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Michel Poletti : «L’ITRA veut simplement agir utilement pour le développement du trail»

Michel Poletti - ITRA

Quelques semaines après un début de polémique visant l’International Trail Running Association (ITRA) pour son rôle dans la certification – payante – de courses (notamment celles qualificatives à l’UTMB), nous avons voulu donner la parole à son président bénévole, Michel Poletti.
Trailer de la première heure, il revient sur les fondements de cette association internationale, sur ses objectifs, et répond à ses détracteurs.

Michel, pourquoi et comment est née l’ITRA ?
Depuis les prémices du trail, on a constaté un véritable emballement autour de la pratique. Beaucoup de choses ont bougé dans le milieu du trail, mais les organisateurs de course ne s’exprimaient pas. Avec d’autres organisateurs, on a constaté que le trail risquait de se structurer sans les organisateurs. C’est cela qui nous a fait agir. Il fallait que les organisateurs puissent prendre la parole. Cette volonté a abouti aux Assises de Courmayeur, en septembre 2012. On a voulu rassembler tous les intervenants du milieu. Organisateurs, médias, athlètes, marques, etc. Et on a aussi essayé de faire le lien avec les fédérations concernées, comme la FFA et l’IAU (International Association of Ultrarunners), qui a la délégation du trail auprès de l’IAAF). Mais une journée d’échanges n’a pas suffit à répondre à toutes les interrogations. On a alors créé des groupes de travail début 2013, autour de plusieurs thèmes : charte éthique, définition du trail, gestion des athlètes Elite, politique de santé, classement mondial. Une cinquantaine de personnes, bénévoles, et issues de plusieurs pays, se sont impliquées dans l’un ou l’autre des groupes. Parallèlement, on a voulu garder des liens avec l’IAU, qui organisait, sous l’égide de l’IAAF, les Mondiaux de trail. Là, on est arrivé sur une autre planète, où mis à part le président et le délégué Europe, tout le monde ignorait ce qu’était le trail. On a voulu travailler avec eux, faire évoluer leur perception de la discipline, s’intégrer dans leur commission pour enrichir les débats. Mais sans aucune volonté de pouvoir. Pour les faire agir et qu’ils prennent en considération le trail, on s’est dit qu’il fallait créer notre propre association pour les « challenger », les faire bouger. C’est comme ça qu’est née l’ITRA.

Comprenez-vous que l’ITRA soit vue par certains comme omnipotente et voulant imposer sa loi ?
C’est évidemment une erreur de perception. L’ITRA souhaite simplement que les choses s’organisent dans le monde du trail international ; elle souhaite « fédérer » au niveau international. Mais « fédérer», ici, ce n’est pas « commander », ou « régir », mais « rassembler », « discuter ».
On a deux solutions en fait : soit on laisse faire, et les choses se construisent dans une espèce de « No man’s land » qui se généralise de plus en plus avec des courses partout, soit on essaye de s’organiser un minimum. Mais le but de l’ITRA n’est pas d’arriver et de faire la loi, malgré ce que certains pensent.

Avez-vous conscience de l’écart qui existe entre les actions de l’ITRA et leur perception ?
Oui, je m’en suis rendu compte. Mais je suis assez fataliste par rapport à ça. C’est surtout un manque de communication. L’ITRA n’a qu’un an et demi d’existence, et on est déjà en train de discuter avec l’IAAF. Tout est allé très vite. A nous de prendre notre temps pour travailler, discuter, proposer. On a essayé de faire un maximum de choses en quelques mois, pour le bien du trail et de leurs acteurs. Et je comprends assez bien les réactions de certains coureurs qui voient dans notre présence une envie de « commander ». Mais on dit simplement qu’il faut que le trail soit reconnu au niveau international. Cette reconnaissance ne doit pas passer comme un carcan imposé par le « haut », par des gens qui n’y connaîtraient rien, et qui imposeraient des règles dont les pratiquants n’ont pas envie… Il faut donc être prudent dans notre communication, et donner le temps au temps…

Ce qui rajoute à la confusion, c’est votre double casquette UTMB/ITRA…
Oui, c’est toujours difficile d’avoir deux casquettes à la fois. Mais j’essaye honnêtement de faire la part des choses. L’ITRA n’existe que parce que je l’ai voulu ; si je ne m’étais pas démené au début, on n’en serait pas là aujourd’hui. C’est, au fil du temps, devenu un travail plus collectif. A l’époque, je n’étais pas très chaud pour être président. J’avais dit que j’avais largement autre chose à faire, et que si quelqu’un voulait la place, il n’y avait aucun problème. Aujourd’hui encore, si quelqu’un veut ma place, c’est avec plaisir que je la lui laisse.

