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Les speakers vont redonner de la voix….

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Poste Le 31 mai 2021 par Fred Bousseau

Ludo Collet, la voix du trail

Quand on demande aux coureurs ce qui leur manque le plus des courses, le terme « ambiance » devient vite le maître mot. Cette ambiance, elle est certes apportée par l’émulation des coureurs à se dépasser, par le partage d’expériences avec les autres concurrents, mais elle ne serait pas aussi grande sans la présence des speakers. Retour sur ce métier de l’ombre, qui est pourtant à l’origine des meilleurs souvenirs d’une course.

Sébastien Jouanneau alias Trooper« C’est un travail très énergivore car sur un simple week-end de 2 jours vous pouvez être amené à travailler une trentaine d’heures ».  Voilà les mots de Sébastien Jouanneau, alias Trooper, Manager de la société événementielle EVEN Outdoor et manager du Grand Besançon Trail Académie en ce qui concerne son métier. Pour autant, le travail ne se contente pas aux week-ends, car pour préparer une course, il faut se préparer toute la semaine afin de connaître l’épreuve sur le bout des doigts. Entre les tracés, le programme, les coureurs, les partenaires, les représentants des différentes collectivités et les obligations des cérémonies protocolaires et les contraintes des organisateurs, la quantité d’informations à absorber et à s’approprier est colossale.

Bien qu’il n’y ait pas de semaine type Ugo Ferrari, speaker depuis 2017 et Directeur de course du « Trail Nivolet-Revard », nous a même décrit une semaine type : « Je démarre toujours la préparation d’une course le lundi, jamais plus tôt ; histoire de réaliser une tâche à la fois. J’essaye d’avoir l’organisateur au téléphone, pour qu’il me décrive précisément l’événement et qu’il réponde à toutes les questions que je me pose après avoir fouillé de fond en comble son site internet et son règlement. Une fois que cette tâche capitale est terminée, je passe mon temps à éplucher la liste des inscrits pour reconnaître, certes les favoris, mais aussi des amis, des connaissances ou des personnages atypiques déjà croisés. Cette tâche n’a pas vraiment de limites ».

« Comme un athlète, s’accorder des moments de récupération » L. Collet

Ludo Collet - The voice of Trail RunningTous sont unanimes à ce sujet, à l’exemple des mots de Ludovic Collet, alias « The Voice », speaker professionnel depuis 20 ans, notamment présent sur l’UTMB : « C’est un métier de passion, on ne devient pas milliardaire ». Surtout que pour en vivre pleinement, il faut en accumuler les évènements et enchaîner les week-end. Pour cela, il faut donc se faire connaître, et rien de mieux que le bouche-à-oreille. Ugo Ferrari a « passé 6 mois au téléphone de 9h à 17h, du lundi au samedi » lorsqu’il s’est lancé en 2017, mais depuis « le bouche à oreille à fait son effet, remplaçant donc le pénible travail de démarchage ». Idem pour Sébastien Jouanneau qui nous a avoué « je ne cherche pas à me vendre. Les organisateurs m’appellent si mon profil leur correspond ». Cela s’explique notamment par le fait que « beaucoup d’organisateurs sont coureurs. Ils viennent sur les évènements et ils te proposent de venir sur leur course » comme nous a expliqué Ludovic Collet qui après 20 ans d’expérience, n’a toujours pas de carte de visite et n’a encore jamais appelé d’organisateurs pour animer un évènement.

Mais si les organisateurs sont également coureurs, les speakers aussi sont coureurs. Par exemple Sébastien Jouanneau a déjà participé à 2 reprises au Tor des Géants, il a pris part au marathon de Lausanne en 2004 en descendant sous la barre des 3 heures et il a fini les 100km de Millau en 10 heures. Alors pour se préparer aux courses, ils ont une préparation similaire à celle des athlètes. Il nous a précisé que « le plus important est d’apprendre à travailler sa voix comme on se prépare un marathon ou un ultra, avec sérieux et beaucoup d’attention » puis expliqué que « je prépare mon matériel, le teste, le vérifie, retravaille mes playlists ». Le sommeil et la récupération sont également importants « Je me repose, je repose ma voix », point sur lequel Ludovic Collet est également revenu « Comme un athlète, tu dois préserver ta voix, t’accorder des moments de récupération : le sommeil est super important ». Enfin comme de nombreux coureurs, ils font également de la préparation mentale avec un travail de visualisation « le speaker doit s’approprier l’événement, la veille, en fermant les yeux. Il faut visualiser tout ce qu’il doit se passer. Le trajet en voiture, le lieu de départ, où est-ce que je récupère mon micro ? À quelle heure l’organisateur fait le briefing ? Vers quelle heure arrive le premier ? Où sont les douches ? Les repas ? Les kinés ? L’heure des podiums et la liste des récompensés ? etc. » a précisé Ugo Ferrari.

Et si les courses peuvent avoir lieu sans speaker (bien que l’ambiance soit forcément moins forte), il est impossible d’être speaker sans courses. Alors forcément, cette période d’inactivité a été difficile pour eux, surtout qu’il s’agit d’un métier où ils sont constamment en déplacement, constamment en extérieur, et constamment en train d’échanger avec des coureurs, que ce soit avant la course, après la course ou entre 2 courses. Ils en ont néanmoins profité pour prendre du recul sur la manière dont il présentait : Ludovic Collet nous a avoué qu’il avait des « surprises ».

La reprise des courses a donc été une délivrance « Je n’attendais que cela » nous a dit Sébastien Jouanneau. Pour autant, ils savent qu’au début il y aura « Beaucoup de restrictions et de contraintes avec des jauges d’accueil public et des mesures barrières à respecter », mais ils espèrent « que ce ne soit plus qu’un mauvais souvenir et qu’en septembre nous arrêtions de nous promener avec des masques sur le visage » comme l’a dit Ugo Ferrari.

Désormais il ne reste que plus que quelques jours avant la reprise alors comme a conclu Sébastien Jouanneau : « FORZA ! ».

Par Kilian Tanguy – ©Fred Bousseau

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