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UTMB® 2017, « Dans la foulée de François D’Haene »

François D'Haene - UTMB 2017 - Fred Bousseau

Il n’est pas toujours facile de trouver un créneau dans l’emploi du temps d’un champion et favori d’une course comme l’UTMB®, à quelques jours de l’événement, pris entre ses derniers entraînements, les sollicitations médiatiques et des partenaires (gérées par Jean Michel Faure Vincent), sa vie familiale et professionnelle.

Pour continuer cette série « Dans la foulée de…’, je souhaitais rencontrer François D’Haene qui partage sa vie entre la viticulture dans le Beaujolais et le sport.

Il se met au vert dans Le Beaufortain un peu au dessusd’Arêches,  il retrouve le calme et la quiétude au pied des montagnes.
Vainqueur à Madère du MIUT en Avril – A LIRE ICI, de l’Ultra Maxi Race d’Annecy en Mai – A LIRE ICI et du 60km de Verbier en août, il s’est mis au vert 3 jours chez lui où nous avons pu aller faire une dernière sortie en montagne.

Avec quelques indications j’arrive à trouver le vieux chalet savoyard au dessus d’Arêches, j’ai quelques minutes de retard, François est prêt, le sac ou plutôt le gilet Salomon sur le dos.
Le temps de serrer les chaussures et nous voilà partis.
Pas de répit c’est direct droit dans le pentu, la route s’élève à environ 12% sur 300m, « celle ci à vélo elle fait mal » précise François…et même en courant !

Il profite de notre sortie pour essayer les tenues qu’il utilisera le jour de la course, il les a reçues il y a quelques jours, et c’est un moyen de tester que tout est OK avec une paire de chaussures « prototypes », « celles pour l’UTMB® seront différentes dans les codes couleurs mais c’est l’évolution des Ultra Sens Lab que tu as aux pieds » me précise t-il.

« j’explore les montagnes » : François D’haene

Nous voilà engagés sur le chemin carrossable puis sur le sentier forestier qui serpente au dessus du Planay, on évoque alors François D'Haene - UTMB 2017 - Fred Bousseauce choix de venir s’installer ici, « c’est un coup de cœur, on va même essayer de scolariser nos enfants ici cet hiver et on va organiser notre activité viticole pour rester quelques mois ici, on a que les expéditions à gérer mais ce n’est pas rien ». Une fois la vinification terminée en Novembre, le vin reste dans les cuves jusqu’au mois d’Avril avant qu’ils le mettent en bouteille.
On avance à petite foulée, « ici on sent qu’il y a un vivier de sportif, c’est convivial, pour le moment j’explore pas mal les montagnes, c’est un luxe de pouvoir partir ainsi de la maison ». A la sortie de la forêt la vue se dégage, le Mont-Blanc est dans notre dos. « on va aller au Grand mont » , ok on y va si tu veux et François de préciser, « on passera par l’arête » (en référence à celle utilisée en ski alpinisme l’hiver lors de l’étape reine du samedi).
Plus de sentiers, on s’enfonce dans le vallon « je m’entraîne souvent comme ça, je vais en montagne, je vois un sommet qui devient mon objectif, je dessine mon chemin sans forcément suivre ceux qui existent ».
On aborde alors sa préparation UTMB®, « je programme avec Christophe (Malardé) mes disponibilités et mon planning général entre la vie de famille et professionnelle, il me connaît et me donne les grandes lignes à suivre. Pour l’UTMB j’ai fait 4 blocs d’entraînement en montagne de sortie sur un rythme rapide de 6-7 h par jours pendant 4 jours de suite ».
« J’intègre aussi un peu de vélo mais je ne fais pas de séance spécifiques de vitesse ou de fractionné ».
« Kilian, Xavier et moi on doit avoir une préparation assez proche, on fait beaucoup de montagne et on ne compte pas nos entraînements en distance mais plus en temps, sans doute à la différence des Américains qui sont plus habitués à faire 30 ou 40km lors de leurs sorties ».
Ce jour là nous ferons effectivement une sortie de 4h pour 20km et 1800 m D+.

F. D’Haene : «….je n’irai pas non plus au suicide »

 On continue notre progression dans ce vallon rocailleux, cela ressemble plus à la corse qu’à l’UTMB®, le Mont-Blanc est caché par les nuages mais il reste assez proche de nous comme pour lui rappeler pourquoi il est là.
Je lui fais remarquer qu’à cette heure là dans une semaine il sera arrivé (il est environ 16h30). « j’espère, mais heureusement à Chamonix ils font un service continu, je ne serai pas obligé de finir en 18h pour être là à midi » !

