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L’Echappée Belle Dynafit 2016

Echappée Belle 2016

L’Echappée Belle, 4ème du nom, a beau avoir fait peau neuve habillée par Dynafit nouveau sponsor principal, son contenu n’en reste pas moins difficile avec son parcours hors norme reliant Vizille à Aiguebelle.
Benoit Pescher finisher du 47kmLorsqu’à la conférence de presse donnée au Domaine de Vizille, Florent Hubert l’organisateur en chef, nous dévoile ce tracé dantesque, soit 144km pour 10 900 m de D+, qui n’est ni plus ni moins une traversée intégrale de la Chaîne de Belledonne du sud au Nord, nous avons déjà la chair de poule. Au sein de ce musée unique dédié à la Révolution Française, les coureurs Elite ne sont pourtant pas inquiets, subjugués par les images de la vidéo de l’édition précédente. Christophe Le Saux et Janik Delva, parrain et marraine de l’épreuve 2016 en ont déjà l’eau à la bouche. La traditionnelle dégustation œnologique clôturant la conférence de presse sur le thème des blancs fruités termine de faire saliver nos champions pressés d’être sur la ligne de départ. En soirée, Florent Hubert nous informe au cours du diner servi au charmant hôtel restaurant « Les mésanges » à St Martin d’Uriage qu’il sera pour la première fois au cœur du peloton, avec un dossard accroché sur la poitrine : « J’avais très envie de vivre cette extraordinaire aventure de l’intérieur, maintenant que ma formidable équipe composée de plus de 350 bénévoles commence à être bien rodée pour assurer les réjouissances, et veiller au bon déroulement de cette folle épopée. J’ai hâte. » On imagine !

Sébastien Gérard la voulait !

Jeudi matin 6h, Parc du Domaine à Vizille, le départ est donné dans la pénombre. A peine parti, le peloton de 550 coureurs se languit de découvrir cette course exceptionnelle dont certains récidivent suite à des tentatives infructueuses vécues les années antérieures. Très vite le soleil domine au passage du lac de Luitel (km 12) et la course est lancée. Un homme est déjà détaché impressionnant par son rythme soutenu. Il s’agit du militaire du 13ème BCA Steeve Dobert habitué aux départs rapides « pour poursuivre plus sereinement dans ma bulle ». En seconde position, le savoyard Sébastien Gérard est bien décidé à garder un œil sur l’homme de tête nous avouant bien plus tard qu’il souhaitait conserver la maitrise du jeu et ne lâcher qu’un écart raisonnable ». Quant au reste du peloton le rythme imprégné semble plus sage, la majorité des concurrents préférant suivre les conseils de Christophe Le Saux venu reconnaitre le parcours sur 3 jours la semaine précédente « Gestion, gestion, gestion. »

Un mot d’ordre que tous ont bien en tête surtout avec la chaleur qui sévit sur le massif de Belledonne. Avec la succession de cols, de montées et de descentes le plus souvent dans la caillasse, le parcours force le respect. Mais tous ne sont pas si sages et certains s’enflamment dès la première longue montée menant à la croix de Chamrousse. Certains le payeront cash tandis que d’autres mêmes plus prudents seront victimes de coups de chauds, de déshydrations appréciant à l’unanimité « les rivières et lacs très rafraichissants et la qualité des ravitaillements proposés par l’organisation. »

Les heures s’écoulent et la température poursuit elle aussi son interminable ascension. Chez les hommes de tête, la Croix de Belledonne se gravit sous un soleil de plomb, et l’enchaînement des difficultés menant au Pleynet au km 62 sont sources de bien de désillusions. Il faut parfois souvent revoir à la baisse ses ambitions et recaler les temps de passage. Pour beaucoup, une course contre la montre commence et il faut coûte que coûte passer dans les barrières horaires imposées.

Au ravitaillement du Pleynet au km 62, Steeve Dobert est en souffrance, Sébastien Gérard reprend alors les commandes. Dans le team Hoka One one, Renaud Rouanet est en jambes mais Lionnel Trivel doit renoncer suite à une douleur coriace au talon. On peut lire sur les visages la fatigue de cette première journée de course. Inquiétudes, perte de confiance et baisse du Sébastien Gérard àla croix de Chamrousse - Echappée Belle 2016moral sont les maux qui ravagent le peloton. Progressivement, la température décroit et la montagne de Tigneux peut alors s’aborder sous des conditions plus acceptables. Les vues sur le couchant au lac Léa sont imprenables et permettent aux coureurs d’oublier un temps soit peu leurs douleurs latentes et les baisses de moral. Au passage du chalet du bout, un coin de paradis tenu par des bénévoles passionnés et incollables sur leur magnifique espace de Belledonne, dont parmi eux quelques édilles des communes traversées, Sébastien Gérard cavale en tête concentré sur le parcours et appliqué sur sa foulée. Renaud Rouanet passe en seconde position tout sourire devant un Christophe Le Saux décontracté toujours prêt à partager quelques chips avec les bénévoles.

