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UTMB® – Xavier Thévenard : "Courir ma course, pas celle d’un autre"

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Poste Le 30 août 2018 par Luc Beurnaux

Lorsqu’il foule les sentiers de Chamonix, Xavier Thévenard arrive en terre conquise. En effet, l’ultra-traileur jurassien de 30 ans est le seul coureur à avoir remporté l’ensemble des épreuves de l’UTMB : OCC, CCC, TDS et UTMB (deux fois) ; toutes figurent à son palmarès. D’ailleurs, s’il préférait taper la petite balle jaune plutôt que crapahuter en montagne, on parlerait de Grand Chelem. On pourrait ainsi le croire repu et rassasié… mais non ! Amoureux du Mont-Blanc, il revient chaque année s’immerger dans la frénésie chamoniarde avec le même plaisir. Compétiteur dans l’âme, il revient chaque fin d’été se confronter aux meilleurs avec la même ambition. Ce vendredi 31 août ne dérogera pas à la règle. À 18h, il sera au départ de l’UTMB. Pour se réconcilier avec le parcours d’abord et pour réaliser la plus belle course possible ensuite.

 

As-tu préparé cet UTMB 2018 différemment des précédents que tu as couru ?

Non, pas fondamentalement. Je m’en suis tenu à mon plan d’entraînement habituel, celui qui a fait ses preuves en me permettant d’arriver en forme au moment crucial ces dernières années. Après, et c’est ce qui fait la beauté de ce sport, il n’y a pas de formule magique : d’une année à l’autre, le même programme n’a pas les mêmes répercussions. Ce serait trop facile sinon.

 

Quel a été justement ton programme ces dernières semaines ?

Je sors tout juste d’un bloc d’entraînement assez dense de deux semaines qui avait pour objectif la création, je l’espère, d’un phénomène de surcompensation ce vendredi. J’ai entamé ce bloc début août, au Trail Frison-Roche, un format marathon avec un profil technique dans la vallée de Chamonix ; puis l’ai poursuivi par quelques jours en altitude à l’Iseran, où j’ai couplé des sorties « rando-course » assez longues (6h) avec du vélo ; pour enfin terminer en alternant séances légères et repos complet.

Derrière les deux grandissimes favoris que sont Jim Walmsley et Kilian Jornet, tu fais partie des outsiders très sérieux à un podium : comment appréhendes-tu ce statut ?

C’est certain qu’il y a désormais plus d’attentes à mon égard. J’ai déjà gagné deux fois l’épreuve, ce statut est donc assez logique. Je m’en accommode, surtout qu’il génère nombre d’encouragements bienveillants sur le parcours. Après, il faut faire attention à ne pas se laisser happer par les enjeux, la pression, tout cet emballage médiatique… Car le cas échéant, on s’oublie un peu, on se laisse prendre par la frénésie qui règne ici. Le danger est alors de ne pas courir sa course mais celle des autres.

Comment rester focus et concentré malgré la médiatisation croissante ?

Il faut se recentrer sur soi, se remettre dans sa bulle. Cet événement génère tellement d’attention que l’on a parfois tendance à en sortir. Pour cela, j’ai une technique bien à moi. Sur la ligne de départ, je vais tâcher de faire le vide et revenir à l’essentiel : « Pourquoi je suis là ? Pourquoi je cours ? ». Je remonte alors à la racine de ma passion. C’est un exercice un peu introspectif mais la réponse vient de manière très intuitive : ce qui m’excite c’est l’aventure, le fait de profiter de la montagne une journée complète. Je sais que l’on va se mettre une grosse dose et c’est ça qui me plaît !

 

En trail, il est de bon ton de ne pas afficher clairement ses ambitions afin de ne pas paraître présomptueux. Fais-nous mentir, quel est ton objectif ?

Mon objectif est clair : faire le tour du Mont-Blanc le plus rapidement possible, sans me préoccuper de la concurrence. Mon objectif est d’abord chronométrique car je sais que si je l’atteins, je ne serai pas très loin. Puisqu’il faut jouer cartes sur table, j’espère donc réaliser la boucle en 20h45 si nous suivons le parcours classique et 19h40 si nous sommes aiguillés sur l’itinéraire de repli, comme l’année dernière.

 

Quel va être ton plan de course pour tenir ce chrono? Vas-tu adopter une stratégie précise ?

La médiatisation fait que nombre de scénarios sont rédigés en amont de la course, sauf qu’en ultra-trail, cela ne se passe jamais comme prévu. Je vais tâcher d’être le plus constant et régulier possible en respectant les allures que je me suis fixées. C’est comme un jeu avec soi-même. Ne pas s’emballer, ne pas être trop dans la compétition, sinon tu prends nécessairement moins de plaisir et c’est à cet instant que le coup de barre guette dangereusement.

Tu parles comme si tu étais déjà tombé dans ce piège?

L’année dernière, j’ai connu un long passage à vide qui a duré près de 7h entre le Col du Bonhomme et le Grand Col Ferret. Un souvenir très désagréable. Mon erreur est d’être parti un peu trop vite, ce qui a entamé ma lucidité. Au sommet du Bonhomme, j’ai omis de mettre une veste et l’ai payé en étant pris d’un immense coup de froid. C’est un petit détail, un mauvais choix à l’instant t, mais sur un ultra, tu le payes pendant des heures. J’ai beaucoup appris de cette course. Je restais sur deux magnifiques expériences, avec mes victoires en 2013 et 2015, mais 2017 a un peu terni mon histoire avec l’UTMB. Je reviens donc dans une logique de réconciliation, je veux me prouver que je peux à nouveau prendre du plaisir sur ce tracé.

Ta dernière mésaventure à la Hardrock peut-elle te donner un petit supplément d’âme (*) ?

Pas un supplément d’âme car je ne viens pas dans un état d’esprit revanchard. Cependant, cette disqualification a décuplé ma motivation de faire les choses bien, avec la manière, de terminer proprement cet ultra. De la ligne de départ jusqu’à la ligne d’arrivée.

 

Une intuition quant au déroulement de la course ?

À mon avis, Jim (Walmsley) va filer devant. Il a gagné en expérience et dit avoir beaucoup appris de l’année dernière. Kilian (Jornet) est un compétiteur, je doute donc qu’il ne le laisse prendre trop d’avance. Tout comme Luis Alberto (Hernandez). Derrière, je pense qu’un groupe assez dense et homogène va se constituer avec notamment Tim (Tollefson), qui démontre toujours une parfaite maîtrise de sa gestion de course. Mais encore une fois, il est quasiment impossible d’établir un scénario à l’avance. La seule certitude, c’est qu’à un moment donné, on va tous être dans le même état, on va tous être dans le dur, on va tous avoir mal aux jambes et c’est celui qui sera le plus fort dans la tête qui arrivera en vainqueur à Chamonix !

 

Recueilli Par Baptiste Chassagne. Photos Franck Oddoux

 

5*) Alors qu’il était largement entête de l’épreuve, il s’est fait disqualifier pour une assistance hors zone.

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