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KV de Fully – l’année de Sévennec ?

Alexis Sevvenec au départ du KV de Fully

Preuve de la notoriété sans égal du Km Vertical de Fully parmi ses pairs, les inscriptions à l’occasion de cette 13ème édition, ouvertes le 1er septembre dès 8h, auront pris fin… 9 heures plus tard, le quota maximal de 600 coureurs étant déjà atteint. Du jamais vu dans cette petite commune valaisanne de près de 8000 âmes, située près de Martigny dans la Vallée du Rhône ! (1) 
En réalité, personne ne sera surpris par un tel engouement, ce rendez-vous étant tout bonnement le km vertical le plus rapide de la planète en raison des dimensions et de la nature du parcours. En l’occurrence, 1000,06m de dénivelée positive (2) pour seulement 1,920km de long, et ce à travers une voie ferrée rectiligne mise en service en 1914 et dont la pente s’élève à 52% de moyenne.

Diligence
Cette vélocité en est largement entérinée par les records mondiaux officieux (3) qui, chaque année, tombent les uns après les autres. Dernier exemple en date, le millésime 2012 qui verra l’Italien Urban Zemmer (né le 5 juillet 1970), et la Haut-Savoyarde Christel Dewalle (née le 3 juillet 1983), parvenir aux Garettes où est jugée l’arrivée, respectivement en 30’26 et 36’48. Pour la petite histoire, ces deux coureurs pur jus coupaient l’herbe sous le pied des skieurs-alpinistes qui bien souvent se réservent la part du lion dans cette discipline s’apparentant de près à la leur.
Dans ces conditions, et contrairement à l’an passé, on ne peut qu’être surpris de ne pas voir figurer Fully dans la Coupe du Monde de km vertical mise en place en 2012 par la Fédération Internationale de Skyrunning (ISF). Idem pour Chiavenna en Lombardie, le plus tonique en dehors de Fully, où le 14 juillet dernier l’Italien Bernard Dematteis manquait de peu d’abattre le record mondial de Zemmer, parvenant au bout des 3,298km en 30’30. Soulignons toutefois  que les critères de sélection des cinq courses retenues ne doit pas être une sinécure pour l’ISF, celle-ci ayant l’embarras du choix devant la profusion à l’heure actuelle de ce type de manifestation sur le Vieux Continent.



Les Italiens en force
Apparemment, l’élite mondiale des vertical runners, du moins la gent masculine, n’a cure de ces considérations, s’apprêtant à investir massivement la rampe fulliéraine. Ainsi, les trois premiers de la Coupe du Monde 2013, tous Transalpins et vedettes du prestigieux team La Sportiva, seront de la partie, à savoir : le vainqueur Zemmer et son dauphin Marco Facchinelli (8ème en 31’58 à Fully 2012), originaires tous les deux de la région autonome du Trentin Haut-Adige, le premier étant germanophone, le second italophone ; enfin, le 3ème en la personne du Piémontais Marco Moletto (6ème en 31’39 à Fully 2012).
Au sein de ce trio, Zemmer et Moletto bénéficient d’un avantage psychologique certain, le tandem s’étant illustré le 11 octobre à Limone lors de l’ultime manche de Coupe du Monde de Skyrunning. Sur un tracé de 3080m accusant un différentiel de 1080m, Zemmer empochait le pactole en 37’11 tandis que Moletto qui opérait sur ses propres terres finissait 3ème en 38’37. Cerise sur le gâteau, ils devançaient Kilian Jornet Burgada, 4ème en 39’04, qui pour la cinquième année consécutive délaisse Fully, le Catalan espagnol s’alignant sur la Diagonale des Fous. 
Autre star italienne présente, Manfred Reichegger, demeurant à Aoste mais de souche haut-adigeoise, germanophone comme Zemmer, 2ème en 30’42 en 2012 (et 1er en 30’46 un an plus tôt). Attention également au Suisse Werner Marti, ambassadeur de l’Oberland Bernois, 9ème en 32’05 en 2012. Ainsi qu’à son compatriote et vieux briscard, le Bas-Valaisan  Emmanuel Vaudan (11ème en 32’21 en 2012) qui connaît le moindre caillou pour l’avoir emporté à quatre reprises (2001, 2003, 2004 et 2010 où il sera le premier homme au monde à descendre sous les 31’, 30’56 précisément). En revanche le Slovène Nejc Kuhar, 3ème en 31’00 en 2012, initialement engagé, renonce à prendre le départ.

