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ITW de K. Jornet : "si tu as la pression, alors tu arrêtes le sport"

Alors qu’il sera au départ de La Transvulcania ce samedi (une course à suivre sur Endurance Mag), Kilian Jornet Burgada nous a accordé un entretien tout en préparant le matériel pour la traversée des Aravis (35 km pour 6550 m D+) qu’il vient d’effectuer en 10h32min avec Stéphane Brosse et Mathéo Jacquemoud.
Un retour au trail running après un peu plus de 5 mois de ski et plus de 320 000 m  D+ parcourus… et une annonce importante le 29 mai.
– Après des mois de ski alpi, dans quelle condition physique et mentale vas-tu débuter ta saison de trail ?
Ca va très bien, je suis en bonne forme après cette saison de ski. Je n’ai eu aucun coup de « moins bien » cet hiver. J’ai envie de courir à La Transvulcania ce week-end et à Zegama la semaine suivante, je ne me mets pas la pression, ensuite j’aurai 4 semaines sans courses. Je n’ai qu’une centaine de kilomètres dans les jambes en course à pied, dont 60 km en Grèce lors de l’advanced week Salomon, mais j’ai eu de bonnes sensations et pas de douleurs lors de mes derniers entraînements.
En fin de saison dernière, on a senti une sorte d’overdose, de fatigue, après de nombreuses sollicitations, ton livre, etc… Te considères-tu comme “régénéré” désormais, prêt à de nouvelles conquêtes ?
Oui, c’était une année difficile avec la sortie du livre j’ai du répondre à beaucoup de sollicitations en Europe (conférences, dédicaces….). Je ne me prépare pas spécialement à de nouvelles conquêtes mais aujourd’hui je suis très motivé pour remettre les chaussures de trail. Cette saison sera plus équilibrée avec un calendrier moins lourd. C’est plus facile de se préparer l’été, il fait plus beau, les jours sont plus longs, j’ai donc plus de temps pour aller en montagne et m’entraîner. En plus il n’y a pas le matériel à préparer (skis, chaussures…) et il ne fait pas froid.
Tu n’as que très peu de kliomètres dans les jambes en course à pied. Est-ce un désavantage à ton avis face à des adversaires qui eux, sont déjà bien en jambes, comme Seb. Chaigneau, Andy Symonds, etc..
C’est sûr que la majorité des coureurs ont beaucoup plus d’heures de course à pied que moi, mais je suis en forme. Le travail de l’hiver à ski devrait payer, il faut juste adapter les muscles, d’ailleurs ce n’est pas la première fois que je fais cela (NDLR, l’an passé, il avait repris en Australie avec une victoire sur 100 km). Ce sera sans doute dur, je m’y attends, j’aurais pu faire une préparation spécifique mais j’ai privilégié le ski de montagne. Le but n’est pas de faire absolument un résultat à chaque course, s’il vient tant mieux. Certes, je suis un compétiteur et je cherche aussi la victoire mais ma priorité avant tout est de prendre du plaisir tous les jours.Si je voulais absolument gagner La Transvulcania, je n’aurais pas fait cette traversée des Aravis avec Stéphane et Mathéo 4 jours avant la course.
Tu vas passer du froid des montagnes à la chaleur des îles Canaries, en quelques heures ? Comment pense-tu pouvoir gérer cette amplitude thermique ?
La chaleur, je ne la gère pas bien, je préfère la fraîcheur et les conditions plus difficiles. C’est un paramètre important qu’il va falloir gérer, mais ce sera pareil pour tout le monde. Il faudra bien s’hydrater et s’asperger d’eau à chaque ravitaillement, d’ailleurs je crois qu’il y en a 14 et que le seul matériel obligatoire est une frontale, une couverture de survie et une réserve d’eau.
Nous ne sommes qu’en mai, et déjà se profile une course avec un plateau digne d’un “championnat du monde”…. Est-ce que tu ressens une pression particulière avant cette course, où tout le monde va évidemment t’attendre au tournant ?
En hiver, sur toutes les courses de ski alpinisme, il y a tout le monde et du gros niveau à chaque fois, j’ai l’habitude de cette confrontation. Je fais entre 40 et 50 courses par an entre l’été et l’hiver, si tu as la pression alors tu arrêtes le sport. Je m’habitue à cela sans problèmes, à Giir di Mont, Kinabalu, Sierre Zinal, à chaque course il y a les meilleurs et tous peuvent gagner, mais je transforme cela en motivation.
Les grandes épreuves françaises du début de saison ont été marquées par la domination d’Andy Symonds… Quel regard portes-tu sur cet athlète, cet équipier, sur ses qualités ?
Je connais Andy depuis plusieurs années sur le circuit de Skyrunning. Sur les courtes distances, il était très fort mais son début de saison est impressionnant. Il a fait de gros progrès en passant sur des distances plus longues, il sera très fort ce week-end et je pense que ce sera l’homme à battre, ou en tout cas il fera partie des grands favoris comme Mike Wolf, Goeff Ross, Florent Troillet ou Seb Chaigneau.
A quoi va ressembler la suite de ta saison trail ?
Je serai ensuite à Zégama, en Juin à La Western States puis dans les Dolomites pour un kilomètre vertical et un Sky Running. Je retournerai cet été aux Etats Unis pour disputer deux courses : la Speed Goat et Pikes Peak Marathon. En fin de saison, j’irai à Kinabalu en Malaisie puis à la Diagonale des Fous pour le vingtième anniversaire.
Le 29 Mai prochain, Kilian Jornet Burgada présentera officiellement un projet personnel qu’il a depuis quelques mois autour de la montagne et qui va lui faire parcourir les massifs du monde pendant plusieurs années.
Par Fred Bousseau & Luc Beurnaux