Trails Endurance Mag
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Le projet de K. Jornet : Mt Blanc, Cervin, Mc Kinley…..et Everest.

Kilian Jornet vient de présenter son projet sur les 4 prochaines années, EXTRAIT :

« Ce que je viens présenter aujourd’hui, c’est un nouveau projet que j’ai dans la tête depuis longtemps. Je pense que depuis que j’étais enfant, je regardais dans ma chambre une photo du Cervin, je lisais les livres de Messner, je regardais des photos de montagne de mes parents qui me faisaient rêver… depuis ce moment il est né dans mon esprit ce projet, en sommeil jusqu’à maintenant.

Le projet « Summits Of My Life » va durer 4 ans ; pendant cette période nous allons visiter les massifs les plus importants du monde et tenter les records d’ascension et descente de quelques-unes des montagnes les plus spectaculaires qui existent.

L’approche de ce projet ne signifie pas que je vais arrêter les compétitions de Trail running ou ski alpinisme.

=> En 2012
Nous allons commencer cet été avec 2 traversées, dans le berceau de l’alpinisme, où les premiers alpinistes ont commencé à rêver de conquérir les sommets. Ce sont 2 traversées dans le massif du Mt Blanc. Le premier sur les skis des Contamines à Champex, qui relie les sommets les plus importants du massif et quelques-unes des descentes les plus spectaculaires. Ce voyage je le ferai avec deux amis, Stéphane Brosse et Mathéo Jacquemoud. Le second sera de Courmayeur à Chamonix en passant par le sommet du Mont-Blanc. En montant du côté sud, de l’Italie et en descendant la face nord.

=> En 2013
Je vais essayer de battre les records de montée et descente des sommets européens les plus importants, à commencer par le plus élevé, le Mont Elbrus en Russie. Puis sans doute le plus difficile des records, le Cervin, où Bruno Brunod a mis 3h14min ! Ce sera la technique et la prise de risque sans doute la plus difficile. La dernière de l’année 2013 sera d’essayer le Chamonix-Mont-Blanc-Chamonix ; le record de Pierre André Gobet tient depuis 1990 en 5h10min14s.

=> En 2014
Nous allons traverser l’Atlantique pour trouver les deux plus hauts sommets en Amérique, l’Aconcagua en Amérique du Sud, avec près de 7.000m et son fameux vent, et le Mc McKinley ou Denali en Alaska, un sommet avec des conditions météorologiques difficiles .

=> En 2015
L’objectif sera d’essayer de monter et descendre l’Everest (8 848m) le plus rapidement possible.

Je suis un compétiteur, j’aime la compétition, allant au-delà, à la recherche de mes limites. Mais les records, les marques, doivent seulement être importants quand nous courons ; une fois que nous sommes descendus du sommet, ils doivent disparaître. Ils doivent servir à me motiver, à chercher mes limites, et seulement une motivation intrinsèque. C’est pourquoi le projet a aussi pour projet de transmettre des valeurs.

Il y a une phrase que Lluis Claret (violoncelliste) m’a dit un jour et m’a beaucoup marquée: « Dans leur son, il y a la voix de beaucoup de gens … Notre son, notre voix, est également le témoignage des personnes qui ont admiré et aimé, qui nous ont enseigné et influencé « .
La Montagne m’a appris beaucoup de choses ; ce que je suis aujourd’hui, c’est grâce a elle, et aussi grâce à ceux qui m’ont appris à la connaitre, à ceux qui m’ont amené et ceux que j’ai emmené.
Et tous m’ont fait vivre avec ces valeurs, et il n’existerait de sens à battre des records si ce n’est avec eux.

L’équipe qui va former ce projet est aussi légère. Il y a, mis à part moi-même, Sébastien Montaz, qui va réaliser les films et épisodes, en travaillant avec peu de matériel pour chercher des images spectaculaires mais aussi intimes.

L’équipe de Lymbus, avec Jordi, le responsable de la communication, de la presse et qui va chercher « la formule » pour que tout cela soit réalisable.

Dans les différents sommets il y aura des collaborations de nombreuses personnes, Stéphane Brosse, Mathéo Jacquemoud, Jean Sé Knozer, Vivian Bruchez, Alessandro Stella, ma sœur… Dans certain sommets j’aurais aussi l’aide de deux amis et  alpinistes reconnus comme Jordi Colominas et Jordi Tosas, que je remercie.

De la même façon et même si c’est un projet totalement personnel, les marques qui m’aident sont au courant et j’ai toute leur confiance et soutien pour essayer cela.
En montagne, la difficulté du terrain demande des équipements très spécifiques, je travaille donc avec eux, et je les remercie pour cette confiance.

Etant donnée la grandeur au projet, on est en train de chercher un sponsor principal qui nous aide à le réaliser, avec des garanties. Les derniers mois, on a travaillé beaucoup dans la partie technique. A partir de maintenant s’initie aussi un autre challenge, celui de trouver les moyens pour le réaliser, mais comme on dit toujours, avec de l’illusion rien n’est impossible.

Une autre valeur que je veux transmettre c’est celui de la simplicité ; sans doute, l’homme est-il capable avec de la technique et la technologie d’arriver très loin, très vite. Mais à quoi cela nous sert-il ? Walter Bonatti avais mis « L’Alpinisme de l’homme en face de l’alpinisme de la technique » On va essayer d’enlever ce qui n’est pas nécessaire, et rester le plus nu en face de la nature, avec le minimum d’équipement possible, pour se sentir corps à corps avec la montagne, sans intermédiaires. On n’a pas besoin de grands moyens, de grandes choses pour réaliser ce qui nous motive.
On essayera d’être le plus silencieux dans la montagne, que nos pas ne se marquent pas, en essayant d’être aussi le plus écologiques et économiques possibles.
Je sais que c’est un projet très ambitieux, très difficile, mais il faut être ambitieux, connaître où sont les risques et risquer d’échouer. Si on n’essaye pas, si les rêves restent des rêves, jamais on va connaître la personne qu’on est. A la fin, on comprendra que le rêve ne sont pas les records, mais les sentiers empruntés pour gravir chaque sommet, et l’échec, ne sera pas de couronner ou pas un sommet, ou arrêter le chrono quelques minutes plus tard, mais n’être pas capable de prendre ce chemin.