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Xavier Thévenard : « La satisfaction de gagner apporte une émotion en plus… »

Xavier Thévenard - ©MDaviet

Xavier Thévenard fait partie de l’élite de l’ultra-trail. A 29 ans, entre 2010 et 2016, celui que l’on surnomme le « Petit Prince du Mont-Blanc », a remporté les quatre épreuves du programme mont-blanais, dont deux fois l’UTMB, l’épreuve référence : 170 km, +/-10000 m ! Un grand chelem qu’il est le seul à avoir réalisé. Et cette année, le Jurassien a inscrit son nom au palmarès du 80 km du Mont-Blanc, une course d’ultra-skyrunning particulièrement verticale : +/-6000. Il sera au départ de l’UTMB, ce vendredi.

Xavier, la première fois que tu as entendu parler du tour du Mont-Blanc, c’était quand ?
Bien avant l’UTMB, car on pouvait le faire par l’itinéraire classique. La course, c’était au lycée, en section sport études. J’avais 15 ans et je me souviens des deux-trois images que l’on avait vues à la télévision avec la victoire de Dawa en 2003. Pour moi, à cette époque, faire tous ces kilomètres à pied autour d’une montagne en moins d’une journée (21 h), c’était incroyable. Mais j’avais déjà cette passion pour les sports d’endurance.

Xavier Thévenard - ©MDavietTa première course autour du Mont-Blanc s’est terminée par une victoire sur la CCC en 2010. Une révélation autant pour toi que pour le grand public…
Ce fut un déclic et cela m’a permis d’intégrer le Team Asics. Depuis, j’ai beaucoup appris au sein de cette équipe. Si l’ultra est une forme d’effort qui me convient, puisque c’est ma façon de faire depuis que je pratique du sport ; au début, je n’avais pas forcément envie de faire de l’ultra en trail, c’était plutôt à vélo. Et puis, j’ai trouvé mes pieds et je me suis épanoui dans l’ultra-trail.

Lorsque l’on regarde tes résultats depuis 2010, on peut dire que l’ultra en montagne est inscrit dans ton code génétique…
Depuis gamin, je me lance des défis sur des sorties longues à pied et à vélo. Récemment, j’ai lu une étude où si 15% de nos gènes sont figés ; le reste, tu l’acquiers avec de l’entraînement, ton alimentation et de ta façon de vivre au quotidien. Comme j’arrive à m’adapter pour être performant sur les longues distances, je peux donc dire que c’est un peu ancré dans mes gènes…

L’éducation sportive au quotidien a un impact sur le potentiel d’un athlète. On le voit avec les coureurs africains. Tu allais aussi à l’école à pied ?
Ce n’était la même chose pour moi. Courir est un moyen de déplacement pour eux. Moi, j’allais de temps en temps au lycée à vélo, pour rejoindre l’internat. Et c’était 150 km pour y aller et autant pour revenir… Pendant les vacances, j’aimais aller découvrir des coins sur le plateau du Retord, dans le Jura, en courant à pied. Et à la fin de l’été, le défi, c’était de faire en une seule fois tout ce que j’avais découvert durant les vacances. Et 50 bornes à 16 ans, c’était quand même quelque chose.

Que représente l’UTMB pour toi ?
Compte tenu de la distance et du dénivelé, c’est plus une aventure qu’une course… Car il y a toujours une part de doute lorsque tu pars pour 171 km en montagne. Il y a aussi un peu de peur… 21 h d’effort, c’est presqu’une journée. Il y a le départ de nuit… Le lever du soleil et l’ambiance est énorme. Tout est réuni sur l’UTMB.

La peur que tu évoques, est-ce celle qui engendre l’humilité ?
Déjà, ce n’est pas celle que l’on peut avoir face aux autres concurrents. En fait, c’est plus de l’appréhension que de la peur. Car je sais qu’il va encore y avoir des moments de souffrance et malgré l’expérience, il faut toujours apprendre à les gérer. C’est ce qui rend l’épreuve excitante.

Si je te dis : « Mont-Blanc, tour de magie… » Es-tu d’accord avec cette définition ?
La magie retranscrit bien ce que l’on peut vivre autour de cette montagne. Depuis que j’ai gagné la CCC, il y a toujours cette petite étincelle en moi. Je suis bien dans ces montagnes…

Quel est ton meilleur souvenir dans ces montagnes ?
Il n’y en a pas qu’un… Celui de ma victoire sur l’UTMB en 2015 est très fort, car j’étais dans le dur… A l’arrivée, j’ai dû cacher mes larmes. Et c’est la seule fois où j’ai pleuré sur une course…

Je ne peux vraiment pas définir ce que j’ai pu ressentir. Je ne trouve toujours pas les mots, il faut l’avoir vécu pour le comprendre.

C’est une sensation qui est réservée à l’élite ?

Non. C’est pour tous ceux qui franchissent la ligne d’arrivée… La satisfaction de gagner apporte une émotion en plus. Pour trouver un moment qui déclenche un truc aussi fort, ce n’est pas évident… Pourtant, tu n’as qu’une envie, c’est de le revivre, car il ne peut pas durer toute une vie.

Propos recueillis par Bruno Poirier – ©Marc Daviet