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Jérémy Desdouets : le nouveau maître-temps du GR34

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Jérémy Desdouets, vient d’établir un record sur le GR34*. Le coureur originaire du Morbihan s’est élancé le 15 mai dernier du Mont Saint-Michel et a longé toute la côte bretonne pour arriver à Saint-Nazaire le 11 juin. Il a ainsi bouclé les 2 100 kilomètres avec 25 650 mètres de dénivelé positif en 27 jours

Jérémy Desdouets, vient d’établir un record sur le GR34*. Le coureur originaire du Morbihan s’est élancé le 15 mai dernier du Mont Saint-Michel et a longé toute la côte bretonne pour arriver à Saint-Nazaire le 11 juin. Il a ainsi bouclé les 2 100 kilomètres avec 25 650 mètres de dénivelé positif en 27 jours 11 heures et 35 minutes. Il revient aujourd’hui sur son projet couronné d’un joli succès.

Trail Endurance Mag (TEM) : Peux-tu nous parler rapidement de ton projet

Record GR34 Jérémy Desdouets 2021Jérémy Desdouets (JD) : L’inspiration du projet est venue principalement des grands FKT américains (ndlr : Fastest Known Time) comme le PCT (ndlr : Pacific Crest Trail), le John Muir Trail ou l’Appalachian Trail. Tous ces sentiers mythiques ont des FKT bien établis qui remontent pour certains aux années 1980. Pour moi le GR34 est aussi un mythe et il méritait un FKT digne de ce nom. Le projet a mûri depuis environ 2 ans dans mon esprit, mais ce n’était pas simple de s’y consacrer entièrement sur une saison classique. La situation sanitaire a libéré mon calendrier de course et je me suis dit que le printemps 2021 serait parfait pour cette tentative. On collabore depuis 2016 avec mon entraîneur Sébastien Pineau et en se fixant chaque année des axes de travail pour progresser. Pour ce FKT, l’entraînement a débuté début décembre 2020 avec notamment un volume qui a augmenté progressivement dès lors. Dans ce cadre, j’ai effectué 2 reconnaissances du parcours qui m’ont aussi servi de préparation, un entre Pont-Aven et Lorient (100km en 10h40) et un week-end entre Lorient et Auray (160km sur 2 jours et plus de 17h d’effort en complète autonomie). J’ai également effectué un gros travail sur le parcours en impliquant la Fédération Française de Randonnée pédestre, Openrunner et Suunto. L’idée était de partir sur un parcours « officialisé » par la FFRandonée et ensuite de faire homologuer le record par la Fédération, ce qui est en cours.

80 km par jour pendant 27 jours

TEM : Quel est le meilleur souvenir que tu gardes de ces 27 jours ?

JD : Des souvenirs j’en ai beaucoup, mais je pense que le départ était un grand moment. J’ai été pris par l’émotion au moment de franchir la ligne au pied du Mont-Saint-Michel. Un projet comme celui-ci implique une énorme préparation physique mais aussi logistique avec de nombreuses personnes impliquées. Franchir la ligne de départ, c’était un peu la concrétisation de tout ça, sachant que le plus dur restait à venir ! Sur cette aventure on a été suivi par les équipes de Thalassa et j’ai encore en tête leur véhicule devant moi sur ces premières foulées avec 2 cameramen dans le coffre 🙂

TEM : Au contraire, quel est le pire ?

JD : Le pire, je dirais entre le trois et le sixième jour. Avec les différents retours d’expérience d’athlètes ayant effectué ce genre de défi, je m’attendais à avoir ce moment compliqué après plusieurs jours. Musculairement, j’étais vraiment très bien, mais au niveau articulaire c’était plus compliqué notamment au niveau des chevilles et des releveurs. La technicité du premier tiers du parcours est très marquée et j’en ai souffert. Heureusement, j’ai tout une équipe de kinés, sous l’impulsion de Christophe Le Brun, qui s’est mobilisée autour du projet. Ils ont effectué les soins nécessaires, et m’ont beaucoup rassuré en me rappelant que musculairement j’étais fort. Ma principale inquiétude à ce moment-là était une blessure « rédhibitoire » qui m’aurait contraint à l’abandon. Je pense que seule une sérieuse blessure ou un souci avec ma fille de 6 mois dans le Van aurait pu me faire renoncer. J’étais en mission.

