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Nathalie Mauclair de retour de la Western States.

Nathalie Mauclair - Western States 2014

La championne du monde 2013 de trail souhaitait courir depuis plusieurs années cette Classique californienne reliant Squaw Valley à Auburn. Le week-end dernier, en décrochant la 3e place de ce 100 miles en 18h43’57’’, précédée par Larisa Dannis : 18h29’18’’ et Stéphanie Howe : 18h01’42’’, elle a réalisé ce rêve.

Avais-tu déjà couru en Californie ?
Nathalie Mauclair - LafumaNon, mais à l’occasion de vacances il y a 4 ans, j’avais visité cet état dont la beauté des grands espaces m’avait fascinée. A partir de là, j’avais pris la décision de courir un jour la Western States, parce que je voulais me rendre à la source du Trail. Après, l’organisation étant contrainte par la réglementation liée aux parcs nationaux, elle ne peut pas allouer un nombre important de dossards et en obtenir s’avère compliqué. Voilà pourquoi cette année, j’ai décidé de participer à l’Ultra Trail Word Tour. La Western States constituant une des dix manches de ce challenge au même titre que la Transgrancanaria, le Mont Fuji, ou encore la Diagonale des Fous, des épreuves calées dans mon planning de compétitions depuis le début de l’année, j’ai pu bénéficier d’une invitation.

Qu’entends-tu par invitation ?
Il est important d’apporter des précisions à ce sujet. Sur des blogs et des pages Facebook, j’ai pu lire que je m’étais rendue là-bas tous frais payés. Je tiens à démentir. « Invité » signifie que l’on peut acquérir un dossard sans passer par le tirage au sort. C’est tout. Toutes les dépenses inhérentes à ce déplacement ont été à ma charge.

Sinon à quelles autres étapes de ce challenge as-tu pris part ?
J’avais programmé la Transgrancanaria, mais ne me sentant pas en condition, j’ai renoncé. Au Japon, j’ai abandonné pour plusieurs raisons. Déjà, j’ai contracté une énorme ampoule sous le talon. Ce qui ne me permettait pas de courir normalement. Ensuite, lors d’une chute, je me suis fêlée une côte. A partir de là j’ai préféré arrêter, car à trop vouloir rallier l’arrivée en étant trop entamée, j’aurais pris le risque d’hypothéquer les autres échéances de la saison. Donc, pour ne pas passer à côté de la Western States, il valait mieux que je me préserve.

Comment se sont déroulés ces 160 km ?
Normalement, j’ai tendance à partir un peu trop vite. Là, comme je savais qu’il allait faire très chaud (34° dans la journée), j’ai débuté très prudemment. Ce qui m’a permis d’accomplir quasiment l’intégralité du parcours en courant. Désormais je vais poursuivre ainsi. D’entrée, je me suis retrouvée seconde. Celle qui menait la course a abandonné. Toutefois, entre temps Stéphanie Howe, puis Larisa Dannis m’ont doublée. Je n’ai pas cherché à les accrocher. Après Pam Smith première l’an passé a recollé et nous avons été à la bagarre. J’étais déterminé. Les circonstances de course faisaient que je pouvais accéder au podium. Elle a lâché prise vers le 100e km. Pourtant ce n’était pas joué. A partir de la mi-course, j’ai ressenti une douleur terrible au niveau des releveurs du pied droit. Ce qui m’a handicapé dans les descentes et a limité ma progression.

As-tu apprécié ce parcours ?
Il n’est pas très technique, par endroits il ressemble à nos GR. Ce qui permet de courir pratiquement en permanence. De plus excepté une côte importante au début, avec 7000 mètres de dénivelé en négatif et 5000 en positif, il suit un profil descendant. Aussi, j’en conserve un excellent souvenir. A travers les Rocheuses les paysages étaient magnifiques. De surcroît, on peut courir léger. Il y a un ravitaillement tous les 10 km. De la sorte, un bidon suffit. Il n’est pas nécessaire de s’encombrer d’un sac. Et, bien que nous ne soyons que 400, comme le niveau est dense, je ne me suis jamais sentie esseulée. Enfin, à partir du 80e km, on a le droit de se faire accompagner par un « Pacer », qui se révèle un ange gardien. Il nous évite de commettre des erreurs grossières. Là encore ce système est concevable, parce que la taille de l’effectif le permet.

Et l’ambiance ?
J’ai trouvé les coureurs plus relax qu’en Europe. C’est peut-être dû au fait que nous n’étions que 400 au départ. Egalement, c’est à l’américaine avec un cow-boy qui donne le départ. Pareil à chaque ravitaillement, c’est le show avec par endroits des écrans géants et des guirlandes électriques. Seulement, tout cela a un prix. Le droit d’inscription approche les 400 dollars. Egalement la remise des prix n’a lieu que le lendemain. Je ne m’attendais pas à ça. Tous les finishers sont appelés un par un sur la scène, afin de recevoir leur boucle de ceinturon en argent s’ils sont sous les 24 heures, ou en bronze sous les 30 heures. Nous étions 296 et tout le monde a été acclamé de la même façon. Là, on peut échanger avec tout le monde dans un contexte vraiment sympa. Bref, je garde un excellent souvenir de cette expérience riche en émotions. Lors de la reconnaissance du tracé, j’ai croisé des ours. J’avoue que je ne me sentais pas à l’aise et que je ne me suis pas attardée. Toujours est-il que ce n’est pas commun.

Cette 3e position te convient-elle ?
Pleinement. Suite à ce que j’avais vécu au Japon, je ne savais pas trop quoi espérer. Néanmoins, j’envisageais le top 5. Ce qui était loin d’être gagné eu égard à la qualité du plateau. Donc, je demeure comblée par cette 3e pace.

L’an prochain comptes-tu revivre cette aventure ?
Etant rentrée dans le top 10, je peux revenir sans passer par la loterie. Seulement, 4 semaines après les mondiaux de trail, cela risque d’être compliqué.

Par Christophe Rochotte