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UTMB® – Kilian Jornet – « Se préparer pour rendre la chose facile… »

Ultra-Trail du Mont-Blanc, ce vendredi. Triple vainqueur, Kilian Jornet est l’un des favoris de l’épreuve. À quelques heures du départ, il explique son retour sur « l’ultra-trail du siècle. »

Lauréat en 2008, 2009 et 2011 de l’UTMB®, Kilian Jornet revient sur la course qui l’a fait découvrir. L’édition 2017 est considérée comme « l’ultra-trail du siècle », tant le plateau est relevé avec la présence des trois derniers vainqueurs : les Français Xavier Thévenard (2 x), François D’Haene (2x) et Ludovic Pommeret ; et l’élite états-unienne : Jim Walmsley, Zach Miller, Tim Tollefson, et Sage Canaday. Double summiter de l’Everest en mai dernier, le Catalan est invaincu, cette saison en course à pied.

Kilian, pourquoi revenez-vous, cette année, sur l’UTMB® ?

Je devais repartir dans l’Himalaya au mois d’août, mais comme je n’ai pas eu les autorisations, j’avais un peu de temps libre… Et puis, le plateau 2017 me faisait rêver. Sur les courtes distances en trail, il y a toujours de la densité et une vingtaine de coureurs qui peuvent gagner. En ultra, lorsqu’il y en a deux ou trois, c’est bien. Cette année, nous sommes une dizaine et lorsque l’on est compétiteur, une telle densité, c’est toujours intéressant.

Lors de la Hardrock 100 miles aux États-Unis, vous vous êtes blessé en vous démettant l’épaule. Même si vous avez gagné la course, quel est votre état de forme ?

Ce n’était qu’un bras, donc pour la course à pied, cela n’est pas gênant… Deux jours après, j’ai recommencé à grimper. Maintenant, je ne sais pas si je peux dire que je suis en super forme. Certes, j’ai gagné Sierre-Zinal (la plus grande course en montagne du monde), mais c’était une course rapide (31 km, +2200 m en 2 h 33’05). L’UTMB®, c’est plus long (170 km, +10000 m), c’est différent (20 h 36’43 en 2011).

En 2008, lors de votre première victoire, vous étiez un inconnu. Aujourd’hui, on le voit, c’est tout le contraire. Comment est-ce que vous vivez cela ?

L’ultra-trail est aussi un sport qui a grandi. On le voit avec les médias. Et cette année, la course fait rêver avec la concurrence qui est présente. Je retrouve sur l’UTMB® ce qu’il y a l’hiver en ski-alpinisme : la densité d’une élite. Cela va être une bataille, un jeu qui va opposer les meilleurs.

Vous parlez de jeu, comme si cela semblait facile. Mais l’ultra-trail reste quand même une course difficile…

Pour un coureur élite, finir l’UTMB®, c’est facile. Après, c’est difficile de le gagner en allant vite. Mais si l’élite s’entraîne entre 800 et 1300 heures par an, c’est pour aller vite dans la difficulté… Je pense qu’il faut se préparer pour rendre la chose facile. Et après, il faut rajouter la vitesse.

 

Compte tenu du niveau de la concurrence, est-ce que vous appréhendez de perdre ?

Franchement, non. En ski alpi, c’est ce niveau tous les week-ends. Tu es habitué à la pression. A Sierre-Zinal, lorsque tu vois des gars qui courent le marathon en 2 h 08, tu dis que cela va aller vite… Je sais que je suis attendu, mais ce n’est pas important. Avoir la pression va changer quoi à la fin ? Il faut savoir pourquoi l’on court. Pour ce que l’on attend de nous-mêmes ou pour ce que les autres attendent de nous ? Au bout d’un moment, il faut se poser la question : savoir pourquoi l’on court ?
Parmi les adversaires présents, il y a François D’Haene. Est-ce que l’on peut s’attendre à un duel entre vous deux ?

François est très fort, c’est certain. Sur ces dernières années, il est toujours présent sur les longues distances et il gère très bien ses courses. En 2011 et 2012, nous avons couru ensemble en Australie, en France, à La Réunion. Ensuite, il s’est centré sur l’ultra, ce qui n’est pas mon cas. François, j’adore le voir courir et c’est cool de faire l’UTMB avec lui.

Est-ce les conditions météos peuvent avoir une influence sur le scénario de votre course ?

Déjà, je n’ai pas de stratégie. Par rapport aux conditions, cela ne va rien changer pour l’élite. On s’entraîne tous les jours, quelque soit le temps. On est adapté pour courir dans toutes les conditions.

Vous inspirez toute une génération de traileurs. Certains, maintenant, tentent de monter en running au sommet du Mont-Blanc. Il y a des accidents. Pensez-vous qu’il faudrait plus de prévention pour les éviter ?

Ce n’est pas plus de prévention, mais plus d’éducation. En France, en Espagne, nous ne sommes pas bons dans ce domaine. C’est complément différent aux États-Unis et dans les pays scandinaves. Les gens ont plus conscience des risques qu’il y a en montagne. L’alpinisme demande beaucoup d’années d’apprentissage. J’ai gravi cent fois le Mont-Blanc. La première fois, c’était avec mes parents. Ensuite, avec des amis. Puis, plus rapidement en mode léger (3 h 33 de Chamonix en 2013), mais toujours avec du matériel adapté aux conditions. Les gens retiennent l’image au sommet, mais derrière, il y a tout un travail et de l’expérience.


 
Recueilli par Bruno POIRIER. Photo Philipp Reiter, FB