Coureurs

Xavier Thévenard : « C’est magique !!! »

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Poste Le 1 septembre 2018 par Luc Beurnaux

Entre 2010 et 2016, celui que l’on surnomme le « Petit Prince du Mont-Blanc » avait remporté les quatre épreuves du programme utmbiste, dont deux fois l’UTMB, l’épreuve référence. Un grand chelem qu’il est le seul à avoir réalisé. Et l’an passé, il a inscrit son nom au palmarès du 80 km du Mont-Blanc. Avec ce nouveau succès sur l’UTMB 2018, sa « septième glorieuse », il possède maintenant le plus beau palmarès mont-blanais.

Xavier, quelles sont vos premières impressions après cette victoire ?

Je me suis réconcilié avec le parcours de l’UTMB, avec une meilleure gestion que l’année dernière, où je m’étais un peu emballé. Du coup, j’ai fait ma course et non celle des autres. Je n’ai pas cherché à aller trop vite j’étais dans mon rythme, mes allures. Je me suis dit aussi : « Ne soit pas con, anticipe les défaillances… » C’est ce que j’ai fait. J’ai donc eu très peu de coups de moins bien…

Avec ce septième succès à Chamonix, le troisième sur l’UTMB, il y a eu beaucoup d’émotions sur cette ligne d’arrivée…

Je connais la valeur d’une victoire, ici. Et partager ce moment avec tout le monde, les proches, le staff, la famille, c’est énorme. J’en ai plein les yeux, car c’est magique. Tout le long du parcours, les encouragements du public, c’était juste incroyable. Au travers de cette victoire, après, je vais avoir plein d’histoires à raconter. Cela va être top !… Cette victoire, je la dois aussi à Benoît Nave. C’est mon ami, mon nutritionniste, mon ostéopathe et mon entraîneur, et il y a quelque temps, il m’a « débloqué »… Je pense que je lui dois beaucoup pour aujourd’hui. Si je gagne, aujourd’hui, c’est en partie grâce à lui. Merci à Benoît.

#UTMB 2018 – VIDÉO ARRIVÉE DE XAVIER THÉVENARD

On dit souvent que l’UTMB se gagne après Champex (km 127). Vous étiez en tête à ce moment-là… Pensiez-vous avoir gagné ?

Je ne me suis pas emballé. J’étais dans mes allures. Lorsque je me suis retrouvé devant avec Zach (Miller, à partir du Refuge Bonatti, km 92), je me suis dit que c’était possible, car j’étais un peu plus facile que lui et à Champex, j’ai vu qu’il avait tout donné (l’Américain a abandonné à cet endroit ndr). A ce moment-là, tu peux penser à la victoire, mais j’ai préféré bien me re-concentrer, car le chemin est long jusqu’à Chamonix (il reste 47 km) ndr et il ne faut pas s’emballer. C’est de l’ultra. Avant la course, les gens avaient déjà établi des scénarios en tenant compte des favoris de la course qui seraient devant (Jornet, Walmsley, Tollefson et Hernando ont tous abandonné ndr), mais sur un ultra, cela ne se passe jamais comme on le prévoit. C’est tellement particulier. C’est une épreuve à part. On ne peut pas écrire ce qu’il va se passer en avance. Aujourd’hui, j’étais dans un bon jour. Une autre fois, ce sera quelqu’un d’autre. On n’est jamais à l’abri d’un coup de moins bien, d’une blessure. Lorsque je voyais des coureurs qui abandonnaient, je me disais : « Gare à toi, ce sera peut-être toi le prochain… » Il faut savoir rester humble et garder la tête sur les épaules, sinon la montagne peut vite nous prouver le contraire.

C’était difficile de voir ces coureurs  contraints de renoncer ?

Dans le trail, on sait ce qu’est la difficulté. Entre nous, il y a toujours un petit mot d’encouragement lorsque tu as un coup de moins bien. L’ultra, c’est dur, et il y a quand même un bon état d’esprit dans le trail. Pour moi, c’était donc important d’encourager Jim et Kilian, lorsqu’ils n’étaient pas bien.

Vous avez maintenant trois victoires sur l’UTMB, comme Kilian Jornet, comme François D’Haene. Malgré l’humilité qui vous caractérise, c’est une belle satisfaction ?