Lorsque la nuit s’invite effaçant pour quelques heures les couleurs bleu émeraude des lacs de montagne, le sévère col du Moretan, juge en ces lieux magiques, continue d’écrémer un cortège qui s’illumine sur les crêtes de Belledonne.
Chez les Elite, le classement provisoire ne vacille pas, chacun s’appliquant à traverser la nuit sans encombres.

Au petit matin, le calme du village d’Aiguebelle attend ces nouveaux dieux de Belledonne, conquistadors de cette fabuleuse épopée « plus belle, plus dure » dixit l’espagnol Oscar Perez-Lopez, premier vainqueur de l’édition 2013. Et à 9h26, le savoyard Sébastien Gérard passe la ligne d’arrivée en vainqueur heureux, entouré de sa famille, affichant un chrono record de 27h26, prouvant que sa stratégie de partir fort fut finalement payante. « Je viens du raid aventure et j’aime cette formule de trail non-stop en ultra, davantage que les courses à étapes, comme la Pierre Menta été disputée début juillet. Je connaissais bien le parcours (3ème sur l’édition 2013) et ce fut un avantage. Je la voulais vraiment cette victoire. Cette fois c’est fait » commente le quadruple vainqueur de l’UTB.

Près d’une heure derrière l’accompagnateur en montagne de Beaufort, le coureur du team Hoka, Renaud Rouanet finit fort pour s’offrir la seconde place en 28h25. « C’est une course splendide, au caractère familial et convivial comme on l’aime dans le trail et comme le trail aurait dû rester. J’ai eu l’impression que c’était encore plus dur que prévu suite à la reco effectuée avec Antoine Guillon. J’ai parfois souffert sur les parties en altitude au-dessus de 2000-2500m. Ma course a vraiment commencé au Pleynet, je suis très satisfait de ma gestion. C’est peu après que je suis revenu sur Cédric qui était alors moins bien. Un mot pour résumé l’échappée belle : splendide» commente celui qui vient de prendre la tête de l’UMNT, Ultra Mountain National Tour.

Irina MAlejonock 2eme à Val Pelouse - Echappée Belle 2016Christophe Le Saux, complète le podium après une course achevée en 30’16. « C’était souvent trop dur pour courir et j’aime pouvoir trottiner. Je marche sans doute trop lentement c’est pour ça que je n’ai pas pu suivre les copains » s’amuse le Globe Traileurs qui s’envolera très vite pour courir au Canada.

Chez les féminines, la marraine de l’épreuve Janik Delva, la référence de trail en Belgique, fut victime d’une entorse à la cheville quasiment en début de parcours bien avant la croix de Belledonne. C’est ainsi que l’italienne Patrizia Pienza s’est retrouvée en tête. Jamais inquiétée par ses poursuivantes elle fera un long baroud en solitaire pour s’imposer en 37h33 devant Irina Malejonock en 40h57’18 et la hollandaise Stella Petric en 42h53’33. « La course était très dure mais très belle. Je suis très contente d’avoir amélioré mon chrono de près d’1h30. Au fur et à mesure des difficultés je ne parvenais plus à courir ni dans les montées ni dans les descentes j’avais les jambes très dures. Mais je compte bien revenir l’an prochain » se projette déjà l’italienne Patrizia venue de Lecco en Lombardie.

Antoine Guillon fait un cavalier seul sur le 85 km

La traversée Nord de Belledonne 85km est une épreuve exigeante reliant le Pleynet à Aiguebelle. L’organisateur de l’Ultra Mountain National Tour (dont l’échappée belle fait partie), venu pour découvrir, s’est régalé pour accrocher une victoire en solo en 12h47’04.

