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La vision US de l’avenir de l’Ultra Trail selon K.Meltzer, A. Krupicka…

Si loin et pourtant assez proche…


A peine quelques décennies en arrière, les marathons étaient des petites courses obscures dirigées par une poignée de fanatiques purs et durs, presque tous des hommes.
L’idée des méga-courses urbaines qui attireraient des dizaines de milliers de participants et des millions de spectateurs n’avaient même pas encore germé.
Mais vint le boom des années 1970 qui allait populariser le sport grand public et transformer les marathons en super productions télévisés. Des événements regroupant l’élite mondiale avec des primes toujours plus élevées attirant hommes et femmes dans un but toujours plus individualiste.
Suivant ce même chemin, le Trail longue distance espérait une destinée similaire : une croissance importante et donc la visibilité qui va avec afin pour devenir un petit signal sur le radar du sport de compétition.
Au lieu de cela, l’Ultratrail est victime d’un développement sporadique et chaotique. Les événements n’ont pas été en mesure de répondre à la demande, les possibilités sont limitées par les restrictions gouvernementales sur l’utilisation des sentiers, l’accès pour les spectateurs et les médias est entravé par une logistique difficile et il n’y a pas de championnat unifié à cause de plusieurs fédérations concurrentes.

"Toute personne, un minimum compétitrice, veut voir son sport se développer», déclare Karl Meltzer, qui détient un nombre record de victoires sur les courses de 100 miles US. "Mais pour les "milieux de peloton" en particulier, c’est une déception de ne pouvoir s’inscrire en raison d’un nombre de place très limité et peu apprécient de jouer à la loterie pour s’inscrire."
Selon American Trail Running Association (ATRA), le nombre trail a plus que triplé depuis 2000 avec 2.400 événements, et le nombre de participants est passé de 90.000 à 230.000.
Selon le magazine Ultrarunning, le nombre de coureurs ayant terminé un ultratrail est passé de 15.500 en 1998 à 52.000 en 2011. Bien que la participation ne soit en rien comparable avec le Marathon (518.000 personnes aux États-Unis ont terminé le marathon en 2011)
Le peloton des traileurs s’est autant étoffé ces quatre dernières années qu’il l’avait fait depuis une trentaine d’année.

Quelques-uns des ultras les plus prestigieux, comme la Western States Endurance Run en Californie, le Trail Leadville 100 ou encore la Hardrock 100 Endurance Run, tous deux dans le Colorado, attirent jusqu’à huit fois le nombre de candidats qu’ils peuvent accueillir. Malgré peu ou pas de primes, le niveau du plateau présent en fait des championnats officieux.
Les coureurs élites ont souvent des difficultés à obtenir des passe-droits lors des tirages au sort en raison de la philosophie de ces évènements considérant le combat contre soi-même aussi prestigieux que celui entre champions. Cela a contribué à éviter la confrontation entre les meilleurs coureurs qui aurait pu attirer l’attention des médias et des sponsors et permettrait plus de reconnaissance et une meilleure croissance de ce sport.

Un manque de moyens financiers
Nancy Hobbs, directeur exécutif ATRA et président de l’USA Track & Field Montagne / Ultra / Trail Sport Conseil, travaille depuis plus de 15 ans pour créer des championnats nationaux. Mais sans sponsors, les primes restent dans la gamme de 1000 $ à 8000 $, et les événements restent petits.
«Certains Ultratrailers courent tout le temps, et d’autres choisissent leurs courses au gré de leurs envies. Beaucoup se demandent, «Pourquoi ne pas avoir un événement majeur ? " rapporte Nancy Hobbs. "Nous n’avons pas l’argent pour cela… S’il y avait de plus gros partenaires le programme serait différent." Une série de petites courses permet également une plus grande logique dans le calendrier, dit-elle. Pour de nombreuses élites, les gains modestes ne couvrent même pas les frais de déplacement.

Faites-vous de l’argent avec les courses? "Non, "dit Karl Meltzer, qui remporte pourtant chaque année quelques-uns des plus grand trails depuis 1996. "Même si vous gagniez toutes les courses du calendrier, vous auriez environ $ 30.000 par an… C’est les partenaires qui rendent possible pour les élites de préparer correctement les courses et gagner leur vie dans ce sport."
Karl Meltzer pense que des partenaires tels que XTerra, Montrail, La Sportiva… ont la capacité de financement pour réunir un joli plateau et attirer l’attention des médias : c’est à eux d’être partie prenante de gros évènements. « The North Face 50 est devenu une sorte de grand championnat. Ils pourraient faire quelque chose ensemble », dit-il.
L’Ultramarathonien Russell Gill, propriétaire de la Charlottesville Running Company, a créé The Ultra Race of Champions, une course de 100 kilomètres avec une prime de 10.000 $ qui pourrait attirer les élites et susciter l’intérêt national et international.

Les médias ont un rôle à jouer
Les trails de montagne sont un réel défi pour les médias qui devront innover pour permettre la couverture et la diffusion. Mais ces événements pourraient être montés puis retransmis avec des images saisissantes comme c’est le cas de l’Ironman à Hawaii.
"Je pense que le trail pourrait dégager la même émotion viscérale que le triathlon avec une couverture adéquate», déclare Tia Bodington, rédacteur en chef du magazine Ultrarunning.
Les médias sociaux peuvent aussi offrir de nouvelles options pour la couverture. «Ces dernières années ont eu lieu de nombreuses avancées dans l’aspect médiatique de ce sport, principalement via le suivi de courses sur Twitter, et la production de films alternatifs», d’après  Anton Krupicka victorieux de nombreux 50 et 100 miles.
Mais tout le monde n’est pas pour une explosion de la couverture médiatique et du nombre de participants. Pour Anton Krupicka "Je comprends tout à fait ce point de vu, mais je pense que la place est assez grande dans ce sport pour accueillir les deux types de courses : celles avec de grandes ambitions, des médias, des primes, et un focus sur la performance et celles plus discrètes qui se déroulent sans tambour ni trompette. J’aime les deux types d’événements et j’espère que ces deux types puissent continuer d’exister et de se développer."
« En raison de la taille réduite des terrains de jeux, nous sommes sur une sensation intimiste», accorde Karl Meltzer. «Il y a encore cette camaraderie. Nous sommes tous amis. . . . Je veux voir ce sport se développer, mais en même temps je ne veux pas le voir devenir qu’une histoire de compétition et d’argent. J’aime y aller et avoir du plaisir. . . . Je pense qu’un équilibre peut être atteint ».


Article de Daniele Seiss paru dans le Washington Post.(Traduction Christophe BOEBION)
© Photo par Jeff Browning : Karl Meltzer sur le sentier West Rim au Zion National Park.
© Fred Bousseau : Anton Krupicka et moment de convivialité entre coureurs US et Européens.