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Maria Semerjian, 3ème du Tor des Géants 2016.

Maria Semerjian-Tor des Geants 2016

L’an dernier la frustration de ne pas franchir la ligne d’arrivée pour raisons extérieures avait été très grande…
Donc cette année, objectif revenir à Courmayeur à tous prix !!!
Sur l’édition précédente, le sommeil avait été un facteur limitant pour moi. Alors j’ai consulté un médecin spécialiste de cette problématique et j’ai travaillé avec une sophrologue pour optimiser mes temps de pause ! On va voir si cette stratégie est payante !!

« La partie de chasse va être longue mais grisante !!! »

Dimanche 9h30, il fait bien beau, c’est déjà ça de pris !! L’ambiance est géniale, on retrouve le monde et la ferveur d’un UTMB… Chez les « toprunners », on se fait la bise, on se souhaite bonne chance ! Les monstres sacrées D. Zimmerman et L. Borzani sont bien présentes et MA concurrente directe de l’an dernier Marina Plavan aussi !!
Elle m’avoue avoir une grosse boule au ventre avant ce départ… euh, perso je n’en mène pas large mais je fais bonne figure !!

10h : départ en fanfare des 800 concurrents dans les belles rues de Courmayeur !!! Comme d’habitude je laisse passer la vague, patience et prudence sont les maîtres mots sur cette course !!!
C’est dimanche, la météo est très clémente, le public est dense sur le parcours, sur les sentiers de toute la première étape, c’est grisant !! Mais attention aux départs trop fulgurants…
D’entrée de jeu, je suis très bien dans ma course, je respecte quasiment à la lettre mon prévisionnel… tout roule, je ne me soucie pas encore de la concurrence en général, c’est bien trop tôt MAIS par contre, j’ai déjà Marina Plavan dans le viseur ou le Maria Semerjian-3eme Tor des Geants 2016rétroviseur, c’est selon !!! L’an dernier nous avions passé toute la course à nous rattraper mutuellement et là elle semble bien décider à tenir sa place !! Après la première base de vie, on trompe ensemble la monotonie des km sur le bitume et puis je la lâche au chalet de l’épée… et je creuse un peu l’écart. C’est à partir de ce moment là que je prends la main sur notre concurrence !! La partie de chasse va être longue mais grisante !!!

De mes entretiens avec le Dr Montémayor, il était ressorti que les micro-siestes, c’était bien pour les navigateurs qui dépensent peu d’énergie mais que pour nous, gros consommateurs et « casseurs » de fibres musculaires, ce n’était pas assez pour favoriser une bonne récupération physique… donc, nous avions mis en place un protocole sur 1h30 de sommeil par nuit et une micro-sieste dans la journée… Bon, je l’avoue, je n’ai pas respecté tout à fait ses consignes !!! mais je me suis arrêtée toutes les nuits !!
Et dès la première, je me force à me poser 30’’. Le sommeil ne vient absolument pas mais je répète mes gammes de respiration et de relaxation travaillées avec la sophrologue Sylvie Daguts, et je repars bien relâchée et reboostée en énergie positive !
J’enchaîne les difficultés sans trop d’encombre, je n’avance pas très vite mais très régulièrement, sans coup de mou, en avalant régulièrement un bol de pâtes et de bouillon et en piochant dans mon ravito personnel sucré ! et je retrouve mon team au fond de la vallée à Donnas, c’est le « terminus » ! Maintenant, il faut faire demi-tour et rentrer sur Courmayeur !! A mon sens, c’est vraiment là que la course commence, au bout de deux jours !!

« Tu repars à zéro » : M. Semerjian

C’est vraiment particulier : tu viens de faire un ultra, t’as l’impression d’être rincée en arrivant, d’avoir mal partout et en fait quand tu repars (après une bonne douche et une heure de pause à l’horizontale !), c’est quasiment comme si rien n’avait eu lieu ! Tu repars à zéro : les muscles sont relâchés, le corps s’adapte, tu as moins faim aussi (je pense que la lipolyse fonctionne à bloc !!).
Mais certains ne sont pas vraiment dans cet état !! au bout de 2 jours de course, les lignes explosent !!! Pour l’Espagnole Silvia Ainhoa, partie à fond et même devant Lisa Borzani, c’est le début d’une longue glissade, elle va payer cher son départ fulgurant !!