On le savait au-dessus du lot. On le savait en forme lui qui prépare la diagonale de la Réunion dans sept petites semaines. Antoine Guillon, vainqueur de l’Ultra Trail World Tour 2015, s’est d’abord montré prudent au Pleynet restant bien au chaud dans le groupe de tête. Parfois surpris par le parcours il s’est même demandé « mais à quel moment on court ? ». Mais au fil des chemins et au gré des difficultés, le baroudeur a laissé loin derrière lui ses concurrents pour franchir la ligne avec presqu’une heure d’avance sur Damien Trivel. Le coureur du team Hoka savait « qu’il n’y avait rien à faire » face au cet adversaire haut de gamme. Mais le coureur d’Yssingeaux n’a pas démérité et a surtout dû s’employer pour contenir le retour du jeune et doué Marc Antoine Coindreau, 3ème en 14h02. Chez les féminines Isabelle Chenal a su « bien écouté mes sensations » pour s’offrir la victoire en 16h39’27 devant Audrey Bassac et Gaele Giot.

Jannin survole le 47 km des crêtes

Parti avec son collègue du 13ème BCA Quentin Colombet, Le militaire chambérien Antoine Jannin s’est vite retrouvé seul à Val Pelouse. De peur d’un retour de l’arrière, c’est en boulet de canon qu’il termine sa course en 6h20. « Dans les descentes j’ai préféré prendre de l’avance puis j’ai conservé mon rythme mais cela commençait à être dur musculairement. Mais quelle joie de retrouver le goût de la victoire. » Une saveur que le Chambérien apprécie d’autant plus après un début de saison mitigé. Venu de Goncelin, Rémi Loubet termine « très heureux de cette performance » améliorant de 25min son chrono de l’an dernier, tandis que Sébastien Zlotorowiez complète le podium. Belle bagarre chez les filles avec une course dominée par la traileuse de Morzine Céline Gros en 7h35’41 devant Marie Jaulin et Audrey Tanguy.

Résultats Echappée Belle 2016
47 km85 km144 km

RÉACTIONS

Pablo Criado Toca, (Mur I castell) venu de Santander (Cantabrie –Espagne), pompier professionnel et accompagnateur en montagne, avec son ami Pepelu Ballester (Grivel Team), 10ème et 11ème du 144km en 34h42’27 : « Partis pour partager cette aventure nous nous sommes vite retrouvés ensemble dès le premier ravitaillement. On a beacoup profité des paysages sur la première partie car les 50 premiers kms étaient vraiment très beaux. Le plus dur fut cette longue ascension au Col du Moretan où il fallait aussi lutter contre le sommeil. Calés sur le même rythme nous nous sommes soutenus avec Pepelu. C’est un parcours à la fois très sauvage et très technique. J’espère que cela fera une bonne préparation pour le Tor des Géants que je dispute dans quinze jours. »

Morgan Vivien 15eme du 144kmMorgan Vivien (en photo), venu du Lubéron, 25 ans, paysagiste, 16ème homme du 144km en 36h58’09 :
« C’était très dur et j’ai vraiment eu des moments de doutes. J’ai passé la nuit avec un autre coureur et c’était vraiment appréciable d’être à deux. J’ai dormi par deux fois (30min et 1h). J’avais du mal à m’alimenter et c’est ma première expérience au dessus de 100km. C’est la 3ème année que je cours et n’ayant pas d’expérience du long j’ai suivi un plan sur un magazine de trail étant abonné à Endurance Trails. Après avoir passé 6 mois à la Réunion et spectateur de la diagonale j’ai décidé de me lancer en trail. Auparavant je pratiquais le décathlon. »

Fred Wuhurmann (des Marches, Savoie), Grésivaudan Tri et son ami Olivier Lalouette, 132ème et 133ème du 144km en 51h22’06 : « Le défi à relever est parti d’un pari chez mon beau frère. On a décidé de partir à 4 pots. On termine à 2 c’est le seul regret de ces deux jours de course. Mais nous devions veiller à passer les portes horaires, et tout au long nous avons établi notre progression en fonction du chrono à respecter. Le passage au col de la vache de nuit était vraiment un moment difficile. Puis nous avons souffert sur la descente du Pleynet sur un sol trempé et rocailleux. Victime d’une insolation j’ai bien failli ne pas repartir en début de parcours. Mais cela aurait été dommage de ne pas voir le refuge claran, la croix de Belledonne ou encore le lac léa, que de passages magnifiques. »

Philippe Bellard Commercial chez Team Hansen et Responsable Relations coureurs de l’Echappée Belle, Team Trail Triandine, 129ème du 144km en 51h05’49 : « J’avais déjà couru le 85km il y a deux ans. C’est mon premier grand ultra. La première partie ne fait que 60km de plus mais ce sont 60km qui font très mal. 14h supplémentaires se sont donc rajoutées à ma dernière expérience. J’avais des échauffements aux pieds et je me suis fait soigner par les podologues, mais sans gravité, j’ai pu poursuivre ma route. On était parti à 4 copains au départ. Très vite nous nous sommes retrouvés ensemble sur la course et nous nous sommes mutuellement soutenus, l’union faisant la force, c’était très sympa. »

