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Kil’ Vertical de Nantaux – Le tremplin vers Fully…

C’est désormais une certitude. Après l’avènement du Môle et de Nantaux l’an passé, Chamonix, Manigod, Platé et les Estivales cette saison, la Haute-Savoie est entrée de plein pied dans l’ère des Kilomètres verticaux. Auparavant, les disciples savoyards de l’ultra-vertical race étaient condamnés à assouvir leur flamme dans le proche Valais suisse qui recèle à Fully, à proximité de Martigny, l’un des parcours les plus extatiques qu’il soit possible d’arpenter : la prise d’assaut d’une antique voie de funiculaire à travers un segment d’à peine deux kilomètres et des pourcentages de catastrophe frisant les 60%, soit le KMV le plus rapide au monde.
Aujourd’hui, l’étrange anomalie n’est plus de mise. D’autant plus que les versions proposées, en particulier à Manigod et Nantaux, n’ont plus grand chose à envier à leur grand frère helvète.

Le formidable succès populaire égayant dimanche la commune de Montriond est là pour l’attester. En dépit de l’irruption du Trail des Glières le même jour, pas moins de 205 verticalrunners, soit 43 de plus au regard de l’édition princeps, n’ont pas hésité à venir braver l’indocile Pointe de Nantaux, redoutable chien de garde de la Vallée d’Aulps culminant à 2170m.

En réalité, trois bonnes raisons les incitaient à affluer :
1 – Le professionnalisme des organisateurs Gilles Chevallay et Ludovic Rey, ainsi que les frères Jean-François et Alain Premat de Morzine, authentiques architectes de cette manifestation pour l’avoir portée sur les fonts baptismaux en novembre 2009. Ne cessant de bosser en synergie, ils ont su remarquablement tirer partie de leur expérience engrangée en ski-alpinisme, pendant hivernal du kilomètre vertical.
2 – La date privilégiée, intervenant trois semaines avant Fully, permettant ainsi d’y effectuer opportunément un ultime test. Néanmoins, cette fin d’année n’est pas la plus idoine pour les skieurs-alpinistes, ceux-ci venant à peine d’entamer la préparation de leur saison de « peau ».  
3 – Tant la distance excédant d’un chouïa la demi-lieue, que le profil en tous points rectiligne, font de ce kilomètre vertical le plus véloce de l’Hexagone. La preuve ? 34’01 aura été le temps nécessaire à son lauréat âgé de 39 ans, l’Helvète Emmanuel Vaudan, pour abattre le mur chablaisien, annihilant ainsi le précédent record hexagonal (34’05), propriété de Kilian Jornet Burgada depuis le 3 août dernier à Manigod. Et si l’Espagnol fut le seul à descendre sous le seuil des 35 minutes dans les Aravis, quatre athlètes parvenaient à réaliser cette prouesse dans le Chablais.
   
Quatuor symbolisé entièrement par des garçons entichés de poudreuse, se tenant dans un mouchoir, précisément en trente-deux secondes. Et si on élargit ce cénacle au top 10, ce sont en tout et pour tout dix-sept mordus de « peau » qui ont l’honneur d’y figurer, confirmant ainsi le leadership des skieurs-alpinistes sur ce type d’épreuve.

Seuls le fondeur Pierre Chauvet (Ski Club Pays Rochois), victorieux l’an passé mais en recul d’1’36 cette fois-ci, ainsi que les trailers Olivier Morin (FAC de Cluses) et Franck Vulliet (Trailers du Gavot), se permettaient le luxe de jouer les francs-tireurs. Ils recueillaient respectivement les 5ème, 6ème et 19ème places.
Au sommet de son art après avoir regagné ses pénates le 20 juillet 2010 à la suite d’un tour du monde d’un an en vélo, Emmanuel Vaudan (BCVS Mount Asics Team) ne pouvait pas voir la victoire lui échapper, à l’image des KMV de Chamonix et Platé cet été. Eminent skieur-alpiniste du Swiss Team de 1998 à 2006, il est tout simplement le numéro 1 mondial sur cette discipline pour avoir croqué il y a un an la rampe de Fully en 30’56.

Retentissant fait d’arme que le Suisse ne reproduira toutefois pas le 22 octobre prochain, s’évadant une semaine en Sardaigne. En revanche, ses très jeunes dauphins à Nantaux seront bien présents, à l’instar des prodiges Mathéo Jacquemoud (Team Ecrins Hautes-Alpes), 21 ans, 2ème, et Alexis Sevennec (CAF Morzine), 24 ans, 3ème. Cette saison, ils se sont montrés à leur avantage sur les compétitions de vertical race, le Haut-Alpin terminant 7ème et 1er espoir à Chamonix, le Morzinois 3ème sur la course mythique de Fully-Sorniot.
Manquera également à l’appel fulliérain, William Bon Mardion (Club Multisports d’Arêches-Beaufort), 28 ans ce 4 octobre, 4ème à Nantaux. Dommage pour celui qui endosse le maillot tricolore de ski-alpinisme depuis 2007 alors qu’il fait feu de tout bois cette année, décrochant la timbale sur le KMV du Mirantin et échouant au pied de la boite par deux fois à Manigod.

Chez leurs alter ego féminins, le jackpot est revenu à la néophyte Christel Dewalle, âgée de 29 ans et demeurant à proximité de la Roche-sur-Foron. Et de quelle manière s’il vous plaît ! En dépit de la fournaise ambiante et d’une dénivelée majorée, elle met à bas en 43’06 la précédente marque (44’27), accomplie par la junior annécienne Axelle Mollaret qui n’était pourtant pas la première venue (triple médaillée d’or aux Mondiaux de ski-alpinisme 2011). Exploit d’autant plus remarquable qu’il est intervenu une semaine seulement après sa 4ème position aux Aiguilles Rouges. En outre, elle n’avait aucune préparation spécifique, ayant projeté en effet de s’aligner sur le Trail des Glières avant de se raviser, faute de places.  
Voilà en tout cas une nana qui n’en finit plus de faire tourner la tête aux observateurs. Après avoir été pistarde et crosswoman au terme de la décennie 1990-2000 sous les couleurs de l’Athlé Saint-Julien 74 (ASJ 74), elle avait rangé ses running le temps d’élever ses deux filles. Epinglant de nouveau un dossard en décembre 2009, elle n’a découvert la course nature que cette année où elle ne cesse d’écumer les podiums (cinq succès sur les sept épreuves concourues). Aussi, elle a décidé le 30 septembre dernier de réintégrer l’ASJ 74 pour parfaire ses plans d’entraînement et ainsi progresser encore. Ca promet !
Hélas, elle ne se rendra pas à Fully où elle aurait pu, sur un tracé plus tonique, s’approcher des quarante minutes et pourquoi pas descendre sous ce seuil, rejoignant par ricochet le panthéon féminin du KMV.
Enfin, ses deux premières dauphines, férus de « peaux » elles aussi, occupaient déjà les mêmes rangs en 2010. La Jurassienne Catherine Juillaguet, 49 ans, 2ème en 45’30, et la Chablaisienne Martine Meynet-Cordonnier, 41 ans, 3ème en 45’55, sont pourtant peu friandes de course à pied même si la première s’est mise en évidence cette saison aux Estivales (1ère) et à Manigod (2ème).
Vu leur temps canon, elles remettront en tout cas toutes les deux le couvert à Fully.

François Vanlaton – Photos JL Bal