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La Route des Rois 2006 : 135 km dans le désert jordanien

Moniteur de sport à l’Ecole d’Etat Major à Compiègne, le sergent-chef DELMAS Stéphane a participé du 15 au 24 septembre 2006 à la 9ème édition de la Route des Rois en Jordanie. Cette aventure consiste à parcourir 135 km à pieds en 6 étapes dans le désert Jordanien, par une température de plus de 40°C. Récit de cette aventure?

16 septembre 2006 : 15 km ; 130 mètres de dénivelé positif (m+) – 520 mètres de dénivelé négatif (m-)

Le départ de cette première étape est donné par le Ministre du Tourisme lui-même. Départ en côte. Altitude : 1 200 m. Température : 41°. Pas trop le temps d’apprécier les paysages car le rythme élevé (10ème km franchit en 36′ 38 ») et le parcours accidenté ne le permettent pas. On découvre des collines caillouteuses et arides. Un paysage quasi lunaire. Vers le 7ème km, la Mer Morte est en vue. La chaleur et le manque de vent usent les organismes. Le 1er , Dominique, arrive en 53′. Je prends la 2ème place en 56′ et le 3ème, Daniel, un expert des longues épreuves (2h32′ sur marathon) termine en 59′. Nous nous rendons ensuite au bords de la Mer Morte. Point le plus bas du globe à – 415 m sous le niveau de la mer, 6 fois plus de sel que dans n’importe quel océan, aucun bateau ne peut naviguer, aucun organisme ne peut y vivre : le paysage semble irréel.

17 septembre : 21 km ; 560 m+ – 580 m-

Départ à 10h30. La chaleur guette déjà. Les consignes sont données : pas de photos car nous sommes près d’une réserve militaire. Le 1er franchira la ligne en 1h23′. Sur un circuit accidenté comme celui-ci, cela relève de l’exploit. Je démarre la course avec le 3ème puis chacun prends son rythme de croisière. Je mets ainsi de la distance entre Daniel et moi. Au 9ème km, des pentes de 20 % nous attendent et une température de 42 °C. Le château de Shobak se dévoile au fur et à mesure que l’on avance. La fin du circuit reste vallonnée jusqu’à l’arrivée aux abords du château et d’un village bédouin. Mes pieds commencent à me poser des problèmes : un ongle est déjà sur le point de tomber.

18 septembre : 23,5 km ; 890 m+ – 420 m-

Départ à 8h15 pour éviter la fournaise. Il fait tout de même 32°C. Le circuit comporte 890 m+ mais passe beaucoup mieux que la veille. La plupart des coureurs ont eu du mal à se mettre en jambe. Les paysages découverts sont de plus en plus surprenants : on éprouve une certaine béatitude en découvrant ces monstres de pierres sculptés par l’érosion. Pendant que chacun trouve son rythme, je double deux VTTistes suisses dans les bosses qui à leur tour ne font qu’une bouchée de moi dans les descentes. Un deuxième ongle me cause des problèmes. Avant de rejoindre Serge sur la ligne d’arrivée, nous croisont des supporters peu ordinaires (dromadaires et chèvres). A l’arrivée, le classement reste inchangé. Un repas consistant nous est servi (poulet et riz tout au long du séjour) puis 2 heures de marche sont nécessaires pour regagner les bus direction Pétra.

20 septembre : 33 km ; 860 m+ – 920 m-

Départ en côte à 8h20, 33°C. On surplombe vite la vallée et ses magnifiques couleurs. La journée de récupération d’hier a été bénéfique pour les jambes. Le premier au classement général part encore très vite et creuse son avance : 14 derniers km sont durs avec cette température. Durant cette épreuve, bons nombres de petits groupes se sont constitués afin de se soutenir dans l’effort. La solidarité dans ces aventures est courante et appréciable. L’arrivée d’étape se fait sous une grande tente berbère en compagnie de bédouins préparant du thé à la menthe. Nous sommes aux portes du Wadi Rum, célèbre pour son aridité et ses montagnes qui semblent sortir de nulle part. Le camp pour cette nuit est en plein désert.

21 septembre : 23,5 km ; 150 m+ – 150 m-

L’humidité a surpris les quelques dormeurs qui ont passé la nuit à la belle étoile. Au programme : 8 km d’asphalte chaotique puis 15,5 km de sable en plein désert. Aujourd’hui j’ai décidé de faire course commune avec le 3ème. Les sols caillouteux laissent enfin place au sable permettant ainsi de poser les pieds sans trop de crainte et de lever les yeux pour admirer les alentours.
Nous faisons quelques pauses photos avant d’atteindre une arrivée d’étape sous une immense arche de roche. Cette nuit là, nous serons plusieurs à dormir en plein air pour admirer les étoiles filantes.

22 septembre : 18,5 km ; 50 m+ – 50 m-

De nombreux compétiteurs ont contracté la tourista depuis hier soir. Je suis également touché par ce syndrome. Une difficulté supplémentaire ! Aujourd’hui nous empreintons les pistes désertiques et sablonneuses du Wadi Rum. Les 8 premiers du classement général se sont entendus pour faire la course ensemble. Le classement est déjà fait depuis quelques étapes. Après 9 km de course, quelques dunes de sable nous attendent avant de franchir un ancien lac salé long de 3 km. La diversité des paysages est au rendez-vous. Les concurrents franchissent la ligne d’arrivée tant attendue, souvent dans un petit groupe avec leur compagnon de fortune. Les yeux exprimant bonheur ou souffrance démontrent que tous ont vécu une grande aventure humaine et sportive. Une mention particulière pour Lionel, handicapé moteur depuis un accident de la route à l’âge de 10 ans, qui à force de courage et de persévérance a achevé son 7ème raid?

Au retour, tout le monde se cotoit, se rappelle ses images, ses propres sensations. Tous ont vécu une grande aventure. Pour 2007, cap sur le Chili avec un raid de 274 km en courant à plus de 4 500 m d’altitude.

Classement final du raid :
1er Dominique Bordet : 9h18’23 »
2ème Stéphane Delmas : 10h23’47 »
3ème Daniel Juin : 10h49’36 »

1ère Pascale Anthonus : 12h33’44 »
Valérie Bernard : 12h48’24 »
Marielle Sensenbrenner : 13h07’56 »