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Nantaux, épicentre du KM vertical hexagonal

Jamais dans l’histoire des km verticaux français, entamée en 1996 à Val-d’Isère, un tel plateau aussi somptueux ne nous avait été proposé comme sur celui de Nantaux Crazy Idea, disputé dimanche à Montriond, village de 837 âmes blotti au cœur de la Vallée d’Aulps, près de Morzine. La meilleure illustration en a été la présence du fameux Swiss Team de ski-alpinisme, presque au grand complet, bouclant ainsi son stage de préparation automnale sous l’égide de son coach beaufortain, l’ancienne gloire Grégory Gachet.

En outre, l’engouement populaire aura été de nouveau au rendez-vous, avec 211 paraphes, et ce en dépit d’une sévère concurrence symbolisée entre autres par le Red Bull Eléments à Talloires.
Preuve de la crédibilité de l’épreuve, en particulier de son époustouflant parcours de 2,3km qui aura été le théâtre de retentissantes et inédites prouesses, tout au moins à l’échelle hexagonale. Preuve aussi que Nantaux n’est en aucune manière un ersatz de Fully, son prestigieux aîné concouru dans le proche Valais qui dégomme, quasiment à chaque édition, les records mondiaux, mais bien un rendez-vous à part entière ayant désormais acquis ses lettres de noblesse.
?De quoi enorgueillir, deux ans seulement après avoir été portée sur les fonts baptismaux, les architectes de cette manifestation au premier rang desquels on retrouvait Les Vorosses du CAF du Léman, les frères Premat de Morzine, La Meurianne Animations et le Secours en Montagne local.
 
Hégémonie

Avec le triomphe du Morzinois Alexis Sevennec (Team Crazy) et l’Annécienne Axelle Mollaret (CAF d’Annecy), ce km vertical n’aura pas dérogé à la règle, celle qui édicte le leadership des skieurs-alpinistes sur cette discipline, à bien des égards voisine de la leur. Mais ce n’est pas tout. Les deux podiums, rien que cela, sont entièrement entre leurs mains, à l’exception toutefois de la Rochoise Christel Dewalle, 2ème, qui elle ne quitte pas de l’année ses baskets.

In fine, une authentique leçon que celle administrée par les férus de « peaux » aux purs coureurs de montagne et autres trailers. D’autant plus que les deux lauréats ne se sont pas contentés d’une victoire à la petite semaine. En terrassant le temps étalon de l’épreuve, de 46’’ pour Alexis, de 3’36 pour Axelle, ils font passés de vie à trépas les records de France de km vertical intervenus cette année : le premier en 33’15 contre 33’24 le 26 mai sur la Verticale du Grand Serre ; la seconde en 39’30 contre 39’51 le 11 juillet à l’occasion des Championnats de France de Skyrunning à Manigod.

Certes, aucun km vertical ne s’apparente à un autre tant par la longueur, le profil ou encore la nature du sol sans parler des impondérables comme la météo. N’empêche, chaque chrono est porteur d’une signification particulière, du moins a minima. Ceux survenus à Nantaux sont de premier ordre, c’est nié par personne et en appellent sûrement d’autres, à commencer par Fully dans à peine un mois. A condition toutefois que leurs deux auteurs répondent à l’invitation des organisateurs, ce qui n’est pas certain pour Axelle, trouvant cette échéance trop tardive, désirant en effet couper 15 jours en octobre dans l’optique de son âpre saison de « peaux ». Quant à Alexis, avide d’exploits, il pourrait, avant même Fully, prendre le départ le 29 septembre du néo-Km Vertical et double Km Vertical de Chandolin, dans le Valais Central.

Affinités

Sur bien des aspects, les deux héros du jour présentent une parfaite symétrie. En premier lieu, ils sont très jeunes, Alexis ayant vu le jour le 8 avril 1987 à Thonon-les-Bains, Axelle le 3 septembre 1992 à Annecy. Morphologie analogue, 1m65 et 53kg pour le garçon, 1m63 pour 47kg pour la fille. Skieurs-alpinistes dans l’âme, ces deux Hauts-Savoyards intègrent le top Ten, celui de la sélection nationale, depuis 2010 pour le pluriactif (moniteur de ski et s’attelant à la rénovation d’un camping), à compter de cet hiver pour l’étudiante en 2ème année de masso-kinésithérapie.