Cécile Raynal et Alexandre Veremes de Clermont Ferrand, 201ème et 202ème du 47km en 12h07’04 :
« C’était un très beau parcours mais très technique. Nous avions tablé sur 12h et nous avons tenu notre objectif. Nous avons bien géré l’hydratation et l’alimentation ce qui a prévnu des défaillances, nous avons même remonté des places. Mission accomplie d’avoir fini ensemble, c’est très agréable de pouvoir s’encourager mutuellement et de se soutenir. Nous retiendrons des paysages magnifiques, des panoramas à couper le souffle mais des dénivelés coriaces. Un bon souvenir à refaire.»

Domenico Latella et Adriano Alato de Trail Runners Finale Ligure (Italie), 212ème et 213ème du 47km en 12h24’39 :
« C’était un beau parcours mais très difficile. Il faisait chaud et les passages ventilés sur les crêtes faisaient vraiment du bien. Nous étions deux et nous avions décidé de courir ensemble et de terminer ensemble. Nous l’avons fait et nous sommes vraiment contents. Nous avons l’habitude de participer à de belles courses (lavaredo, restonica, mare montana, trail del Marchezzato…) et celle-ci valait bien le détour. »

Benoit Peschier, CA Beglais, Ancien Champion Olympique de Kayak 2004, 25ème du 47km en 8h21’50 : « Je cours pour le plaisir. A peine rentré de Rio je n’ai pas eu le loisir d’optimiser ma préparation (Benoit est actuellement coach de l’équipe de France, de retour de Rio avec une médaille d’or). C’était mon premier trail de l’année, je suis donc parti très prudemment. C’était dur mais c’était vraiment une très belle course. »

Réactions des lauréats du 85km

« Je serai à la réunion dans 7 semaines » : Antoine Guillon

Antoine Guillon, Team Globe Traileurs/6666 Occitane, champion du monde d’Ultra Trail, 1er du 85km en 12h47’04 : « J’ai trottiné dès que possible mais parfois je me demandais bien quand allais-je pouvoir courir. J’ai géré autant dans les montées que dans les descentes. J’avais connaissance des écarts donc lorsque celui-ci fut assez important j’ai préféré assurer en relâchant sur la fin pour en garder pour la suite de la saison. Je serai à la réunion dans 7 semaines ; Mais j’ai Lionnel Trivel et Renaud Rouanet sur la ligne de départvraiment apprécié cette journée où l’ambiance était très fair-play entre coureurs et doubler les concurrents des autres courses ne fut jamais une contrainte, bien au contraire l’occasion d’échanges mais brefs. Je me suis régulièrement rafraichi pour éviter les pièges de la chaleur. Pour l’an prochain, ma saison est quasiment bouclée mais à l’avenir pourquoi ne pas venir disputer le 144km ? Tout reste envisageable. »

Damien Trivel, Team Hoka, Prof d’Eps, Yssingeaux, 2ème du 85km en 13h42’33 : « Je me suis vite retrouvé second un peu avant Super Collet alors que l’an dernier j’avais pris la seconde place à Val Pelouse seulement. Ce n’est vraiment de ma volonté mais les sensations étaient bonnes. J’avoue que je stressais quand même un peu par rapport au 3ème car un écart de 10 à 15min s’était stabilisé et impossible de creuser davantage. Connaitre le parcours était certes un avantage mais qui peut s’avérer parfois piègeux car on a tendance à oublier certaines portions. La dernière montée vers Mt Gilbert fut quand même un peu difficile. »

Irina Malejonock 2ème femme du 144km en 40h57’18 : « Je n’imaginais pas que c’était si dur et tant montagnard. Je remercie vraiment mon mari de m’avoir encouragé et de m’avoir poussée à ne pas abandonner, car au Pleynet le doute planait. Il a su trouver les mots pour me convaincre de repartir. D’abord seconde j’ai dormi un peu et je suis repartie 4ème. Puis je suis revenue sur les autres filles et je n’ai pas trop traîné aux ravitaillements. J’ai passé la nuit avec des gars très sympas qui m’ont beaucoup aidé et encouragé à passer le Moretan. »

Par Alexandre Garin – photos Alexandre Garin    

Lac du Grand Doménon 2

Coureurs du 47km à Val Pelouse 2

Frédéric Wuhurmann et Olivier Lalouette finischers du 144km