Avec Marina, on est toujours au coude à coude !! Elle repart avec 30’’ d’avance de cette 3e base de vie (car elle n’a pas dormi) mais je la rattrape un peu plus loin et à partir de là, elle ne me repassera plus devant !!

L’an dernier, j’avais fait comme beaucoup de monde sur une première édition : « je tiens le plus possible et ensuite on verra » !!! et le résultat avait été peu probant !! j’avais vraiment pioché sur les dernières étapes, perdu beaucoup en lucidité, souffrant d’hallucinations… Cette année, ma stratégie de m’arrêter à chaque base de vie est payante : même si je ne dors pas beaucoup, je repars à chaque fois sereine, regonflée à bloc, pieds, articulations, muscles ont eu le temps de souffler un peu !!

Et de ravito en ravito, je vais tracer ma route, sans « disjonctage » (ce qui peut tout à fait m’arriver sur certaines courses !!) bien épaulée par mon « team » sur le terrain et ma famille, mes amis qui me suivent derrière leur ordinateur et qui m’abreuvent de textos d’encouragement !

La météo va franchement se détériorer sur la fin de course mais finalement un col à 2900 m dans la neige c’est rien du tout si tu as le bon matos sur le dos !! Je franchis donc le Malatra, dernière difficulté du périple, c’est immense, tout blanc, j’en profite !!! et puis petit coup d’affolement : et si Marina était juste derrière !! je n’ai plus trop d’indications sur son avancée… Qu’elle me Maria Semerjian-Tor des Geantsdouble dans les dernières longueurs serait vraiment très douloureux… alors je pose le cerveau, les douleurs, les questions et je relance un max !! Je pointe à Bertone, décline l’invitation à m’arrêter et fonce vers Courmayeur !! il paraît que je vais faire le 2e temps le plus rapide sur ce tronçon !! En fait, elle est à 50’ derrière mais c’est pas grave !!!

Je recherche le « flow » !

Ca fait 4 jours que je rêve de franchir cette ligne d’arrivée… J’essaie de joindre au téléphone mon amoureux pour partager ce moment d’émotion mais ça répond pas… dommage… mais faut vraiment que j’y aille !!
Et voilà, je l’ai fait !! je relâche la pression, des larmes, des sourires… 100 h d’effort pour ces quelques minutes d’émotion, c’est grandiose !! Je profite de ces moments de lumière : une petite valse improvisée, une signature sur l’affiche officielle et puis voilà…

C’est fait, c’est bouclé, je suis super ravie du résultat et de la manière dont j’ai géré la course.
J’avais peur de moins bien réussir que l’an dernier, c’était un peu le risque et en fait tout c’est encore mieux déroulé !!
En course je recherche le « flow », c’est un concept un peu utopiste, un peu anglo-saxon… mais vraiment il me correspond… En lisant des textes, je suis tombée sur la description de ce fameux « flow » et là je me suis vraiment dit, « ah oui, c’est pour ça que tu cours » !! et bien là, sur cette course, je l’ai atteint cet « état de grâce » personnel, où l’on a la sensation que tout roule, que tout est sous contrôle, que rien ne peut vous arriver… et c’est pas souvent !!

© photos : Tor des Géants, Alain Pério, Solange Henry et Christophe Prié,

Marie Semerjian
Age : 42 ans
Situation de famille : vie maritale
profession : professeur d’EPS
Taille / poids : 1m55, 44 kg après le TOR !!
Lieu de vie : Toulouse

3 principaux résultats 2016 : Les Citadelles (2ème), Ultra Draille Pic Saint Loup (2ème), l’Ardéchois (3ème)

SITE du TOR DES GÉANTS

1/ Lisa Borzani : 91h09’44 »
2/ Stéphanie Case : 98h15’27 ».
3/ Maria Semerjian : 100h18’42 »

Tor des Geants 2016-Maria Semerjian