Trails Endurance Mag
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UTOP 2010 : L’Ultra Trail des Ô plateaux à Madagascar

Les hauts plateaux de Madagascar, curieux mélange d’altiplano péruvien et de cultures en terrasses d’Asie, déclinent au gré des saisons, toute la palette des ocres les plus chauds aux verts les plus fluos. Terrain de jeu idéal pour trailers en manque d’espace, le circuit de l’UTOP est un ensemble de pistes qui tour à tour,  gravissent un enchaînement casse pattes de collines herbeuses, s’engouffrent dans des forêts d’eucalyptus ou de mimosas, jouent les équilibristes  sur  un incroyable entrelacs de digues au milieu de rizières, pour relier en 57 km, le lycée français de Tananarive, la capitale perchée à 1200 m d’altitude, au lac de Mantasoa.

Trois formules étaient proposées: un ultra en solo, aller-retour de 115km avec 5000m de dénivelé positif, en 40 heures maxi, départ en nocturne; le même circuit en relais de 4 équipiers pour ceux qui venaient en reconnaissance, et plus si affinités pour l’édition 2011… et, une version semi, diurne   sur le circuit retour du solo, 57km, 2500m de D+, départ 6h du matin, acheminement par bus au point de départ à Mantasoa.

Au matin du jour J, alors que le premier départ n’est prévu que pour 18h, bien rodé grâce à une répétition générale l’année précédente en interne par le club organisateur, le dispositif qui va encadrer les 155 concurrents se met en place: 30 scouts, 20 bénévoles, un camion, dix 4X4, une ambulance partent mettre en place les 7 postes de contrôle (chapiteaux, tables, chaises, marmites..)

Un ouvreur s’élance en courant 4 heures avant le départ, chargé de plusieurs kilos de rubalises, car exotisme oblige, les bénévoles ont signalé dès leur arrivée que celles-ci  ont fait le bonheur des enfants des village traversés, ou ont suscité l’inquiétude des habitants, voyant dans ce marquage, l’annonce de possibles expropriations….!

Enfin, à 18h, à la tombée de la nuit, les 36 partants de l’ultra en solo s’élancent pour les 115 km, accompagnés de 14 relayeurs qui  passeront la main à leur premier équipier au terme de 27 km.
La météo n’est pas celle qui était attendue, au beau temps annoncé s’est substituée une pluie fine qui malgré les 15° donne une sensation de froid et laisse augurer d’un parcours boueux.
Une heure plus tard, les premiers SMS signalent au QG le passage des coureurs de tête au premier poste de contrôle, à Ambohimalaza. Ils sont sur un train de plus de 10km/h! Prosper, Jean-baptiste, Joachin, trois athlètes réputés à Madagascar. Une liaison 3G permet d’informer en ligne les médias et de mettre à jour le site qui donne les infos de la course sur le net. Tous les bénévoles sont sur le pont, y compris sur 2 PC volants qui poinçonnent les dossards lors de contrôles inopinés, dés fois que le diable s’en mêle…
Au bout de quelques heures, alors que le peloton du solo s’étire dans la nuit, se frotte aux  premiers reliefs qui calment ses  ardeurs, à 1 h du matin, le bus acheminant les coureurs du semi à leur point de départ, quitte Tananarive. Certains, soucieux d’éviter ce prologue, ont dormi sur place et profité de cet endroit enchanteur qui accueille régulièrement des épreuves de triathlon.
Au même moment, les premiers du solos font déjà leur apparition à Mantasoa à mi parcours, ils sont accueillis comme des rois à l’hôtel « l’Hermitage » qui s’est associé à l’évènement et qui, en marge du ravitaillement « marathon » offre un véritable « sakafo » (soupe, riz, saucisse) régénérateur.
Malgré ce ravito 5 étoiles servis en toques et tabliers blancs, les conditions de course sont plus dures que prévues, bruine, pluie, froid ont raison de la motivation des plus entamés, certains ne repartiront pas.

A 6 h sonnantes, les candidats au semi sont sur la ligne de départ. Point de vedettes internationales, mais un beau plateau VIP: Monsieur le ministre des Forces Armées Malgaches et son Excellence, Monsieur l’ambassadeur de France en personne, entourés tous deux de quelques « chevaliers servants ». Ils ne sont pas là pour l’image people de l’épreuve, sportifs assidus, ils iront jusqu’au bout, montrant même qu’ils en avaient encore sous le pied en grattant quelques places sur la fin.

Une heure plus tard, 7 h du matin, le premier du solo est annoncé à l’arrivée au lycée français!
Prosper Randriasoalaza, la référence du marathon (2h19) à Madagascar, boucle les 115km en 15h23 et cloue le bec à ses détracteurs qui doutaient de ses performances en trail!
Ses deux poursuivants arrivent respectivement à 20 et 57mn derrière lui alors qu’ils étaient encore  ensemble jusqu’au km 90! Ecart creusé en à peine 3 heures! Unis tout au long du parcours nocturne pour limiter les risques de s’égarer, ils n’ont déclenché la bagarre qu’à potron-minet.
Autre haut fait, Laurent Rabemanantsoa, dans l’heure qui suit arrive 5ème…Pieds nus! disputant le passage de la ligne à un relayeur au sprint!

Avant midi, Joachin Randrianirina, entre en vainqueur du semi sur le stade du lycée, qu’il boucle en 5h36, laissant pantois les organisateurs dont le meilleur avait mis 7h43 lors de la préparation 2009.

Les arrivées vont ensuite s’égrainer tout au long de la journée et engendrer leurs lots d’acclamations, d’émotions, d’embrassades et de larmes….

10 heures avant le délai limite des 40 heures, une dizaine de concurrents semblent ne plus donner signe de vie; joints par portable, ceux-ci indiquent que souhaitant abandonner et couper au plus court, ils se sont égarés et ont un peu affolés la population  avec leur bardats et leurs frontales.
Ce sont les forces de l’ordre, qui le plus aimablement du monde ramèneront les brebis au bercail!

Après 30 heures de branle-bas de combat sous la pluie, les bénévoles sont aussi sur les rotules.
Un dernier éclair de lucidité pour s’assurer que personne n’a été oublié sur le chemin, derniers efforts pour plier les postes, distribution du ravitaillement excédentaire aux villageois pour clôturer la fête.
A minuit trente, tout le monde était rendu à bon port, 155 participants, 13 abandons, une entorse, un poignet foulé et des super chronos à relever dans la prochaine édition.

Après une nuit réparatrice, cérémonie de la distribution des prix au stade du lycée français, remise des diplômes de finishers, nouvelles émotions, nouvelles larmes…
Le premier prix, offert par Air France, un billet A/R offert au vainqueur pour lui permettre de s’aligner sur une grande course, sans doute le prochain marathon de Paris. La 1ère féminine quant à elle sera sponsorisée pour s’aligner à la prochaine Diagonale des Fous, dans l’île voisine de La Réunion. Ces prix rentrent tout à fait dans l’esprit de l’UTOP (association malgache à but non lucratif), dont la vocation est de promouvoir l’image de Madagascar via ce type d’épreuve, et de financer la participation d’athlètes malgaches à de grands évènements sportifs internationaux.

Contacts: www.utop.mg ou par mail : utop.mada@gmail.com.