José Santos

Que pensez-vous de la polémique née récemment sur l’attribution payante de points qualificatifs à l’UTMB donnée par l’ITRA ?
Du côté de l’UTMB, on savait qu’on était arrivé au bout d’un système. On est sollicité de toute part par des organisateurs pour attribuer des points à leurs courses. C’est valorisant pour l’UTMB. Mais ça finit par aboutir à un travail administratif, en attribuant des points sur une base de kilométrage et de dénivelé. A un moment donné, tu te dis que ce système déconne (sic). Tous les parcours sont mesurés par GPS, mais les gens ne savent pas s’en servir, et on arrive à des choses abracadabrantes ; exemple avec la TransGranCanaria : 8500m D+ sont annoncés, en réalité il y en a 6500-6700. Pour nous, cela devenait idiot de continuer à valider des courses sur ces bases erronées.

On s’est dit alors qu’au niveau de l’ITRA, le grand service à rendre aux organisateurs serait de certifier les parcours. De faire un vrai travail de qualité. Qui nécessite un nouvel outil informatique, une personne à plein temps dévouée à cette tâche. Mais au final, cette initiative nous retombe sur la tête. On nous reproche de vouloir simplement faire du fric sur le dos des organisateurs… Et comme c’est Poletti d’un côté, et Poletti de l’autre, ça brouille les choses. Mais cet argent (100 euros, je ne pense pas que ce soit scandaleux) sert juste à essayer de faire vivre une association animée par des passionnés, bénévoles, qui consacrent leur temps à faire avancer une discipline, et où il n’y a absolument aucun enrichissement personnel… Ma seule motivation, c’est que l’ITRA se développe, soit crédible, qu’elle représente le terrain. Et pour mobiliser le « terrain », il faut proposer des services utiles, sérieux. La certification de parcours en fait partie, comme le travail effectué sur la sécurité, la politique de santé et l’anti-dopage. Nous avons simplement la volonté d’agir, et de proposer des services utiles….

Peut-être est-ce que cela donne l’impression que les Poletti en font trop ?
Sans doute. Mais je suis un perfectionniste. Quand je fais quelque chose, je m’y engage à fond. Peut-être est-ce allé trop vite pour l’ITRA. Avec l’IAAF, c’est allé plus vite que ce qu’on pensait… On nous avait dit que c’était un gros « mammouth » à faire bouger, en fait ils ont vite compris ce que représentait le trail, son importance. A tel point que l’an prochain au congrès de Pékin, ils devraient modifier leurs statuts pour reconnaître le trail comme discipline de l’athlétisme international. Maintenant, il va falloir faire grandir l’ITRA, pour être capable de tenir notre rang, nos responsabilités. Il faut qu’on avance.

N’y a -t-il pas un danger à ce que le trail se construise comme une vraie discipline, donc encadrée, formatée, et que ça crée un désistement chez les pratiquants qui viennent justement y chercher un espace d’expression plus ouvert ?
C’est effectivement un gros danger. Quand on voit qu’aux Mondiaux, ils commencent à faire tourner les trailers sur un circuit… Il faut qu’on soit des garde-fous. Et je pense qu’on sera plus efficace en agissant de l’intérieur, qu’en laissant faire de l’extérieur. Et pour défendre les valeurs d’origine, c’est plus efficace si l’on est représentatif de la communauté du trail à l’international. Alors on pourra essayer de maîtriser cette évolution.

Concernant les « points payants », êtes-vous prêt à revenir sur votre décision ?
Certainement pas. On est totalement de bonne foi. On n’oblige personne à être course qualificative UTMB. Ce n’est ni un droit, ni un devoir. Si ça intéresse certains organisateurs, c’est qu’ils espèrent faire venir des coureurs grâce à cette certification. Ceux-là estiment alors que les 100 euros sont un bon investissement. Mais personne n’est obligé de penser cela. Je conçois tout à fait qu’on puisse vivre sans cela !

Rédaction de Trails Endurance Mag