Et d’ailleurs l’UTMB tu y penses chaque jour François ? la réponse est simple « lorsque je me lève le matin, je ne tourne pas en rond en pensant UTMB. On prépare en ce moment les vendanges qui démarreront le mercredi après l’événement, 50 personnes seront à la maison, il faut organiser les couchages, les repas et la récolte et aussi s’occuper des enfant ».

« La pression j’en ai pas vrai, elle viendra progressivement à Chamonix mais je me suis entraîné comme il faut, je me sens aussi bien voir mieux qu’en 2014, ça reste une course de 170km et 21h et c’est là le gros challenge ».

Justement comment tu vas l’aborder, car on entend beaucoup de choses à ce sujet.
« Je n’ai pas de stratégie de course d’écrite, je vais partir à mon allure. Je n’irai pas non plus au suicide, si ça part vite et qu’il faut faire l’effort pour essayer de suivre un groupe je le ferai, mais en restant attentif car on peut exploser ensuite».
« Je prendrai le départ d’abord pour terminer avant de vouloir gagner, il y a tellement de paramètres et d’aléas à gérer que tout peut arriver à tout le monde, c’est une distance ou l’on part aussi dans l’inconnu».

« Kilian reste le favori mais… » : François D’Haene

On arrive au sommet du Grand Mont à 2 686m, un panorama à 360°, le Mont-Blanc ne se dévoile toujours pas, François va François D'Haene - UTMB 2017 - Fred Bousseauallonger par une petite boucle vers le Lac Saint Guérin et l’on se retrouve 20 minutes plus tard pour effectuer les 6 derniers kilomètres de descente et reprendre notre discussion.

Kilian reste le favori et le coureur à battre.
« Oui, Kilian a sans doute une marge mais il n’est pas imbattable non plus, sur un KV au un 80 km il y a moins d’incertitudes et de surprises, il sera meilleur que moi ; sur plus long même s’il reste le favori j’ai une chance aussi.On verra le jour J, c’est pour cela que j’aime l’ultra, RIEN  n’est impossible sur ce format».
« C’est certain que ça risque d’aller plus vite que les autres années, la barre des 20h peut-être franchie, mais il faudra faire une course intelligente, raisonnable et modérée. Si ça met des tirs en permanence ça ne sera pas bon, et ça fera des dégats.
Il faudrait courir comme en 2014 (il était avec Miguel Heras et Tofol Castaner), être un petit groupe et se relayer, si on avait 1 h de retard à Courmayeur sur 1 ou 2 gars ça m’inquièterait paradoxalement moins, si je suis à ma bonne allure, que 15’, car ça voudrait dire qu’ils sont partis trop vite et qu’ils vont le payer ».
« Je vais faire ma course en allant au bout du mieux possible, le résultat viendra ensuite ».

« Je veux garder ce plaisir de courir »

On rentre à nouveau dans la forêt, le chemin large se transforme en single, le milieu est humide, quelques chanterelles bien orangées sont au bord du chemin, nous prenons le temps de les ramasser.

François D'Haene - UTMB 2017 - Fred Bousseau« Dans l’ultra ce que j’aime c’est l’aventure, c’est me challenger moi-même et essayer de pousser ses limites ».
« Je ne fais pas beaucoup de course, j’aurai 3 ultra en compétition au compteur cette année et ça suffit, j’ai surtout envie de garder ce plaisir de courir et pas faire un burn out ».
« J’ai aussi envie de me tester sur une distance plus longue, pour voir comment gérer le sommeil, l’alimentation, les aléas physiques éventuels, j’ai un projet pour le mois d’octobre que je dévoilerai après l’UTMB ».

Sans doute avec un œil sur le Tor des Géants « oui, pourquoi pas en 2018 ou 2019 ».
On termine notre sortie, 4h00 tout rond, il est 19h, ses 2 enfants, Sarah et Siméon jouent encore dehors.

La famille et les amis sont très importants pour François et c’est sans doute aussi beaucoup de son équilibre qui font aujourd’hui sa force.
Et Sarah d’ajouter alors que l’on prend le temps de boire une bière : « moi aussi je veux courir avec papa et je mettrai mes baskets ».
Une chose est sûre, tout ce petit monde sera là pour l’accueillir à Chamonix samedi après midi, quel que soit le résultat et aller boire une bière après la course.

Par Fred Bousseau – © Fred Bousseau – août 2017

François D'Haene - UTMB 2017 - Fred Bousseau

VIDÉO DE LA SORTIE AVEC FRANÇOIS D’HAENE