Bien sûr, mais je ne cours pas que pour les victoires. Je cours avant tout pour me faire plaisir. C’est ce que l’on m’a appris à travers le sport. J’aime passer du temps en montagne. Après, si cela se passe bien, tant mieux. Cela permet de vivre des moments magiques et il faut savoir en profiter. Là, forcément, je suis content, car trois victoires, c’est trop cool…

De vos trois victoires, est-ce que celle d’aujourd’hui est la plus mature, la plus sereine ?

Forcément, car j’ai un peu d’expérience, maintenant. Je sais ce qu’il faut faire pour que cela se passe le mieux possible, en ce qui me concerne. Je savais qu’il ne fallait pas que je parte avec Kilian (Jornet) et Jim (Walmsley), ils sont bien trop forts pour moi. L’année dernière, j’avais essayé de les suivre… (Xavier s’était classé quatrième ndr). Cette année, je suis parti avec eux, mais je n’allais pas à leur vitesse, alors je me suis raisonné. Il fallait que je fasse ma course, en la gérant comme j’avais prévu de le faire. Lorsque je fais une course avec la manière, le résultat, il suit, souvent…

Vous mesurez le chemin parcouru depuis 8 ans, entre votre première victoire en 2010, ici à Chamonix, et le passage en vainqueur de cette ligne d’arrivée, aujourd’hui…

Oui… Il y a plein d’histoires à raconter sous cette arche… Ce que je peux déjà dire, c’est qu’avec cette victoire sur l’UTMB, ma saison est réussie.

Le fait de rejoindre, notamment, Kilian Jornet, l’icône mondiale du trail-running, au palmarès des triples vainqueurs de l’UTMB, cela représente quelque chose pour vous ?

Kilian est hors du commun. Il est bon sur toutes les distances et il est hyper polyvalent. Il a un palmarès énorme. Jamais je ne pourrai me comparer à lui et l’égaler. Il est sur une autre planète. Je suis petit à côté de lui. Je me débrouille sur l’ultra. Lui, il est bon du kilomètre vertical au 160 bornes, en passant par les courses de sky-running et le marathon en montagne. Il est juste énorme. C’est un exemple et j’essaie de m’imprégner de ses valeurs et de son envie d’aller en montagne.

Avant le départ, je vous avais dit que vous aviez le plus beau palmarès de l’histoire du trail à Chamonix. Vous en doutiez… Maintenant, c’est le cas !

Si vous le dites… Mais c’est vrai que sept victoires, ce n’est pas mal. Franchement, je suis content, forcément, car j’aime vivre ces moments-là. C’est tellement plein d’émotions, avec des bonnes images en tête. C’est unique, ces moments. C’est pour cela que je vais revenir courir autour du Mont-Blanc. Depuis que j’ai gagné la CCC, il y a toujours cette petite étincelle en moi. Depuis 2010, c’est aussi pleins de souvenirs… Celui de ma victoire sur l’UTMB en 2015 est très fort. À l’arrivée, j’ai dû cacher mes larmes… C’est la seule fois où j’ai pleuré sur une course… Je ne peux vraiment pas définir ce que j’ai pu ressentir. Il faut l’avoir vécu pour le comprendre. La satisfaction de gagner apporte une émotion en plus. Pour trouver un moment qui déclenche un truc aussi fort, ce n’est pas évident… Pourtant, tu n’as qu’une envie, c’est de le revivre, car il ne peut pas durer toute une vie.

Pour conclure, de ces « Sept glorieuses », qu’elle est la plus belle ?

La victoire d’aujourd’hui a une saveur particulière…

Propos recueillis par Bruno POIRIER. Photos : Laurent Salino / UTMB

1 – Xavier Thevenard 🇫🇷 en 20h44’16
2 – Robert Hajnal 🇷🇴 en 21h31’37
3 – Jordi Gamito Baus 🇪🇸 en 21h57’01
4 – Hallvard Schjølberg 🇳🇴 en 22h06’59
5 – Damian Hall 🇬🇧 en 22h35’13
6 – Roman Evarts 🇱🇻 en 22h29’38
7 – Stefano Ruzza 🇮🇹 en 23h02’19
8 – Erik Clavery 🇫🇷 en 23h07’53
9 – Trailbeard – Florian Grasel 🇦🇹 en 23h12’03
10 – Javier Dominguez Ledo 🇪🇸 en 23h27’08

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