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La TDS 2017 par Fred Saint-Etienne

TDS 2017 - Fred Saint-Etienne Garmin France

Frédéric Saint-Etienne, 45 ans, s’est fondu dans le peloton des trailers de cette TDS 2017 (Traces des Ducs de Savoie) comme plus de 1 800 coureurs au départ.
Finisher de la CCC en 2016 et déjà le regard tourné vers l’UTMB®, le directeur de la Communication de Garmin France, passionné de Trail, doit jongler entre un métier chronophage, une vie de famille avec 2 jeunes enfants de 2 ans (Noémie) et 4 ans (Arthur) et un environnement Parisien pas toujours des plus propices pour préparer un Ultra exigeant en montagne.
Il aime rappeler « le jeu consiste à se dégager suffisamment de temps pour se préparer entre le bureau et la famille, mais cela concerne beaucoup de gens ».
Avant la TDS 2017, il avait pris part à l’Ecotrail de Paris (Avril), au Trail des Maquisards – Challenge Val de Drôme (Mai) et fait un stage de reconnaissance en Juillet, mais surtout il axe sa préparation sur pas mal de spécifique et du renforcement musculaire pour compenser le manque de dénivelé.

Retour sur SA TDS 2017 

6h00 du matin – Courmayeur. Après une nuit forcément agitée, nous voici rassemblés au départ de cette TDS dont nous avons tant parlée au cours des mois précédents. Première victoire : être au départ. Même si ce n’est pas une fin en soi, le groupe n’est déjà pas au grand complet. Stéphane opéré de la hanche en juillet, a jeté l’éponge et du même coup perdu son pari lancé lors d’une soirée entre amis au mois d’avril. Voilà donc déjà une première belle motivation, celle de boucler cette course pour ceux restés à Paris ou à Chamonix.

Frédéric Saint-Etienne : « profiter et savourer cette journée »

Mickael, Jo, Marilyn feront donc partis de l’aventure apparemment ultra solitaire mais où le soutien des autres sera déterminant. Derniers conseils et selfies, réglage du matériel plutôt pour se rassurer, deux trois clin d’œil UTMB 2017 - la TDS par Fred Saint-Etienneet quelques blagues pour détendre l’ambiance… Nous sommes prêts. Le départ est donné au moment où l’un des participants s’écroule juste derrière nous, peut être sous le coup de l’émotion. Cette course promet déjà bien des surprises. L’assistance arrive, il est temps de m’élancer. Nous nous étions pourtant promis de démarrer doucement. Les rues de Courmayeur aux ambiances de Tour de France vont très rapidement nous faire mentir, au moins sur les premières foulées.

Au bout de quelques kilomètres avalés, le jour se lève dans l’ascension du Col Checrouit, premier col franchit un peu sous forme d’échauffement. Je m’écoute beaucoup. Les sensations sont t elles bonnes ? Ma douleur au genou persiste puis s’estompe progressivement au fil des kilomètres, le moral est bon, le pic de forme au rendez-vous. Tous les voyants semblent donc au vert malgré un mauvais choix de chaussures qui se confirmera dans la descente de Bourg Saint-Maurice. Courir deux ultras d’une année sur l’autre sans changer de paires n’était donc pas forcément un choix judicieux. Il faudra pourtant boucler le premier tiers de ce parcours avec un amorti très minimaliste, mais il en faudra plus pour me priver des magnifiques paysages qui se dévoilent déjà sur cette première portion.
Le Lac Combal et le Col Chavannes sont un cadeau pour les yeux et me rappellent en partie pourquoi nous nous sommes lancés dans ce projet. Il est désormais tant de profiter et de savourer cette journée.

