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La métamorphose du Trail de Faverges Icebreaker

Trail Faverges Icebreaker 2014

Devant l’impitoyable concurrence sévissant dans le milieu des courses nature, les valeureuses chevilles ouvrières du Trail de Faverges Icebreaker ne cessent de se remettre en question. A la sclérose et à l’autosatisfaction, elles optent résolument pour le mouvement et l’innovation. Mais cette posture n’est pas sans risque comme en témoigne le reflux de la participation à l’occasion de cette 14ème édition qui, grande première, a lieu en juillet, en l’occurrence ce samedi 5.

Faisant fi des innombrables critiques, souvent acérées, envers la mainmise de la FFA sur le trail, Christian Bailly, âgé aujourd’hui de 65 ans et connu pour être l’un des quatre pionniers de cette manifestation (1), a d’emblée misé sur la carte maîtresse du TTN. Surgi en 2008, celui intégra immédiatement, avec sept autres épreuves, le 40 bornes favergien qui par ricochet devint un maratrail, minimum requis pour décrocher ce premier challenge de trail à portée nationale.
Bis Repetita en 2010 au moment de la création du TTN court qui d’emblée engloba le 28km de Faverges, Christian mesurant l’extraordinaire ascendant du format light sur la communauté des trailers.
Unique problème et il n’est pas mince, si le 28 en tira bénéfice, cela se fit au détriment du maratrail qui, lui, perdit en qualité et en dynamique, l’effet TTN jouant à plein.
Cette nouvelle donne allait engendrer en 2011 une inquiétante décrue (204 inscrits en moins en regard du précédent opus), à vrai dire, le premier constaté depuis l’éclosion de cette épopée en 2001, et qui sonnera comme un avertissement, si ce n’est un coup d’arrêt. Pour Gaëlle Warczareck, qui en décembre 2010 avait repris le flambeau à la tête de l’équipe managériale issue de l’Espérance Favergienne, il n’était pourtant pas question de baisser les bras. Au contraire, l’heure était à la mobilisation générale et aux réformes structurelles.

Nouveau départ
2012 vit ainsi l’entrée en lice d’un nouveau partenaire, en l’occurrence la marque néo-zélandaise Icebreaker qui se substitua à l’Helvète Odlo. Parallèlement, Gaëlle et son escouade concoctèrent une compétition inédite sur le tracé du Maratrail à travers un séduisant relais à deux. Preuve de son opportunité, celui-ci connaîtra un vif succès avec l’engagement de quelque 57 binômes, ce qui incitera l’organisation à renouveler l’expérience. Au final, l’irruption du relais permit à l’affluence de repartir à la hausse, le cuvée 2012 enregistrant 1094 concurrents contre 969 en 2011.
En réalité, ces changements, aussi importants soient-ils, présageaient des bouleversements encore plus profonds qui allaient révolutionner le Trail de Faverges. Il s’agissait de valoriser simultanément le 42km et le 28, et non plus, comme cela se faisait jusqu’alors par l’octroi du TTN, une seule épreuve au dépens de l’autre.
Concrètement, on redonna du lustre au maratrail, quelque peu dévalué depuis 2010, celui-ci retournant en 2013 dans le giron du TTN après l’avoir été sur les deux premiers millésimes. Etape initiale d’un mouvement en deux temps.
Ensuite, il fallait trouver la parade qui permettrait au 28 bornes de sauvegarder son attractivité, du moins pour la masse, l’élite nationale risquant de déserter la compétition en raison de la perte du label TTN au profit du maratrail.

Tétras lyres
TÈtras lyre Lyrurus tetrix Black GrouseLes maîtres d’œuvre dénichèrent alors un nouveau périple pour le 28km, à la fois plus alpin, plus intime, plus sauvage, plus reculé, plus esthétique, et cerise sur le gâteau, embrassant un panorama encore plus somptueux sur ce joyau qu’est le Lac d’Annecy. Un périple qui en même temps ferait oublier l’interminable route pastorale empierrée joignant la station de la Sambuy à l’alpage de l’Aup de Seythenex, où se mêlaient jusqu’à maintenant et dans une sorte de maelstrom les deux cohortes du 42 et du 28. Un périple que ses géniteurs s’empressèrent de baptiser, joliment d’ailleurs, « le Trail des Sources du Lac », long de 29km et accusant un différentiel de 1400m.
Restait à obtenir l’aval de la préfecture, mais au préalable celui des autorités du Parc Naturel Régional des Bauges, fondé en 1995 et partenaire du Trail de Faverges qui emprunte à 80% environ des zones du réseau européen « Natura 2000 » (2).
Le 8 octobre 2012, le Parc, par la voix de Jean-François Lopez, chargé de mission Biodiversité et responsable du Pôle Patrimoines dans l’équipe technique, émit aussitôt une objection, le parcours proposé traversant à 1535m le lieu-dit « Le Plan de France » (km13,7). Un site qui n’est pas banal puisqu’il abrite une population de tétras lyres, cet oiseau magnifique, emblématique de nos massifs alpins, célèbre pour ses parades nuptiales printanières et surnommé encore le petit coq de bruyère.
Pour ce scientifique, si les trailers pouvaient arpenter ce secteur, il était en revanche hors de question qu’ils le fassent en mai-juin, précisément au moment de la couvaison et de l’élevage des jeunes. La nuisance serait d’autant plus forte que les tétras lyres y sont peu nombreux.

