Trails Endurance Mag
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Rencontre avec Anna Frost, la « globetrotteuse » du Trail

Anna Frost n‘est pas une inconnue pour les spécialistes de la course en montagne, mais depuis 2 ans elle s’est illustrée dans le monde sur des épreuves majeures comme le TNF San Francisco qu’elle a remporté 2 fois, plus récemment a elle a survolé La Transvulcania aux canaries et 15 jours plus tard a remporté la Maxirace du Lac d’Annecy avec une 4ème place au scratch.
Depuis près d’un mois elle a « élu domicile » en France et en Haute Savoie dans son van, lui permettant d’être mobile et autonome, de se poser ou le vent, les rencontres, la montagne l’amènent…

Peux tu te présenter en quelques mots :
Je suis Néo Zélandaise, née le 1 novembre 1981, je viens de Dunedin, un endroit froid au Sud est du pays à côté de la mer avec des montagnes environnantes.
Je vis seule et je n’ai pas d’enfants, j’avais un ami lorsque j’étais en Angleterre comme professeur, mais j’ai décidé d’arrêter pour vivre ma passion à fond.
Il ne me suivait pas dans mes déplacements sur les courses et on ne se voyait pas beaucoup, et moi, mes passions sont la course à pied et les voyages.
Depuis 2005, je cours en Europe ou j’ai participé à plusieurs reprises aux World Mountain Series.
En 2008, je me suis mis progressivement au trail par l’intermédiaire du skyrunning® et particulièrement des Skyrunning Séries en 2010.

Que fais tu actuellement en Europe ?
Je voyage dans mon van (un combi qu’elle a loué), je suis libre d’aller ou je veux, de m’arrêter quand un endroit qui me plaît comme le Semnoz après la Maxirace ou Le Grand Bornand quelques jours plus tard et entre Chamonix et les Aravis en ce moment.
Je suis arrivé ici après l’été en Nouvelle Zélande, pour aller à l’Advanced Week Salomon en Grèce.
Je suis ensuite restée 6 semaines aux Canaries à La Palma pour La Transvulcania, 1 semaine à Zegama et maintenant 6 semaines dans les Alpes pour le Marathon du Mont Blanc et la Kilian’s Classik début Juillet.
Je suis passionnée de course à pied et de voyage et en ce moment je concilie les 2.
Je prends la vie comme elle vient, je rencontre des gens, les gens de la montagne, j’aime être dans la nature, me réveiller le matin, ouvrir la porte de mon van, regarder les montagnes, les couleurs des fleurs, écouter un torrent ou encore le son des cloches des chèvres et des vaches.

Ta vie c’est donc la montagne ?
Oui, je passerai facilement 8 mois en Europe dans ces belles montagnes lorsque c’est l’été puis je rentre dans mon pays entre 2 et 4 mois quand c’est aussi l’été pour me ressourcer et profiter aussi de la plage…..j’adore la chaleur.
En Décembre, Janvier et Février, c’est la pleine saison  des triathlons,alors j’en profite pour participer à quelques-uns.
Cet année j’ai pas mal couru aussi et j’en ai même battu 2 records au Mont Taranaki, celui de la montée / descente en 2h16min et j’ai établi un temps référence sur le tour de cette montagne avec 45km en 7h40min, qui était une première féminine.

Comment te sens tu après La Transvulcania et La Maxirace ?
J’ai une douleur au niveau de la cheville qui me gène pour m’entraîner correctement, mais je me sens bien.
Après la Maxirace, j’étais très fatiguée, je me suis reposé pendant 4 jours au Semnoz (Annecy) ou j’ai beaucoup dormi.
J’étais fatigué mentalement par cet objectif (Transvulcania), je voulais faire la meilleure course possible, je m’étais préparée pour et ensuite il y a eu beaucoup de sollicitations avec les médias, les partenaires…
Et puis on a aussi fait la fête à Zégama (elle n’a pas couru), puis je suis arrivé à Annecy avec une bonne condition physique mais fatiguée nerveusement par cette course et aussi par les voyages et les transferts.

Quelles courses te font rêver dans le monde ?
Le marathon du Mont Blanc me plaît, c’est une belle région et j’ai déjà gagné 2 fois le Cross, j’espère être en forme dimanche, ce sera une belle course avec un très bon niveau avec Maud, que je connais bien maintenant, Corinne et Céline.
Ensuite, (après la Killian’s Calssik) je partirai aux Etats Unis pour aller sur la Hard Rock, je serai peacer d’Anton Kupricka, c’est une course qui me plaît, qui est difficile et à laquelle j’aimerai pouvoir participer un jour ……peut-être l’an prochain, mais la distance me fait peur.
Ensuite je reviendrai en Europe pour suivre l’UTMB®, c’est aussi une course qui me plairait de faire un jour, je ne suis pas sûre d’aller aux Templiers, je vais courir à la Cavals del Vent et j’aimerai aller à La Diagonale des Fous, peut-être pour courir le 80km.
Globalement je n’ai jamais rêvé de gagner telle ou telle course, y participer est déjà une chance, je n’ai pas de liste de courses programmées, je le fais au feeling et selon mes inspirations.

Quels conseils donnerais-tu aux femmes qui courent ?
Il faut penser sur du long terme.
Il faut trouver son équilibre mental et physique et apprendre à connaître son corps.
Quand tu es fatigué(e), il faut écouter ton corps et se reposer et quand tu sens que tout va bien tu peux nager, courir, faire du vélo….
Après San Francisco en 2010, j’ai été victime d’une fracture de fatigue, j’en ai alors beaucoup parlé avec d’autres femmes qui habituellement trouvaient cela tabou.
J’avais perdu du poids, je m’entrainais trop, je ne mangeais plus correctement, je n’avais plus mes règles…., je n’avais pas assez écouté mon corps, je n’étais pas bien….
Maintenant, je me connais mieux et j’adapte mes entraînements en fonction de mon équilibre hormonal, physique et psychologique.
Si je ne me sens pas d’attaque pour courir, je vais juste me promener en montagne.
Au niveau entraînement, je n’ai pas de plan précis, je me prépare et faire du sport en montagne est un plaisir, avant La Transvulcania, je m’entraînais entre 2h30 et 5h par jour (vélo, randonnée, course en montagne, piscine, yoga).

De quoi vis tu aujourd’hui ?
J’ai une formation de professeur et j’ai enseigné en Grande Bretagne.
Depuis 2008, je suis professionnelle de la course à pied avec Salomon.
C’est un peu juste financièrement, mais je vis simplement, je ne dépense pas beaucoup d’argent, j’aime bien aller en ville de temps en temps faire du shopping avec une amie, aller voir une exposition, aller au cinéma ou regarder l’architecture d’une ville, mais j’ai rapidement envie de revenir vers la nature et les montagnes.
Je ne rejette pas la société de consommation dans laquelle nous vivons, on ne peut aller contre, c’est l’évolution actuelle, je l’accepte et ne prends que ce qui m’intéresse…
Je suis heureuse comme cela.

Par Fred Bousseau