Même si elle leur sert en même temps d’entraînement pour la poudreuse, leur passion commune envers la course à pied est manifeste, ce qui est loin d’être le cas de tous les skieurs-alpinistes.
Leur mimétisme s’est également retrouvé pour avaler le mur de Nantaux, chacun adoptant la marche dynamique entrecoupée de multiples et brèves relances en courant, leurs bâtons plantés simultanément, avec un très léger décalé. Précisément la même allure qu’ils avaient adoptée l’an passé à Fully lorsque Alexis s’était classé 3ème en 32’07 et Axelle 7ème et 1ère  junior en 40’46.
Enfin, autre concordance, leurs faits d’armes de dimanche sont à l’avenant de leur brillante saison, planches et running confondus : recordman de l’Assaut des Mémises, victorieux de nouveau à la Crève-Cœur, 3ème aux France à Manigod (en 36’13), 5ème à la Montée du Nid d’Aigle pour le Morzinois ; 2ème au Cross du Mont-Blanc, vice-championne de France à Manigod (en 43’25), 4ème au Bélier pour l’Annécienne.

Seule réelle dissemblance, leur préparation. Si elle fut sans entraves pour Axelle qui multiplia à partir de fin mai les séances d’intensité en côte, ce ne fut pas le cas pour Alexis qui, en raison d’une tendinite au genou, préféra remiser ses baskets de la mi-juillet à la fin août, accomplissant une seule séance de VMA ascensionnelle à 72h du jour J.

Profusion de talents

Sinon, ne manquons pas de relever les coups d’éclat suivants :
– Les 2èmes positions du Drômois Mathéo Jacquemoud (Team Crazy) et de l’Annemassienne Christel Dewalle (Teams Crazy et Sport 2000 Pays Rochois) qui détenaient tous deux avant Nantaux les temps référence dans l’Hexagone, respectivement en 33’24 et 39’51 (voir plus haut). ?Le premier échouera à trois microscopiques secondes de Sevennec avec qui il présente de sérieuses similitudes : la même jeunesse (22 ans) ; la même flamme pour le ski-alpinisme qui le verra porter les couleurs de la sélection nationale pour la saison 2012-2013 ; le même coach en la personne du renommé Favergien Jean-Louis Bal.
A Fully, il devrait sans entraves abattre sa marque portée à 33’46 en 2011.
Agée de 29 ans, la seconde, et ce fut une réelle surprise, au premier chef pour sa rivale Axelle, connut sa première défaite cette année dans une discipline où elle régnait jusque-là sans partage. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, elle prenait conscience de la valeur de sa prestation, franchissant la ligne en 39’40, soit une progression de 3’26 en regard de 2011.
En réalité, elle paye d’une certaine manière une saison extrêmement intense, alternant à une cadence soutenue km verticaux, trails courte distance et la CCC, son ultra initiatique, concourue dans des conditions éprouvantes, qu’elle achevait au 5ème rang.
A n’en pas douter, vu sa très grande détermination, elle cherchera à rebondir à Fully en annihilant le record mondial de Laetitia Roux, établi à 37’55 en 2009.
– Enfin, les 3èmes places de deux membres du Swiss Team de ski-alpinisme : d’une part, leur leader Martin Anthamatten, 28 ans, ancien hockeyeur et résidant à Zermatt au cœur du  Haut-Valais germanophone. A 55’’ de l’homme victorieux, il est apparu bien en deçà de son potentiel (2ème à Fully 2010 et 2011, respectivement en 31’09 et 31’29). D’autre part, la juvénile Vaudoise Jennifer Fiechter, venue à bout de la pente de catastrophe en 44’20. D’excellent augure pour Fully. 20 printemps au compteur, elle est connue pour être la dulcinée d’… Alexis. Un talent comparable, à l’instar de son triple titre de championne du Monde junior en 2010-2011. En ski-alpinisme… comme une évidence !

François Vanlaton – Photos JC Delachenal