Exemplarité d’un accord

Aussi, il demanda aux organisateurs de dénicher une autre date, et en cas de réponse négative de ceux-ci, de revenir à l’itinéraire originel. Magnanime, Jean-François Lopez accorda une dérogation pour l’édition 2013, mais uniquement si les responsables du trail prennent l’engagement que les compétiteurs ne couperaient pas le sentier et passeraient en silence dans la zone sensible.
Sans entraves, Gaëlle Warczarek and Co avalisèrent ce compromis, s’engageant :
- A renforcer la prévention et la vigilance sur « Le Plan de France », en y faisant converger moult bénévoles et en y multipliant les panneaux de mise en garde.
- A honorer le rendez-vous en juillet à partir de 2014.
In fine, ce modus vivendi illustre les excellents rapports que n’ont cessé d’entretenir le Parc et les dirigeants du Trail de Faverges. De même, il nous montre que protection des écosystèmes et sport peuvent parfaitement faire bon ménage. A condition bien sûr que chacun y mette du sien, les environnementalistes en ne versant pas dans l’intégrisme, les trailers en respectant scrupuleusement les espaces naturels protégés, ce qu’ils firent le jour J, aucune atteinte à la quiétude du tétras-lyre n’étant observée.
Du coup, cet examen de passage parfaitement réussi du 29km entraîna une refonte du maratrail qui à son tour empruntera cette saison le monotrace accédant au fameux sanctuaire du Plan de France, délaissant ainsi la montée directe au chalet de la Sarve.   
Ce qui faisait dire à Jean-François Lopez, à 48h du millésime 2014, sa fierté de « travailler en confiance avec les têtes pensantes du trail ». Agée de 31 ans, Gaëlle n’était pas en reste, « réaffirmant la ferme volonté des organisateurs à appliquer les directives émanant du Parc, contribuant ainsi à pérenniser cet événement ».

Popularité en baisse
Outre l’hommage à Dame Nature, le Trail de Faverges 2014 mettra en avant, et pour la première fois, le riche patrimoine culturel du secteur. Le maratrail foulera ainsi la cour du château de Faverges (XIIIème siècle, remanié au XVème) avant de parvenir à l’abbaye Notre Dame de Tamié (XIIème siècle). Quant au Trail des Sources du Lac, il se contentera du château. En conséquence, les deux formules verront leurs dimensions augmenter : 48km assortis de 2900m de dénivelée pour le maratrail et 29km accusant un différentiel de 1500m pour le 29km.
« Oser, c’est encore le meilleur moyen de réussir ». Voilà une maxime qu’auront sans doute fait sienne les Favergiens au vu du record de participation survenu sur le cru 2013, 1257 trailers ayant paraphé leur engagement contre, rappelons-le, 1094 en 2012.
Un record qui ne sera pas battu cette année, l’escouade organisationnelle enregistrant la venue de 1010 concurrents, se décomposant de la manière suivante : 347 sur le Maratrail (contre 524 en 2013), 627 sur le 29km (contre 609 en 2013), enfin 72 sur le relais à deux (contre 124 en 2013).
Un chiffre décevant par rapport aux multiples nouveautés proposées, en particulier sur le maratrail où le parcours pourtant somptueux n’aura pas fait recette. Pour interpréter ce recul, on invoque bien sûr le report à juillet qui en aurait déstabilisé plus d’un. C’est sûr qu’il faudra un certain temps pour s’accoutumer à cette échéance. La manifestation s’intercale ainsi, et à une semaine d’intervalle, entre les prestigieux Marathon du Mont-Blanc et Ice Trail Tarentaise, se privant ainsi de nombreux élitaires. D’autres jugent le maratrail, pourtant rallongé de 6km, bien trop court pour préparer l’UTMB ou ses petites sœurs.
Quant à Gaëlle, qui pour sa part poursuit l’aventure comme simple membre et non plus comme leader, ce poste disparaissant au profit d’une direction collégiale, elle ne trouve pas d’explication idéale. Elle n’en met pas moins en relief le préjudice occasionné par un calendrier de plus en plus surchargé.
N’empêche, le travail colossal accompli un an durant par la dizaine de volontaires via six commissions (bénévoles et animation, communication, informatique, parcours, partenaires et sécurité), alliant créativité, esprit d’équipe et persévérance, est tel qu’il finira bien par payer (3).

Seb SpehlerParmi les favoris de cette édition on retrouvera sur le Maratrail de la Sambuy Sébastien Spehler qui affectionne la région Annécienne après sa victoire sur la Maxi-Race et Maud Gobert qui vient marquer des points pour le TTN.
Mais aussi Julien Coudert, Martial Collomb, Aurélien Brun, Alexandre Hayetine, Martin Reyt, Stéphane Eveque Mourroux, Patrice Pajean, Sandrine Baron, Bertille Faure, Christine Denis-Billet, Christiane Lacombe et Armelle Magat Saunier tandis que Caroline Chaverot sera forfait.
Sur le trail des sources du lac, il faudra suivre le local Stéphane Avrillon mais aussi le retour de Sébatien Hours, Benajamin Lemay, Adrien Michaud très en vue en ce moment mais aussi Joël Pellicier qui connaît le parcours parfaitement et Céline Jeannier chez les dames.

François Vanlaton – ©photos Fred Bousseau

(1) Hormis Christian Bailly, les trois autres géniteurs du Trail de Faverges seront Michel Gardet, Michel Mauger et Raymond Marrillet.
(2) Le réseau « Natura 2000 », institué par une directive européenne remontant à 1992, contraint les 27 Etats de l’Union Européenne à identifier des sites naturels renfermant une faune et une flore exceptionnelles.
(3) Au côté de la dizaine de membres bossant dans les six commissions de l’organisation du Trail de Faverges, on rencontre également des personnes qui apportent un appui occasionnel, notamment dans la promotion de la manifestation (distribution de dépliants, présence sur les salons) et le repérage des parcours. Enfin, n’oublions surtout pas la présence, le jour J, de 200 bénévoles dont une quarantaine provenant du CAF de Faverges.