TEM : S’il y a un seul paysage, ou un seul lieu que tu garderais en tête de tes 27 jours, lequel serait-il ?

JD : J’ai adoré le sentier en approche de Saint Cast sur la Côte d’Émeraude, les couleurs y étaient saisissantes (mer turquoise, sable blanc et fin et végétation luxuriante). Ploumanach de bon matin sous le soleil, seul au monde, c’était très chouette aussi.

TEM : Tu as souvent dû courir sous la pluie et faire face à des conditions météorologiques difficiles, comment l’as-tu géré mentalement ?

JD : La météo n’a pas été très clémente avec nous, mais je pense que ça aurait pu être bien pire. Les conditions étaient variables avec beaucoup d’averses qui ont malmené mes pieds notamment avec l’apparition de cloques dès le deuxième jour, mais que l’on a soignées et qui m’ont laissé tranquille dès le cinquième sans jamais devenir un souci. Le pire a été le vent au niveau de Plouescat le dixième jour avec des rafales à 100km/h. Étant en mission, je surveillais la météo et je savais que ça ne durerait pas, j’ai donc fait le dos rond dans les moments les plus compliqués en essayant de maintenir la progression la plus régulière possible. Je suis quelqu’un d’optimiste et je ne m’attarde pas sur les éléments pour lesquels je n’ai pas d’emprise, comme la météo en Bretagne !

TEM : Et physiquement, comment as-tu maintenu le rythme des 80 kilomètres par jour ?

JD : Physiquement, j’étais bien préparé et comme je l’ai dit précédemment, ce projet vient concrétiser plusieurs années d’entraînement à haut niveau. Pour pouvoir enchaîner, je pense que l’apport des kinés a été essentiel, surtout dans les premiers jours. Ensuite, ma compagne et Théo ont été excellents sur le plan logistique, ce qui m’a permis d’avoir chaque jour une bonne récupération sur les 11-12h où je n’étais pas sur le sentier. Ces heures dans le Van de notre partenaire Blacksheep étaient consacrées à la nutrition et au sommeil (minimum 8h). Niveau nutrition, j’ai été accompagné par les Canadiens de Naak avec notamment un shaker protéiné que je prenais matin, midi et soir qui favorisait la récupération musculaire.

TEM : Au cours de ton record, tu as ouvert une cagnotte en faveur de la SNSM (Société Nationale de Sauvetage en Mer), pourquoi les as-tu choisis et pourquoi c’était important pour toi d’ajouter une bonne action à ton record ?

JD : Avec la SNSM, on a tout de suite accroché. L’idée est venue du fait que le GR34 est ponctué de 50 stations de sauvetage SNSM. Je connais cette association depuis toujours puisque nous naviguons en famille dans le Golfe du Morbihan notamment. Leurs 9 000 bénévoles sauvent des vies en mer chaque année au péril de la leur. C’est venu très naturellement et j’ai pu apprécier l’engouement des bénévoles de l’association lors du projet. De nombreuses stations se sont mobilisées et j’ai eu de super échanges. Au passage, j’encourage tous ceux qui me suivent à se rendre sur la cagnotte SNSM Gandee via mon profil Instagram ou Facebook.

TEM : Quel sont tes futurs projets ?

JD : Mes futurs projets ? Avant tout, une bonne récupération avec certainement un peu de vélo. Ensuite, il me tarde de remettre un dossard pour retrouver l’adversité en course. Je pense me repréparer pour la seconde partie de saison avec plusieurs pistes sur la table, pourquoi pas la Diagonale des Fous.

*Il n’y avait pas d’historique, le tracé du GR 34 vient d’être homologué officiellement

Propos recueillis par Killian TANGUY – © Théo Cheval et Saint Nazaire Tourisme

Poste Le 21 juin 2021 par Fred Bousseau
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