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Les chances françaises
Et nos Hexagonaux maintenant ? L’un d’entre eux pourrait bien être couronné tant sa forme est éclatante cette saison, contrastant avec la saison dernière qui fut en partie gâchée par une tendinite au genou en juillet-août. Il s’agit bien sûr du Morzinois Alexis Sévennec (Team Crazy Idea), 26 ans, auteur d’une marque en 31’37 à Fully 2012 après une entame sans doute trop preste (5ème). Outre son succès à Nantaux il y a un mois, on l’a surtout remarqué en juillet à Canazei, au cœur des Dolomites, où il se classait 6ème sur le km vertical et, 48h plus tard, 5ème sur la skyrace, au sein d’un peloton constellé d’étoiles. Son coéquipier Mathéo Jacquemoud, 23 ans, pourrait pareillement faire un tabac comme en témoigne sa 5ème position sur le Km Vertical de Canazei, et ainsi effacer sa relative déception de l’an passé à Fully (12ème en 32’44).
Surtout, ne négligeons pas le fondeur Pierre Chauvet (Team Socquet Sports et La Foulée d’Annemasse), 33 ans (10ème  en 32’09 en 2012). Hormis le faîte du podium en 2008, son chrono 2010 en 31’30 demeure la référence française. Mais oui, même si on a tendance à quelque peu l’occulter !
Et que nous réserve encore ce diable de Serge Garnier, lauréat 2009, un des rares à oser défier le mur valaisan dépourvu de bâtons ? En net recul il y a un an (22ème en 34’16), ce fameux cycliste haut-alpin surnommé « le grimpeur de Théus », âgé de 47 ans, semble avoir retrouvé cette saison des couleurs comme en atteste son fait d’armes au Grand Serre (second en 34’44 en annihilant sa marque de 18’’).

Dewalle vers les 35’ ?
Chez les filles, le plateau apparaît sensiblement moins fourni, notamment en regard de 2012. Authentique icône du km vertical, Christel Dewalle, sauf accident, n’a aucun souci à se faire pour la gagne. Reste le chrono. Au vu des quatre km verticaux disputés cette année (Môle, Chamonix, Grand Serre, Nantaux) où elle a pulvérisé les records, la pensionnaire du Team Terre de Running Ronhill et de l’Athlé Saint-Julien 74 pourrait bien faire passer de vie à trépas ses 36’48. En allant plus loin, et en se fiant aux 37’57 accomplis à Nantaux, elle est même en mesure de franchir la barrière des 35’. Seul bémol qui suscite des interrogations, son abandon il y a deux semaines aux Championnats de France de trail long à cause d’un genou endolori. Mais Christel est souvent réactive dans l’adversité, son triomphe à Fully intervenant ainsi un mois après son unique défaite en km vertical à Nantaux devant l’Annécienne Axelle Mollaret.
 Axelle justement (2ème en 37’44 en 2012) qui fera faux bond, privilégiant ses études de kiné. Autres forfaits, ceux de la star Laetitia Roux (victorieuse en 2009) ainsi que de la jeune pousse, la Vaudoise Jennifer Fiechter (11ème en 43’00 en 2012).
Dès lors, « s’écharperont » pour les deux marches restantes les quatre nanas suivantes : les Valaisannes Emily Gex-Fabry (6ème en 40’53 en 2012) et Viktoria Kreuzer (9ème en 41’11 en 2011), enfin les deux quadras que sont la Fribourgeoise Colette Borcard (8ème en 42’02 en 2012) et la Turinoise Raffaella Miravalle (10ème en 42’35 en 2012).
Sans omettre la légendaire Corinne Favre, 42 ans, invitée de dernière minute.
Epiloguons avec deux redoutables Haut-Savoyardes qu’on surveillera de près, la traileuse longue distance Delphine Avenier, (19ème en 46’48 » en 2012) ainsi que l’ex-crosswoman et pistarde Elodie Mouthon qui étrenneront cette discipline.

François Vanlaton – Photos JL Bal


(1) Attention de ne pas confondre Fully avec la station de la Fouly, localisée également dans le Valais mais dans le Val-Ferret, dépendante de la commune d’Orsières et qui est connue des Français comme point de passage de l’UTMB et de la CCC.
(2) Les 1000,06m de dénivelée positive ont été mesurés en juillet 2010 au GPS par un géomètre.
(3) Les records mondiaux établis à Fully, comme sur n’importe quel autre km, ne peuvent qu’être officieux, aucune de ces compétitions ne ressemblant à une autre, ayant chacune leur propre spécificité (format, itinéraire).