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Aquaterra 2016 par Benoit de Préville

Aquaterra 2016 - Benoit de Preville

Prenez un peu de Terre, du Limousin et de l’Auvergne, ajoutez-y de l’Eau, de la Dordogne, retenue en grande quantité Aquaterra 2016 - depart barrageen aval de ce magnifique barrage de Bort les Orgues, n’oubliez pas le Feu du Soleil, mais aussi de cette Terre sortie des entrailles il y a quelques dizaines de milliers d’années ; enveloppez tout ceci de l’Air – on devrait plutôt dire de l’Esprit de Dame Nature, particulièrement à son aise ici, largement aidée par une organisation inspirée – et vous obtiendrez l’Aquaterra ! Tout un programme que j’avais entre-aperçu lorsque l’équipe organisatrice me l’avait présenté lors du festival des Templiers. Leur passion et leur gentillesse avait amené Corinne, la chef d’orchestre du groupe, à m’inviter sur la course : à moi de relever le défi ! Ce n’était pas gagné, avec ma tendinite au tendon d’Achille qui traîne, mais c’est dans cette perspective que j’ai annulé plusieurs courses en ce début d’année.

Une pensée pour Medhi

Nous voilà donc, une fois n’est pas coutume, partis dès le premier jour des vacances, avec la tente dans la remorque et la joie d’accueillir bientôt mes parents et mon neveu parmi nous : belle petite troupe qui ne passe certainement pas inaperçue dans le camping ! La vue sur le lac y est splendide, et la piscine la bienvenue !

Côté course, elle débute dans la fraîcheur matinale, profitons-en, au beau milieu du barrage. Pour ce « Tour du Cadran », de 70 km et 3300 m de dénivelé, nous sommes un peu moins d’une centaine. Mais en fait, depuis minuit, un autre groupe de trailers est parti pour l’EDFi des Lacs – de 110 km. Plus tard dans la matinée, ce sont différents formats qui seront proposés afin de satisfaire au plus grand nombre.
J’ai la surprise de retrouver Thierry et Christine Breuil sur la ligne de départ, venus en voisins, et c’est parti !

Je m’étais promis aussi d’avoir une pensée particulière, tout au long de cette course, pour Mehdi : ce petit garçon très malade qui nous avait donné le départ de l’Écotrail de Paris en 2014, et dont j’ai appris la mort depuis par son papa. De là où il est maintenant, il a réussi à donner des jambes à ses parents et à beaucoup d’autres, aussi son histoire bien triste me permet de goûter encore un peu plus à la chance que j’ai d’être là…

Après une première erreur d’aiguillage sans conséquence, nous voici déjà à hauteur du camping, et je retrouve avec joie les chemins arpentés la veille avec mes garçons. Nous arrivons bientôt au château de Val, sauvé des eaux lors de la construction du barrage… Cette situation en fait un lieu hors du commun, même si j’imagine bien le désarroi des propriétaires lorsqu’ils virent les eaux monter inexorablement tout autour… Mais les organisateurs n’ont pas prévu de nous laisser aller à nos rêveries ! Nous attendent bien d’autres points de vue, et des paysages particulièrement variés, avec notamment des forêts toutes plus impressionnantes les unes que les autres, où hêtres, chênes, châtaigniers… se chatouillent pour savoir qui sera le plus haut !

L’eau n’est jamais très loin : j’apprécie particulièrement les passages dans le lit des rivières : heureusement que nous ne sommes pas sous des trombes d’eau !

« Une petite Amazonie locale » : B. De Préville

Bien vite, je me retrouve aux côtés d’Anthony, venu du bassin d’Arcachon, et qui m’explique avoir à son actif des séances de 11 ascensions de la Dune du Pilat… Moi qui suit content de ma seule séance de côtes de ces derniers mois autour de Montmartre avec ses 720 m de dénivelé… plus un peu en vélib’, je me dis que j’ai un peu de retard… Au premier ravitaillement, nous croisons Christine, qui attend Thierry : bizarre, bizarre, puisqu’il nous a doublé il y a bien longtemps… Mais pas tant que cela en fait, parce que nous nous sommes tous trompés… plus ou moins, à une bifurcation. Sa vélocité lui permettra de rétablir l’ordre logique des places, avec son compagnon d’échappée, dès le deuxième ravitaillement ! Pour moi, ce sera le début d’une course en solo, puisque je sens Anthony rester de plus en plus en retrait. Heureusement, nous revenons bientôt à hauteur des valeureux concurrents du 110 km, qui ont 40 km de plus que nous dans les jambes, et qui retrouvent notre parcours.

