisme actuel bien plus sain et où la lutte contre le dopage porte ses fruits, j’aurais eu davantage de porte ouverte pour passer pro et la chance de m’y exprimer, à l’image d’un Romain Bardet, jeune de Brioude tout comme moi qui a franchi le cap cette année chez AG2R.
Va t-on vous revoir (avec Sandrine, sa compagne) sur des trails et notamment au départ des Templiers 2012 ?
Tout dépendra évidement  du temps que nous pourrons consacrer à l’entrainement… quelques petites courses sympas proches de chez nous certainement, après pour du plus long ce sera plus délicat, mais sait-on jamais…
Quelle est ta devise ?
J’aime assez celle-ci  de Winston Churchill : « Tout le monde savait que c’était impossible à faire. Puis un jour quelqu’un est arrivé qui ne le savait pas, et il l’a fait."

Ta journée idéale ?
Une journée ensoleillée, ponctuée d’une grosse rando-trail entre ami(e)s avec découverte de nouveaux espaces et territoires plutôt montagneux, avec un ou plusieurs sommets à la clé, une bonne bière à l’arrivée (voir+ selon la soif) et partager un agréable repas en soirée…et retranscrire tout cela par le témoignage de l’image et de l’écrit…

Mer, montagne ou campagne ?
Montagne donc, avec pourquoi pas une petite tête dans le grand bleu après une belle journée comme ci-dessus par exemple quelque part en Corse…(c’est du vécu !!!)
Peux-tu te définir en un seul mot ?
Surprenant, dixit Sandrine… 

Ton rêve actuellement ?
Restaurer un petit village de France afin d’en faire une terre d’accueil pour l’enfance…

Ton premier souvenir en course ?
C’était lors de mon premier cross UNSS, j’ai cru, au départ, m’être trompé de course trouvant la plupart des autres concurrents un peu trop grands…quelques kilomètres après, ils me trouvèrent un peu plus petit, loin devant !

Ta course la plus aboutie ?

Sans hésiter les Templiers 2003, tout était réuni pour y écrit un troisième volet se concluant en apothéose, en particulier la rencontre toute récente et présence de Sandrine …il ne me restait plus qu’à ne pas trembler…et comme le succès ne vaut que s’il est partagé…
Ton meilleur souvenir ?

Pour ne pas me répéter, sortir du registre sentimentalo-sportif et passer sur celui purement compétitif, ce serait ma victoire en 2001 à la course de le Rhune (64) devant Sylvain Richard et Gilles Icart avec à la clé le record de l’épreuve, qui tient toujours, devant une foule considérable à l’arrivée et une lutte mémorable en descente, jusqu’au bout… 20 ans auparavant,  j’étais pris en photo au sommet en vacance avec mes parents …
Ton plus mauvais souvenir en course ?

Lors du trail du Galibier en 2002, au repas de la veille j’avais pris un déca qui, en fait, n’en était certainement point un. Satisfait d’être au lit de bonne heure, je n’ai trouvé le sommeil qu’au moment du réveil ! Ce n’était pourtant pas le stress, j’étais donc planté à la moindre bosse et comme entre Valloire et le Galibier ce n’est pas vraiment plat, vous imaginez le résultat…
Ta course préférée ?
Allez, la Pastourelle, à Salers dans le Cantal pour son parcours, sa convivialité, sa soirée…
Recueilli par Fred Bousseau