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Rencontre avec Frédéric Fuss, inattendu vainqueur du GR 73

Sa magnifique victoire sur le Grand Raid 73 le week-end dernier a dû en surprendre plus d’un. Du moins ceux, en réalité l’immense majorité, qui ignorent tout de l’histoire, des prestations, de la personnalité de Frédéric Fuss.

C’est qu’il n’a jamais cherché à faire étalage de ses prouesses, un an seulement après avoir goûté à la course nature. Sa sobriété, sa retenue, confinant à une certaine délicatesse, ce qui n’est pas banal à l’heure où les trailers accaparent les manchettes.Mais pour une fois, l’Annécien a accepté d’entrebâiller sa porte. Alors faisons plus ample connaissance avec lui.

Revenons immédiatement à ton coup d’éclat du Grand Raid 73. T’es-tu préparé spécialement pour cet objectif ?

Absolument pas ! Je n’ai en effet rien changé à mes habitudes comprenant quatre à cinq sorties hebdomadaires, la plupart du temps en altitude sur la Chaîne des Aravis et le Massif des Bornes où je cavale tout au plus sur 1.500m de dénivelée positive. Et lorsque celle-ci excède les 2.000m, j’adopte alors la traditionnelle rando-course.  
Je suis dépourvu de plans-type, m’adaptant en fonction de mes sensations et bien évidemment  de ma vie privée et professionnelle. Et si je délaisse les séances spécifiques, y compris la VMA ascensionnelle, j’alterne en revanche les running avec le vélo et le ski de randonnée. L’an passé, j’ai ainsi parcouru 150.000m de dénivelée sur les trois disciplines.    

Comment as-tu entamé cette odyssée de 73 km  ?

Dès le départ, je me suis senti affûté et j’ai donc filé à l’anglaise sur un excellent rythme pour creuser rapidement l’écart. La première ascension, celle de la Roche du Guet (km8,6), ne m’a pas posé de problèmes particuliers. Aussi, le mental était au beau fixe quand je suis parvenu au premier ravitaillement dans le village de la Thuile (km19,5), même si j’ignorais l’avantage dont je disposais alors sur mes poursuivants, en l’occurrence une dizaine de minutes.

Qu’as-tu pensé de la seconde et inédite ascension, celle conduisant au Pic de la Sauge ?

C’est sans doute la plus terrible de toutes celles que j’ai eues à gravir en compétition. Le parcours était à la fois escarpé et accidenté, ce qui le rendait extrêmement pénible et éreintant.
La suite, par comparaison, fut un peu moins harassante, marquée pourtant par un raidard  herbeux me transplantant d’un jet à la Pointe de la Galoppaz. De son faîte (km31,1), j’ai pu de visu me faire enfin une idée de l’intervalle assez conséquent qui me séparait de mes plus redoutables émules. Mais rien n’était joué et étant donné l’énorme difficulté de l’itinéraire et de la qualité de mes adversaires dont le vainqueur de l’édition 2011, le Suisse Jules-Henri Gabioud, je ne pouvais en aucun cas me relâcher. N’empêche, dans la portion dévalant sur la station d’Aillon-le-Jeune, je me suis mis un peu en-dedans.   


Surtout que t’attendait la 4ème rampe de la journée, celle aboutissant au Colombier, toit du trail à 2045m et authentique juge de paix, n’est-ce pas ?

Exactement, d’autant plus qu’on n’en était même pas encore à la moitié de l’aventure ! Cependant, lors du second ravitaillement à la station (km42,7), j’ai pris connaissance de mon avance de six minutes sur une meute de trois coureurs (1), ce qui m’a boosté et facilité la gestion de mon périple au Colombier sans puiser inutilement dans mes réserves.
Néanmoins, l’opiniâtre et jeune Vosgien Matthieu Brignon, futur 2ème, a réussi à me rejoindre au sommet (km51) et m’a même grillé la politesse à l’orée de la descente via l’arête sud, ce qui m’a redonné des ailes en le dépassant à mon tour, promptement et définitivement sous le versant est du Col de la Cochette (km52,7).

Comment as-tu conclu ?   

Excellemment, les forces économisées dans la montée du Colombier m’ayant permis d’accélérer sur les portions roulantes accédant au Mont Pelat (km 60,7). Toutefois, j’étais sur mes gardes, raison pour laquelle j’en ai remis une couche une fois atteint le hameau de Montlambert (km68,2 ultime ravitaillement) où j’ai rallié Cruet et l’arche salvatrice en quelques vingt minutes !

Comment es-tu venu au trail ?

J’ai toujours vénéré la montagne. Aussi, à l’occasion d’un tour du Mont-Blanc en randonnée, j’ai vu des affiches sur l’UTMB, ce qui a focalisé mon attention sur ce type d’épreuve.
Ensuite, j’ai découvert sur le net le site du Grand Raid 73 et son slogan « Venez explorer vos limites », engendrant aussitôt mon inscription avant d’épingler, grande première, mon dossard le 24 mai 2008. Indépendamment de ma place (101ème), cette équipée sauvage m’a donné envie de renouveler l’expérience puis de persévérer. Graduellement, mes performances se sont bonifiées et je me suis pris au jeu.

Mais pourquoi le trail ?

Il me permet de concilier ma flamme pour la montagne et mon esprit de compétition engrangé lors des courses cyclistes sous l’égide de la FFC, disputées dans les années 90 avec un niveau régional. Cette passion pour les cimes induit une fréquentation sur les seuls trails de montagne. En revanche, je m’y adonne parcimonieusement, cinq épreuves tout au plus par an, éprouvant aussi le vif désir de musarder sur les reliefs !

As-tu intégré une équipe ?

Pas le moins du monde, et je n’ai pas non plus d’équipementier en dépit de ma fidélité au magasin Cran Cycles Cavazzana et à mes Hoka qui m’ont permis de grimper à plusieurs reprises sur le podium. Mais j’ai pleinement conscience que je pourrai progresser encore plus vite au sein d’une escouade où je pourrai bénéficier du soutien de trailers chevronnés à l’image de Lionel Bonnel ou Pascal Giguet. De même, les conseils prodigués individuellement par un coach seraient certainement de bon aloi. Enfin, je ne peux nier le caractère inapproprié de ma nutrition, en particulier en compétition où je m’alimente essentiellement en crème de marrons. Néanmoins, malgré les enjeux, c’est le plaisir qui doit primer sur tout le reste !

Pour terminer, quelles sont tes prochaines échéances ?

Pour 2012, faire un podium sur le Tour de la Grande Casse, voire celui des Glaciers de la Vanoise. Je serai encore présent au 26km de Combe Bénite et au 50km des Glières. Concernant 2013, je retournerai sûrement au Grand Raid 73 et en Vanoise. La CCC m’envoûte également mais je ne m’estime pas encore tout à fait prêt pour l’ultra,  même si j’ai à mon actif les 80km de l’Annécime 2009 avec à la clef une 9ème position. Oui, soyons raisonnable, chaque chose en son temps !
 
Propos recueillis par François Vanlaton

Palmarès:
Vainqueur Grand Raid 73 2012
3e Tour de la Grande Casse 2011 (62km)
6e TGV 2010