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KMV de Fully – Quand la réalité dépasse le mythe…

Encore une fois, la petite commune de Fully, au cœur du Bas-Valais, n’aura pas failli à son extraordinaire réputation, celle de se parer de ses plus beaux atours quand elle devient le temps d’une matinée la capitale mondiale du kilomètre vertical (KMV). Et ce à l’occasion d’une épreuve surgie en 2001 et qui connaît aujourd’hui une déferlante humaine, offrant sur la planète la rampe la plus rapide qui soit.
?513 verticalrunners, affluence inédite en la matière, accourus principalement du pays helvète, des Alpes Françaises et du Val-d’Aoste, ne s’y sont pas trompés, ralliant prestement une ancienne centrale hydro-électrique transformée de nos jours en salle de spectacles : la Belle Usine, juchée à 500m d’altitude, où le starter avait élu domicile.

?Leur objectif : rejoindre mille mètres plus haut le lieu-dit « les Garettes », et ce le plus vélocement possible bien sûr.?Le parcours ? Un segment de 1,920km montant le long d’une ancienne voie de funiculaire au milieu des cépages, châtaigniers et autres résineux tapissant une pente à 52% de moyenne, certains passages frisant les 60 %. Un cheminement d’un seul jet, régulier, dénué d’aspérités si ce n’est la présence fréquente de rouleaux pour le passage de câbles.?La météo ? Froid mais sans excès, l’orientation méridionale réchauffant vite l’atmosphère ambiante et rendant le terrain sec nonobstant un chouïa d’humidité.

