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L’interview de la semaine – Jean-Pierre Herry, médecin ENSA

Responsable médical pour l’Ecole nationale de ski et d’alpinisme (ENSA), Jean-Pierre Herry est également très impliqué sur le trail et les raids d’altitude. UTMB, marathon du Mont-Blanc ou épreuves himalayennes, son avis sur l’endurance course.

Endurance : Comme tu fais partie de l’équipe de l’UTMB, comment vois-tu les participants d’aujourd’hui ? On répète qu’ils sont mieux préparés, mieux informés…
J-P Herry : Et c’est vrai ! Depuis la sélection par points, on a beaucoup moins de problèmes médicaux. Je prends l’exemple des blessures musculaires ou tendineuses. Et puis on peut aussi rappeler ce simple chiffre. Ils étaient 10 % d’arrivants au commencement, et désormais 60% vont au bout.

EM : On constate quand même que l’infirmerie n’est pas totalement vide.
J-P H. : Il y a effectivement pas mal de tracas digestifs, amplifiés par la chaleur. Les gens n’assimilent plus rien. L’autre souci que nous avons, vient de l’automédication. Par exemple l’usage des anti-inflammatoires. Il faut bien le répéter, c’est dangereux. Nous avons plusieurs cas, sur les dernières éditions, d’insuffisance rénale aiguë, avec nécessité de dialyser.

EM : L’épreuve s’est aussi impliquée dans la lutte contre le dopage. Est-ce réellement efficace ?
J-P.H : Disons qu’il y a cette limite, liée au fait que nous n’avons aucun pouvoir de sanction. On a signé une charte, le règlement est celui de l’Agence française de lutte contre le dopage, mais si nous prenons quelqu’un, l’exclusion ou la sanction se limitera à notre seule épreuve.

EM : Tu rentres d’un raid au Népal. Quelle différence tu ferais entre le trailer et le coureur de raid ?
   
J-P H.  : Sur ce type d’épreuve, il y a des gens préparés qui managent correctement leur course et d’autres qui n’ont pas d’autres expériences que des courses d’un jour, voir même du seul macadam. Et là on a des problèmes. Les pieds ne tiennent pas, il y a un épuisement assez rapide de l’organisme, lié au climat, la chaleur, les nuitées en bivouac, l’alimentation aussi. En fait, il y a une approche de l’effort qui ne correspond pas à la réalité du terrain. Et ça se paye.

EM : Et l’altitude ?                                                                                                                                     
J-P. H :
On n’est pas monté très haut, vers les 3700m. Mais quand même. D’ailleurs on a un cas de MAM, pas grave, mais qui nécessitait l’usage du caisson. Là encore, je veux insister sur le fait que la présence d’un médecin spécialiste est importante. Il y a une formation spécifique indispensable. Les organisateurs, pour certains, en sont conscients…

EM : Justement, toi qui a participé à pas mal d’expés et de treks en altitude, quelle différence tu verrais entre le coureur à pied et les autres pratiquants.
J-P H. : Peut-être sont-ils plus sensibles à l’altitude. Ca vient déjà de l’hypoventilation. Au repos, comme à l’effort, ils ventilent beaucoup moins que le trekker. Et l’organisme doit faire face à cette carence en oxygène. Mais il y a aussi l’anémie latente qui va contrarier l’acclimatation. Enfin, je dirais que l’alpiniste ou le trekker n’ont pas de dossard dans le dos. La course induit d’autres comportements. Ca peut contrarier la lucidité, contribuer à une perception fausse du milieu. En tous cas, ce raid de la Népalaise (NED) m’a semblé bien équilibré, très sécurit d’une part, mais il a surtout cette qualité, sans danger, d’ouvrir ces régions.

Propos recueillis par J-L Mayé