TDS 2017 - Fred Saint-Etienne14h30 – Arrivée à Bourg St Maurice. Premières retrouvailles avec Virginie, Mike, Jo et Mickael. Ce ravitaillement sera l’occasion de faire mon changement de chaussures et d’alléger ma réserve alimentaire avant l’ascension vers le Fort de La Platte. Le soleil est au rendez-vous et les conditions climatiques sont dans l’ensemble très clémentes pour les coureurs. Mike et Virginie me réserveront une assistance sur mesure, salutaire pour la suite de l’aventure. J’arriverai au Passeur de Pralognan près de 4 heures plus tard après environ 2000 m de D+ enchainés depuis Bourg St Maurice. Un passage qui laissera des traces.

20h11 – Cormet de Roselend. La mi course se termine une descente assez technique qui me fait parfois douter de mon éventuel statut de finisher. Ce lieu encore inconnu pour moi il y a quelques heures confirmera sans ambiguité le rang de cette TDS, course réputée difficile et exigeante. C’est bien ici que la course se joue pour de nombreux participants. Le temps d’une pause d’une trentaine de minutes, tous les arguments sont passés en revue pour retrouver un second souffle nécessaire à la poursuite de l’aventure.

Ici, le mot ravitaillement prend tout son sens. Comme à Bourg St Maurice, la descente permet d’anticiper convenablement son prochain pit stop et l’assistance de ses proches est un soulagement nécessaire pour se remobiliser avant la nuit. « Le plus dur est derrière toi Fred ! » « Attention à la descente du Col du Joly » « On t’attend aux Contamines. »… En 30 minutes de pause, me voilà regonfler à bloc pour traverser la nuit. Les kilomètres s’enchaînent et les sensations sont bonnes. Comme sur la CCC l’année dernière, j’ai l’impression de courir dans une bulle, sans repères visuels extérieurs qui permettraient d’anticiper les prochaines difficultés. Seule indication, les frontales des trailers qui fournissent quelques indices sur la suite du parcours. Ma frontale vissée sur la tête, sur une portion à priori plutôt facile, j’accélère. Je conserverai cette allure de confort sur plusieurs dizaines de kilomètres. Malgré une cheville douloureuse tordue dans un trou, cette virée nocturne est un régal et se prolongera jusqu’aux Contamines ou m’attendra une fois de plus toute l’équipe. Il est 3h31. Les premières gouttes de pluie tombent du ciel. Loin de l’ambiance Tahiti douche, cette pluie fait du bien aux jambes, à la tête et au moral.

« Chamonix m’accueille comme des milliers d’autres » : Fred Saint-Etienne

Bien qu’interminable, l’arrivée aux Contamines ouvre la dernière étape vers Chamonix. La barre des 100 km TDS 2017 - le récit de Fred Saint-Etienne - finisherest franchie et à moins d’un accident ou d’une grosse défaillance, il n’est plus question ici de renoncer mais plutôt d’avancer, voire d’accélérer. La dernière difficulté se résume en deux cols, celui du Truc et du Tricot (en tout environ 1200m D+) La nuit se termine, attention aux problèmes de frontale et de batterie. Comme pour les chaussures, un conseil largement répandu dans la presse mais que l’on finit par oublier.

Le passage au sommet du Col du tricot marque la fin d’un cumul de 7 200 m de dénivelés positifs et l’ouverture vers Chamonix. Passerelle de Bellevue franchie, j’amorce la descente vers la station des Houches pour dépasser rapidement ce dernier point de ravitaillement et parcourir les 8 km qui me séparent de la ligne d’arrivée. La brume du petit matin laisse place à un ciel pluvieux. Qu’importe. Chamonix m’accueille comme des milliers d’autres coureurs dans ses rues pour finalement franchir la ligne d’arrivée à 9h25 du matin après plus de 27 heures de course. Tous les amis sont là Virginie, Mike, Constance, Mickael, Jonathan, René, Ugo… un joli comité d’accueil qui se réunira ensuite autour d’un petit déjeuner pour revivre quelques extraits des plus grands moments de cette course et se donner quelques pistes sur notre prochain défi.

Par Fred Saint-Etienne – Finisher 2017 TDS en 27h24’04 » – 569ème (195ème M1).
© photos Maindru & Ugo Richard.

Fred Saint-Etienne et Jo Metge - TDS 2017