?En substance, une stupéfiante gageure qui aura permis l’an dernier d’explorer la quatrième dimension lorsque le Valaisan Emmanuel Vaudan accomplissait l’impensable prouesse : celle de descendre, pour la première fois au monde, sous le seuil des 31 minutes, 30’56 précisément.?Pourtant, beaucoup ne cachaient pas leur circonspection sur le niveau enveloppant le cru 2011, perçu comme une pâle copie, pour ne pas dire un ersatz, des épisodes antérieurs. Leur argutie ? L’absence de Vaudan, en villégiature sur l’île sarde, ou encore celle de Kilian Jornet Burgada, son légendaire émule de 2006 et 2007, parti ferrailler avec Marco De Gasperi sur une manche de skyrunning en Malaisie.??C’était très mal connaître la nature exacte du peloton, en réalité constellé d’étoiles du ski-alpinisme qui exercent, comme chacun le sait désormais, une insolente hégémonie sur cette discipline. En dépit des incursions, parfois couronnées de succès, du fondeur rochois Pierre Chauvet et du cycliste gapençais Serge Garnier.
?La preuve, le temps référence de Vaudan n’aura pas tenu plus d’un an, le nouveau étant dorénavant la propriété de l’Italien Manfred Reichegger, en 30’46, sans jamais prendre la peine de… courir ! Digne héritier au demeurant de ses compatriotes De Gasperi et Martin De Matteis qui s’étaient appropriés ce record, respectivement en 31’42 en 2009 et 31’01 l’année suivante sur un tracé identique, celui de Chiavenna en Lombardie, pourtant plus étendu qu’à Fully (3,298km). Agé de 34 ans et originaire de Mühlwald dans les Dolomites, à l’extrémité nord de la Botte (région autonome du Trentin-Haut-Adige), le lauréat n’était rien de moins que l’un des trois membres de l’équipe transalpine de ski-alpinisme à s’inviter en Suisse. A l’image de nombreux mordus de « peaux », le KMV n’est qu’un complément à son entraînement, Reichegger s’y prêtant d’ailleurs avec parcimonie, n’ayant concouru en 2011, en dehors de Fully, que celui de Mühlwald en juin, qu’il organisait lui-même (1er en 35’45 sur 3,8km). Affilié au Centre Sportif de l’Armée à Courmayeur, équivalent de nos chasseurs-alpins, bilingue germano-italien à la silhouette longiligne (1m81 pour 63kg), il s’est étoffé d’un joli palmarès sur l’incontournable trilogie enflammant la traditionnelle saison de ski-alpinisme : vainqueur sur la Pierra Menta 2004 et 2009, également 1er sur la Mezzalama 2009, enfin second de la Patrouille des Glaciers 2010.?
Nul ne sera surpris d’apprendre que ses deux dauphins immédiats émanent du même sport, portant comme lui le maillot national : le Haut-Valaisan Martin Anthamatten, 2ème en 31’29 et le Morzinois Alexis Sevennec, 3ème en 32’07, chacun adoptant une posture bien différente sur le mur fulliérain : la course pour le premier, la marche assortie de relances en cavalant sur une dizaine de mètres pour le second.?Demeurant à Zermatt, Anthamatten, âgé de 27 ans et ancien hockeyeur jusqu’en 2002, est aujourd’hui le leader incontesté du Swiss Team de ski-alpinisme venu au grand complet à Fully. Il s’affirme ainsi comme l’authentique successeur de Florent Troillet qui a tiré sa révérence en pleine gloire à l’âge de … 29 ans. Son plus beau trophée, c’est sur la Patrouille des Glaciers qu’il le décroche où il établit l’an passé un nouveau temps étalon. Sans occulter sa médaille d’or en sprint sur les Mondiaux 2011… Et en course à pied cette saison, il aura pointé le bout de son nez à huit reprises, à Sierre-Zinal en particulier (9ème). Quant à Sevennec, 24 ans, ex-footballeur jusqu’en 2007, il aura multiplié ces deux derniers mois les faits d’armes sur la verticale race sans toutefois en abuser : 3ème tant à Fully-Sorniot qu’au KMV de Nantaux (2ème aussi sur le 21km du Trail des Hauts-Forts). Bonifiant son chrono de plus de quatre minutes au regard du cru 2008 sans se préparer spécifiquement, le pensionnaire du Club Alpin Français du Haut-Chablais aura été de toute évidence la vraie révélation masculine.??
Chez les filles, on a bien failli assister à un exploit du même acabit que chez les hommes. En touchant le jackpot en 38’24, la Vaudoise Maude Mathys, 24 ans et résidant à Ollon, accomplit le troisième chrono de l’histoire de cette épreuve, après ceux de la Haut-Alpine Laetitia Roux (37’55 en 2009) et la Valaisanne Cristina Favre-Moretti (38’09 en 2004). Et sa performance aurait pu être bien plus éclatante encore si elle avait été boostée par les favorites, celles-ci s’élançant près d’un quart d’heure après elle sur ce contre la montre avec un départ toutes les vingt secondes. En outre, elle n’avait pas du tout prévu de s’aligner, recueillant le dossard d’un ami… quatre jours seulement avant la compétition !?Même si elle s’adonne à la « peau », cette jeune maman d’1m63 pour 54kg, ayant accouché d’une fille le 8 avril dernier, est avant tout une adepte de la montagne et du trail longue distance. Etrennant ses running en 2006 via la route, elle ne cesse depuis trois ans d’ajouter des perles à son collier en course nature : 1ère du 52km en 2009 et 2ème du 61km en 2010 au Trail Verbier – Saint-Bernard ; en 2011, 4ème sur Montreux – les Rochers-de-Naye, 7ème à Sierre-Zinal, 1ère (et 4ème au scratch !) sur le Trail des Dents du Midi.?Grimpent sur les deux autres marches du podium les Valdôtaines Enrica Perico, 34 ans, coureuse de montagne, fondeuse et triathlète des neiges, seconde en 39’08, et Gloriana Pellissier, 35 ans, figurant en bonne place dans le panthéon du ski-alpinisme, 3ème en 39’59.??
Chez les Françaises, on relèvera les actions d’éclat suivantes 😕
– Celle de l’Annécienne Axelle Mollaret, 19 ans, qui pour la seconde année consécutive fait passer de vie à trépas le record junior avec une marque en 40’46, s’adjugeant la 7ème position au scratch, analogue à 2010 mais avec un plateau bien plus densifié. L’an prochain, on focalisera avec attention son comportement aux Europe de ski-alpinisme après ses trois titres glanés aux Mondiaux 2011.?
– Celle de la Rochoise Christel Dewalle, 28 ans, 5ème fille en 40’09, soit le 3ème chrono des Françaises à Fully ! Prosélyte de la course nature depuis mai dernier, enchaînant les succès aux KMV du Môle et de Nantaux, elle se permet le luxe de griller la politesse à la Haut-Valaisanne Nathalie Etzenberger, 6ème en 40’41, 43 ans, victorieuse en 2010 et chef de file du Swiss Team de ski-alpinisme. Rien de moins…
?- Enfin, c’est avec nostalgie que l’on a revu Isabelle Guillot, qui fête ses 50 ans ce 25… octobre. Celle qui est la plus titrée en montagne dans l’Hexagone et qui risque de le rester pendant encore très longtemps (championne de France… à quatorze reprises entre autres !) n’a pas manqué son escapade. En 42’11, elle se classe 11ème au général et 1ère quinqua, précédant d’1’17 son… compagnon Serge Moro ! Impérissable Isabelle !??
Texte et photos : François Vanlaton