http://www.trail-aquaterra.com/Alors que la remontée du lac se fait tranquillement, dans la chaleur également montante, une grosse montée d’adrénaline m’envahit subitement. Je me trouve face à d’imposantes motos cross à pleine puissance pour monter… la côte que je descends ! On parvient à s’éviter, mais je suis pressé de retrouver la quiétude recherchée, même si je dois bien avouer qu’elles sont beaucoup plus efficaces que moi ! Me voici enfin sur la digue, qui marque notre redescente. Nous sommes donc logiquement à peu près à la moitié… Mais le terrain fait rapidement raisonner en moi les paroles de Corinne : « les difficultés vont aller crescendo… l’autre côté du lac est très sauvage… une petite Amazonie locale… les chemins ne sont tracés que par et pour l’Aquaterra »… Ok, je comprends… J’essaie de courir ici, mais impossible ! Je suis vite rappelé à l’ordre, et commence à me dire que si toute la descente vers le Sud est ainsi, je vais souffrir… Heureusement, nous retrouverons progressivement un terrain plus praticable, en particulier à la faveur des 5 éditions précédentes qui ont aidé à défricher le terrain, mais chapeau bas à l’équipe des traceurs, car il fallait les faire, ces chemins !

Belle surprise à l’arrivée à Monestier que de retrouver la famille au complet. Les enfants sont venus à ma rencontre : Samuel juché sur son monocycle, les autres qui courent à mes côtés, et Timothée qui, trop heureux de retrouver son Aquaterra 2016 - Arrivee Benoit de Previllepapa, ne veut plus me laisser partir. Il va falloir faire des adieux déchirants… Mais heureusement qu’il est retenu par ses frères, car il semble prêt à me suivre sur des kilomètres !!! Nous nous donnons rendez-vous un peu plus loin. Cependant, entre temps, je sens les crampes arriver. Rien de plus normal à vrai dire : j’ai beau m’asperger, la chaleur commence à devenir écrasante, et mon manque d’entraînement pesant. Cependant, en raccourcissant le pas, je parviens à maîtriser mes douleurs, et seul un serpent me fera arrêter net, le temps que Monsieur veuille bien passer son chemin… qui en l’occurrence est aussi le mien à cet instant ! Grande joie toutefois de se retrouver à Outreval, avec une vue imprenable sur le château de Val. Là, je dois avouer qu’une envie forte me traverse l’esprit : traverser le lac à la nage pour rentrer un peu plus vite… Mais ce n’est pas (encore ?) prévu par l’organisation. Mes garçons me ravitaillent alors gentiment, à l’image de tous les bénévoles présents sur le parcours, et comme on m’annonce l’arrivée à 15 km, je repars allègrement.
A vrai dire, ces kilomètres me paraissent les plus longs de la course, et je guette longuement l’arrivée sur Bort les Orgues. L’entrée dans le village se fait par une longue ligne droite, sous une chaleur écrasante, et je ne peux que goûter rétrospectivement à l’ombre qui nous a accompagnés tout au long du parcours, en ayant une pensée pour tous ceux qui vont l’endurer encore pendant de longues heures. Enfin, la descente dans la rue piétonne se termine par les encouragements de ma petite troupe de supporters fidèles qui attendent patiemment, mes enfants finissant à mes côtés pour ma plus grande joie. Au terme de ces 8h31, je suis heureux d’avoir bouclé ce Tour du Cadran, et d’avoir conservé cette 4ème place jusqu’au bout… loin derrière Thierry Breuil, qui a parfaitement maîtrisé sa victoire !

Un très grand bravo à toute l’organisation, qui doit continuer à être à l’œuvre jusqu’au lendemain soir puisqu’elle propose dans la foulée un « Équiterra » et un « VTTerra » pour satisfaire le plus grand nombre ! Organiser tout ceci sur un site intégralement Natura 2000 représente des contraintes énormes auxquelles elle a su répondre. Un immense merci aussi à ma petite famille, car si la course m’a paru parfois longue, que dire de leur attente ? Reste maintenant à savourer avec eux les beautés de cette région : la « Terra Incognita » a beaucoup de secrets à révéler…

Par Benoit De Préville – 4ème.
Résultats 2016 ICI

Aquaterra 2016